Les mots et les maux de la Macronie

samedi 22 février 2020
par  ANC
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Celui qui se prend pour Jupiter croit avoir inventé un mot et un concept en catapultant dans l’espace public les mots de « séparatisme islamique ».
La belle affaire ! quelle évolution de langage !

Mais en quoi ce terme est-il neuf et si différent d’une conception déjà ancienne de notre société française et au-delà ?
En 1685 le code noir n’a-t-il pas été rédigé au nom de la « nécessaire souveraineté de l’Etat » sur des esclaves qui devaient donc être baptisés selon la religion catholique ?
Durant la colonisation le terme de « français musulman », employé par le colonisateur, était-il un terme exprimant la nécessaire « cohésion sociale », l’égalité des droits ou plus sûrement l’expression d’un rejet et d’une volonté d’asservissement plus présentable que les termes bougnouls ou indigènes utilisés si souvent par ailleurs ?

La colonisation finit, tout comme l’esclavage, non par une reconnaissance du non droit de la France à disposer de peuples étrangers, mais suite à la lutte acharnée de générations de descendants d’esclaves ou autres habitants relégués au rang de « sujets » quand était fièrement rappelé en métropole le droit bicentenaire à la citoyenneté avec sa trilogie béatifiée, liberté égalité, fraternité…pour les français de souche évidemment.

A partir de 1962 d’autres termes apparurent tout aussi méprisants sur fond de société en proie aux ratonnades et aux bavures policières à répétition. Et quand des jeunes des quartiers populaires eurent l’outrecuidance de faire au début des années 80 une marche pour l’égalité celle-ci fut rapidement renommée marche des beurs.

Ce n’était donc pas les exploités, les dominés et les discriminés qui se révoltaient mais les beurs…le séparatisme était mis à l’honneur par les prédécesseurs de ceux qui le condamnent aujourd’hui.

Puis, l’ennemi de classe se cherchant sans cesse de nouveaux boucs émissaires et de nouvelles sources de division du peuple apparurent entre autres, dans la bouche de ceux qui nous gouvernent, de nouveaux « éléments de langage », comme disent les cireurs de pompe des puissants de notre temps.

Il y eut alors le terme de « sauvageons », celui de "racaille", le terme de cités « sensibles » (sic !) remplacé par celui de « cités de non-droit ». Puis celui d’islamistes voire d’islamogauchistes.

Les révoltes populaires de 2005 seront qualifiées d’émeutes « communautaristes », mot connaissant depuis un grand succès dans les « milieux qui s’autorisent à autoriser » comme aurait dit Coluche. Ces milieux nièrent à ces révoltes leur caractère populaire de classe contre l’injustice et les discriminations. Cela pendant que de façon récurrente celles et ceux chargés en principe de développer une société du plein emploi, de promouvoir l’égalité et le mieux vivre légiféraient sur le port du voile, sur les limitations successives au droit d’immigration et au droit d’asile, expliquaient que « l’islam n’est pas compatible avec la république »…et saluaient la relaxe des deux policiers qui avaient poursuivi Zyed et Bouna vers une mort certaine alors que l’enquête révéla qu’il n’y avait eu aucune infraction d’aucune sorte qui aurait pu expliquer cette poursuite.

Celles et ceux qui nous gouvernent s’acharnent à expliquer qu’il y en aurait parmi nous qui seraient moins citoyens que d’autres et dont il faudrait donc…se séparer ? Leur soi-disant trouvaille n’est qu’une nième resucée de la stratégie de la division. Elle emploie en 2020 l’arme de l’islamophobie comme paravent moderne du racisme.
Dans le camp d’en face ils ne sont dans le fond guère différents des initiateurs du code noir qui voulaient baptiser de force les populations indigènes. Il a beau jeu Macron de pourfendre l’Islam politique que pour notre part nous avons toujours combattu, en particulier en Arabie Saoudite pays auquel nous n’aurions jamais acheté ni vendu quoi que ce soit et encore moins des armes comme l’a fait ce gouvernement.

Ils ont beau jeu d’être islamophobes ici et islamophiles au Qatar ou chez MBS.

Il a l’air fin et dans une expression équilibrée ce président qui dit vouloir interdire l’islam politique alors qu’il n’a jamais déclaré cela pour le catholicisme politique (ou pour une autre religion), félicité les auteurs du coup d’état en Bolivie fait au nom de la bible et qu’il soutient la théocratie qui opprime tout un peuple en Palestine.

La Macronie n’a pas inventé un mot nouveau ni mis en avant un nouveau concept, elle a simplement mis de nouveaux habits au terme bien réel qu’elle ne peut avouer, celui de racisme d’état.



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