Le message de Claude Quémard suite à son expulsion

mardi 14 novembre 2006
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Bonjour à tous et à toutes, je suis donc rentré plus tôt que prévu du
Niger vers les frimas du Nord. Les autorités nigériennes aux abois ont
tout tenté pour empêcher que se tiennent le Forum social et la caravane
des alternatives. Elles ont interdit la marche inaugurale et le concert
prévu le même jour. Malgré tout ces initiatives se sont tenues et ont été
des succès. Le gouvernement aboie, la caravane passe, comme chacun sait.

Le plus grave est le virage pris par ce gouvernement miné par la
corruption, les divisions, les appétits personnels. Que ce soit pour les
arabes Mahamids de la région de Diffa qu’ils voulaient expulser vers le
Tchad alors qu’ils ont la nationalité nigérienne, ou pour ce forum, il
leur faut trouver des boucs émissaires et donc le repli nationaliste leur
est utile. Dénoncer les interventions de l’extérieur leur permet de tenter
de serrer les rangs en pleine tempête politique. Le porte parole du
gouvernement justifiait de l’interdiction initiale du Forum par le fait
que cela allait être le lieu d’un procès des autorités nigériennes par des
étrangers.

Ma participation avant le Forum à un débat à l’université de Niamey sur la
Françafrique, avec un camarade de Survie, ma présence à la tribune de
lancement du Forum, ma participation à la première plénière aussitôt
après, les nombreuses interviews sollicitées par les médias locaux, tout
cela faisait du CADTM une des cibles possibles. Les interventions des
intervenants du Nord ont été systématiquement suivies par des indicateurs,
Zoul de Survie était suivi dans les rues. Il ne restait qu’à choisir la
cible. Ce fut moi.

Sur la base d’un compte-rendu surréaliste d’un atelier que j’ai tenu sur
la dette odieuse et l’initiative PPTE, j’ai été interpellé et conduit à
Niamey depuis Tahoua (550 km). La directrice de la PJ qui a conduit
l’interrogatoire a été obligée à plusieurs reprises d’admettre que les
propos qui m’étaient attribués étaient incohérents. Ce compte rendu
absurde était composé de bribes de phrases que j’avais prononcées ou non,
voire de bouts de questions qui m’étaient posées, accolées les unes aux
autres. L’important était de montrer que je critiquais le gouvernement, et
plus précisément le premier ministre auquel je n’ai jamais fait allusion.
L’affaire était faite. Régulièrement la directrice de la PJ sortait
téléphoner et rentrait me poser de nouvelles questions. Les ordres étaient
donnés, je devais quitter le Niger au plus vite pour qu’enfin soit
démasqué le complot contre le pouvoir, manipulé depuis l’étranger.

Le CADTM est solidaire des luttes sociales menées au Niger, en particulier
depuis le printemps 2005, qui s’opposent aux effets des politiques
libérales sur la population de ce pays, classé dernier au classement du
développement humain du PNUD. Aligné sur les politiques imposées par le
FMI et la Banque mondiale, ce gouvernement sacrifie ses populations à ces
politiques. Il a été incapable de faire face à la disette de l’an dernier.

Mais les mouvements sociaux nigériens n’ont pas besoin d’ordres venus de
l’étranger pour organiser la résistance. Nos partenaires du Réseau
national dette et développement (RNDD), membres du réseau CADTM, dénoncent
quotidiennement le coût du remboursement de la dette sur les conditions de
vie, voire de survie, de la population. Notre présence n’en était que plus
symbolique pour manifester la nécessité de ripostes partout dans le monde,
de globaliser les résistances à l’ordre néolibéral.

Mais surtout, je voulais ici exprimer ma reconnaissance émue à la
formidable mobilisation qui a été menée en quelques heures pour exiger ma
libération. Je n’étais pas encore à Niamey que les fax des ambassades de
France, de Belgique, du Canada, de Grande Bretagne étaient inondés de
messages. J’ai eu une nouvelle preuve concrète que les mots réseaux et
solidarité étaient très concrets.

En quelques heures la pétition sur Cyberacteurs a recueillis plus de 1700
signatures !

Le réseau CADTM international, mes amis de Poitiers qui luttent avec moi
pour empêcher, ironie du sort, des expulsions autrement plus risquées,
celles des sans papiers, mes amis de la région nantaise, Attac, la CGT...
pardon à tous ceux et toutes celles que j’oublie, tous et toutes vous avez
réagi spontanément et sachez que j’en suis à la fois touché et fier.

Donc MERCI.

Vous me permettrez enfin de penser à notre camarade Gérald Akoumey,
animateur du CADTM Togo, emprisonné sans jugement depuis plus d’un an à
Lomé. Nous devons faire preuve d’encore plus de solidarité active puisque
ce sont ses propres autorités qui le pourchassent et dans un pays où
l’état de droit n’est qu’une notion abstraite.

Claude QUEMAR



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