Entretien avec le Collectif de la Porte d’Aix

mercredi 5 août 2020
par  Rouge Midi
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Rencontre avec Denis Eychenne, membre du collectif

Peux-tu nous expliquer ce qui se passe ici, à la Porte d’Aix, à Marseille ?

Depuis deux décennies, nous sommes engagés contre l’aménageur Euroméditerranée, établissement public composé de l’État et des collectivités territoriales. C’est en réalité l’organisme facilitant la disparition de l’emploi industriel et la braderie des espaces publics aux promoteurs. A cause de choix délirants en matière d’urbanisme, ils souhaitent construire des immeubles de bureaux là où s’étendent 1,5 hectares d’espaces verts. Ils les livrent aux promoteurs.
Ce choix n’est pas anodin. Partout en France, il s’agit pour la bourgeoisie de densifier et gentrifier les villes, pour faire place à une nouvelle organisation : la métropolisation, c’est-à-dire concentrer des populations solvables et rentables dans un espace limité, en rendant tous les services rentables dans ces zones, les privatiser, et avec des déserts de Services Publics autour, qui concentreront une armée industrielle de réserve.

Peux-tu nous décrire les projets immobiliers projetés ?

Il s’agit de deux blocs de béton ! Un est destiné à déplacer l’école d’architecture, celle des paysages, et celle d’urbanisme dans un seul établissement (Institut Méditerranéen de la Ville et des Territoires, établissement public du ministère de la Culture). Avec une construction intellectuelle de bobos, l’intelligentsia marseillaise nous explique que les étudiants en architecture doivent absolument être en centre-ville, alors qu’ils sont actuellement accueillis dans la verdure, à Luminy ! L’autre est prévu pour une école purement privée d’informatique Epitech (groupe Ionis), des espaces de co-working et des commerces ; le promoteur est Cogedim.
Il faut rappeler que nos quartiers du 3e arrondissement de Marseille sont les plus défavorisés d’Europe. Ce projet creuserait un peu plus le fossé entre les quartiers sud, qui auraient droit à des espaces verts et de respirer, et nous, citoyens de seconde zone !

Explique-nous votre combat.

Nous avons usé de toutes les armes légales depuis plus de vingt ans. Nous avons participé aux « concertations » et n’avons quasiment jamais été écoutés par les pouvoirs publics, qui ont, semble-t-il, pour la plupart, intérêt à faire place aux promoteurs. Ils ont même laissé les lieux à l’abandon complet, sans entretien des espaces verts, sans nettoyage, et c’est devenu une véritable déchetterie, alors qu’on avait un coin de paradis, le seul espace vert du centre-ville. C’est un chantage ignoble : préférez-vous des jardins abandonnés ou de beaux immeubles neufs et « propres » ?

Ces dernières semaines, le promoteur est arrivé sur les lieux et a commencé à abattre des arbres. Nous avons réussi à arrêter ça à trois reprises. La dernière fois, le 3 juillet, ils ont envoyé des barbouzes à 3 heures du matin, avec les tronçonneuses électriques ! Ils ne reculent devant aucune méthode, c’est de la racaille !

Notre détermination est sans faille, et nous multiplions les actions, comme le rassemblement de mardi 21 juillet, ou la rencontre des élus du secteur lors de leur conseil d’arrondissements, le lendemain. Nous nous rendrons au Conseil Municipal du lundi 27 juillet, bien sûr !
On nous explique aujourd’hui que tout recours juridique est impossible, les permis de construire étant accordés et « purgés » (ils ont été affichés dans un recoin inaccessible de la porte d’Aix).

Il faut que tout le monde comprenne que la solution n’est pas juridique ! D’une part, il faut continuer à organiser le combat des habitants et des militants, qui doivent se réapproprier cet espace. D’autre part, la clef est politique : la Mairie de Marseille doit prendre le taureau par les cornes et stopper ce projet, comme elle l’a fait au parc de la Villa Valmer et pour le Boulevard Urbain Sud, dans les quartiers sud.

La nouvelle maire de Marseille, Michèle Rubirola (écologiste du Printemps Marseillais) a fini par se positionner dans un communiqué de presse, le 24 juillet, trois semaines après son élection. Elle affirme que « ce projet ne correspond pas à la ville verte qu’elle défend » et que « le développement doit se faire en respectant les espaces verts ». Elle ajoute qu’elle souhaite « limiter l’impact du projet » (ça ne suffit pas !) et « entamer des négociations avec les parties prenantes ».
Dans cet espace, nous lui proposons de reconstituer un parc arboré, avec la participation, à tous les stades du projet, des habitants, des travailleurs du quartier et des enfants des écoles. Cela peut redevenir un lieu pour tous, et la préservation de notre cadre de vie passe par les espaces verts pour tous !

ON VEUT RESPIRER !

Le 25 juillet 2020


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