Faut-il achever le PS ?

dimanche 20 mai 2007
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Encore une fois, les médias ont fait une élection présidentielle. Pas en 2007, en 2006. La présidentielle de 2007 n’était pas perdable pour la gauche, mais le PS a choisi de la perdre plutôt que de répondre à la demande de ses électeurs.

Les lecteurs réguliers d’Agoravox savent ce que sont les médias, et surtout qui ils sont. Les autres peuvent s’informer sur la forêt des médias. Ce sont les émanations d’un certain nombre d’oligopoles qui agissent sur la vie publique et en tirent profit.

"Le Canard enchaîné" du 9 mai 2007 : "avec qui Nicolas Sarkozy a-t-il dîné pour fêter son triomphe ? (...) Martin Bouygues, Vincent Bolloré, Alain Minc, conseiller de François Pinault, .... (...) Arnaud Lagardère n’était pas de cette fête. Il avait déjà eu le plaisir de féliciter Sarko au siège même de la campagne de l’UMP. Deux autres patrons nécessiteux avaient bénéficié de la même faveur : Antoine Bernheim et Albert Frère."

Voici une liste de gens solidement impliqués dans les médias, à qui il faudra renvoyer l’ascenseur, et qui vont bénéficier des prochaines privatisations et marchés publics. Sarkozy a déjà vendu Alstom à Bouygues. Le suivant sera-t-il Areva ? Je suppose que cela ne déplairait pas non plus à M.Frère, et que les assurances santé et retraite intéressent bien M. Bernheim, entre autres...
Mais cette république bananière n’a pas été inventée par l’UMP et fonctionnait déjà très bien du temps de Mitterrand. Rappelons que c’est à l’époque le Crédit Lyonnais qui a financé le développement d’Arnault, Pinault et Bolloré, que c’est Fabius qui a financé Arnault, que c’est Strauss-Kahn qui a offert Aérospatiale à Lagardère, qui vient de s’en débarrasser juste à temps dans EADS en disant qu’il préférait être considéré "incompétent" qu’initié.

En 1981, Mitterrand a appliqué le « programme commun » de la gauche. En 1983, il a dû choisir entre ce programme et le maintien dans le système monétaire européen. Il a choisi l’Europe, et c’est resté la plus grande constante de sa présidence, à une époque où la droite gaulliste, et Chirac en particulier, était souverainiste. Son grand oeuvre a été le traité de Maastricht, ratifié de justesse par référendum.

Puis le piège s’est refermé. L’UE, soigneusement noyautée par les oligopoles, est devenue une machine beaucoup plus libérale que l’ensemble de ses parties, et au nom de Bruxelles on a privatisé, libéralisé, figé la monnaie, bref appliqué le consensus mortel de Washington, traitement réservé jusque là par le FMI aux pays du tiers-monde. Le PS s’est alors trouvé au nom de l’Europe dans un vide idéologique absolu, et la droite libérale s’est découverte européiste.

Il y a des moments où tout peut basculer.

En 2002, à travers le vote Chevènement qui a privé Jospin de deuxième tour, et surtout en 2005, où le traité constitutionnel a été refusé a 55%, mais avec une majorité encore plus grande à gauche, les électeurs de gauche ont signifié au PS que ce qu’il avait fait ne marchait pas et ne répondait pas à leur demande. Malgré une tentative en free-lance de Fabius, peu crédible vu son bilan personnel, le PS y a opposé une fin de non-recevoir. Des « projets » se sont « affrontés » sans qu’une clarification n’en ressorte, et début 2006 le PS ne savait toujours pas où il en était.
En mars 2006, un buzz Ségo - alors illustre inconnue - est apparu dans les médias. La première semaine d’avril 2006, elle fait la une du « Parisien » (dont Lagardère est actionnaire), de « VSD » (Bertelsman), du « point » (Pinault), et a eu droit à un reportage spécial sur TF1 (Bouygues). Trop pour une inconnue. Trop pour une coïncidence. Elle commence alors à planer dans des sondages où l’on ne l’oppose qu’à des éléphants, jamais à d’autres outsiders, en particulier « nonistes ».

Qu’est-ce qui serait le plus humiliant à imaginer : que Bouygues ait choisi le candidat du PS, ou bien que le PS ait pu faire faire sa promotion par Bouygues ? Ou ne serait-ce pas simplement une convergence d’intérêts entre éléphants et mammouths ?

Attention, je n’insinue pas du tout que les médias ont choisi MmeRoyal pour faciliter le travail à M.Sarkozy. J’insinue qu’ils l’ont choisie pour éviter à tout prix qu’une tendance « noniste » n’émerge au PS. Car à ce moment-là, la victoire du PS à la présidentielle apparaissait fort probable, face à une UMP totalement discréditée, au bilan catastrophique, et qui avait poussé la corruption à des niveaux vertigineux, dont le sommet restera sans doute l’aministie par M. Chirac d’un de ses ministres, M.Drut, condamné dans une affaire de financement de son propre parti. Et le « non » avait alors des chances de l’emporter à la présidentielle, ce qui n’arrangerait pas les affaires de MM Bouygues, Arnault, ... J’insinue également que les médias ont choisi MmeRoyal en plein accord avec un certain nombre d’éléphants du PS, compromis par et pendant le « mitterrandisme ».

Faute de clarification idéologique, le PS n’a pas proposé de programme « noniste », et s’est rabattu sur un patchwork de mitterrandisme, social-démocratie et sarkozysme, ce qui n’a pas convaincu les « oui-istes » qui, tant qu’à faire, ont préféré voter Bayrou. Le PS n’avait aucune explication de « ce qui n’avait pas marché » et de ce qu’il fallait changer. Le résultat en a été qu’il ne disposait d’aucun axe d’attaque clair contre l’UMP, dont la défense était pourtant en miettes, avec un bilan catastrophique sur tous ses thèmes favoris. Sarkozy a même pu se payer le luxe de faire, pour les électeurs FN, la campagne du « non », sachant bien que les ultralibéraux savaient bien qu’il n’en pensait pas un mot. Ca ou la « fracture sociale » ...

Dans une crise de type « argentin » comme celle qui nous ronge depuis longtemps, la fracture principale n’est pas entre gauche et droite. Quand l’heure des comptes vient, c’est « que se vayan todos ». Elle n’est pas entre « valeur travail » et « valeur du travail », grands mots démagogiques sans conséquences. Elle ne porte pas sur des « valeurs » généralisantes comme celles qui ont porté Bush au pouvoir. Elle est, dans les actes et pas les discours, entre le fait de soutenir ou pas un système de connivence entre oligopoles et politiques qui s’enrichit au détriment de la nation, avec la participation de l’UE, système coproduit par tous les partis de gouvernement précédents, et pour lequel un quinquennat nouveau s’ouvre sous les meilleurs auspices.

Il est nécessaire que la génération Mitterrand quitte les commandes à gauche, que s’y installent des hommes et femmes qui puissent tenir sans honte un langage clair contre l’appropriation du bien public par des intérêts privés, et que la gauche admette enfin que les politiques menées par l’UE vont à l’exact opposé de ses valeurs. Si le PS n’est pas capable de cette révision, et persiste à ignorer le sentiment de ses électeurs, alors il faudra faire sans, et le mieux serait un schisme rapide entre « oui-istes » et « nonistes », que j’appelle ici de mes voeux pour que nous puissions nous compter en tant qu’électeurs.

Article de FOREST ENT paru sur Agora Vox et transmis par Michel Peyret



Commentaires

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jeudi 24 mai 2007 à 23h24 - par  Charles Hoareau
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jeudi 24 mai 2007 à 09h43 - par  mikael

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