Un homme est mort et nous sommes en colère

mardi 20 février 2007
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Les réactions ont été très nombreuses suite aux deux articles sur la mort de Farouk. Parmi celles-ci, celle de Dominique Carpentier, militant de longue date du comité chômeurs CGT du centre ville, battant infatigable sur la question du logement.

Il nous a semblé que nous ne pouvions la laisser sur un forum mais que nous devions la passer en article.
Le titre est de Rouge Midi.

Le 13 février un homme est mort.

Il habitait mon quartier, buvant son café tous les matins, là où moi même je lisais les dernières nouvelles.

Un homme est mort, parce qu’il était pauvre et que la misère rapporte beaucoup d’argent à certains. Il habitait le cinquième étage d’un immeuble insalubre dont le propriétaire louait les appartements, sans jamais éffectuer les réparations malgré les injonctions des autorités.

Nous sommes au 29 rue d’Aubagne, au cÅ“ur du quartier Noailles, un quartier situé en zone de rénovation immobilière depuis le 5 octobre 2001. L’immeuble a fait l’objet de prescription de travaux d’utilité publique notifiées le 13 octobre 2003. Un délai de 2 ans lui était accordé pour rendre l’immeuble conforme, mais le propriétaire ne crut pas bon les effectuer.

Monsieur Saez, de la SCI Kauufman, posséde l’nsemble de l’immeuble ; 19 logements se répartissent sur cinq étages, quatre d’entre eux ont moins de 9 m2 et les loyers se répartissent entre 250 ââ€Å¡¬ et 320 ââ€Å¡¬. Au premier étage, un homme nous ouvre sa porte. Il vit dans un espace de 8 m2 qu’il loue au titre d’un T1. En effet, il y a bien une lunette de wc et un bac à douche, mais ceux-ci sont directement pris dans l’espace de la chambre, sans qu’aucune cloison ne les sépare de la chambre.

Il y a ainsi quatre chambres louées 250 ââ€Å¡¬ qui se répartissent sur les cinq étages. C’est 250 ââ€Å¡¬ aussi que Madame Zainaba paye chaque mois pour occuper son gourbi au quatrième étage. Les plâtres des plafonds se sont éffondrés et le plafond est protégé par des bâches en tissus pour empêcher que la pluie n’envahisse l’appartement. Là aussi, le logement est minuscule, l’ensemble des commodités étant rassemblé dans un même espace. Il ne reste plus qu’un minuscule couloir entre le lit et la cuisinière où se tiennent Madame Zaïnaba et son concubin handicapé. Il n’y a plus de volets aux fenêtres et la peinture qui couvre les murs est chargée de plomb. Madame Zainada habite dans cet immeuble depuis près de seize ans, et jamais aucune réparation n’a été effectuée. Le propriétaire a même affirmé que les réparations à l’intérieur des appartements étaient à la charge des locataires.

Pour ce qui est des parties communes, Monsieur Saez a lui même repeint les murs de la cage d’escalier, se dédouannant des gros travaux nécessaires à la sécurité des habitants. Une étude du service communal d’hygiène et de santé de la ville de Marseille a révélé qu’outre le fait que le propriétaire n’avait pas fait les travaux dans le cadre du PRI, l’immeuble recelait de multiples dangers tant pour les habitants que pour les riverains (chutes de pierres), mais n’a prononcé qu’un arêté de péril simple en date du 29 septembre 2006. Cet arrêté, non contraignant, soulignait que “les rambardes étaient descellées, branlantes risquant de provoquer la chute d’un enfant ou d’une personne , sur le balcon du 5e étage.”

Le 13 février 2007, Ramadane Fekari, dit Farouk, 55 ans et père de cinq enfants, est passé par desus la rembarde et s’est écrasé cinq étages en dessous en se fracassant le crâne. Au delà de ce tragique fait divers, qui laisse une veuve et cinq orphelins, c’est bien la question de la rénovation du centre ville qui se pose, le logement social étant laissé aux marchands de sommeil.

Des dizaines d’immeubles sont ainsi laissés à l’abandon pour le plus grand désarroi des habitants. Le PRI semble en panne alors que de nombreux immeubles se dégradent, prémice de nouveaux drames. La Préfecture des Bouches du Rhône doit se prononcer le jeudi 22 février sur la fermeture de l’immeuble et des solutions de relogement pour les habitants du 29 rue d’Aubagne. Il aura fallu un mort pour qu’une telle décision soit prise (en espérant que les solutions de relogement correspondront aux vÅ“ux des habitants).

Mais combien faudra-t-il de victimes pour qu’enfin un véritable plan d’éradication du logement indigne, accompagné de véritables solutions de relogement dans le centre ville pour les populations les plus fragiles, soit mis en place. Habitants de Noailles, nous sommes en danger. Nous en avons assez de verser des larmes. Alors que la question du logement semble agiter les milieux politiques en cette période électorale, nous exigeons de pouvoir vivre dignement dans nos quartiers.



Commentaires

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jeudi 15 novembre 2012 à 22h47 - par  myriam
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mardi 13 novembre 2012 à 13h02 - par  sa niece amel

allah yarahmek

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vendredi 11 mai 2012 à 21h04 - par  Sarah fekari
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mercredi 14 décembre 2011 à 04h31 - par  Myriam
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samedi 26 mars 2011 à 14h37 - par  Sarah fekari

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