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Un an après, le calme n’est pas revenu à Oaxaca

samedi 23 juin 2007
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Le 14 juin 2006, l’intervention violente de la police contre des instituteurs en grève déclenchait la “révolte d’Oaxaca”. Retour sur les lieux.

Pour Ulises Ruiz Ortiz, tout est normal. Le gouverneur de l’Etat d’Oaxaca [dont la démission était une des revendications principales des manifestants l’année dernière] se targue d’avoir rétabli l’ordre dans la ville. Mais pour ses opposants, la rébellion continue. “On revient, le tyran tremble”, menacent-ils sur le Zócalo [1] de la ville d’Oaxaca. En ce 13 juin au soir, le Zócalo est de toute beauté. Beaucoup de gens, dans les cafés et les restaurants, regardent le match de football Mexique-Panamá. Tout semble revenu à la normale. “Nous avons tenu nos engagements”, peut-on lire partout sur les affiches imprimées après la crise par Ulises Ruiz Ortiz et son équipe.

Crise ? Quelle crise ? Là où les manifestants avaient monté des tentes, la ville coloniale a retrouvé toute sa splendeur. Dans le palais du gouvernement, les autorités ont invité il y a quelques semaines l’entreprise Ford à présenter sa nouvelle gamme d’automobiles 2007. Tout est en paix. Une Oaxaca normale. Le gouverneur Ulises Ruiz a déclaré la veille que les manifestations de ce 14 juin 2007 n’étaient qu’“une célébration” de la section 22 du Syndicat national des travailleurs de l’éducation (SNTE) [2]. Résultat, sur l’une des nombreuses pancartes qui émaillent ce long cortège, on peut lire : “On n’a rien à fêter, Ulises !”

C’est Minerva Salgado, la femme d’un instituteur, qui a rédigé cette pancarte. “Il ose dire que nous célébrons notre évacuation à coups de gaz lacrymogènes. Il nous avait envoyé des hélicoptères, s’indigne-t-elle. Il est cinglé, c’est un cynique.” “Si ce n’est pas une célébration, alors qu’est-ce que c’est ?”, lui demande un journaliste. “Vous ne voyez pas ?, répond-elle. C’est le peuple qui demande à cet individu de foutre le camp une bonne fois pour toutes.”

Nous voici rue Joaquín Amaro, quartier Figueroa, là où, il y a quelques mois, les manifestants avaient dressé une barricade. Il est 16 h 45 en ce 14 juin. Aujourd’hui, les habitants lancent des fusées en l’air pour rompre le silence du matin et rappeler comment les forces de l’ordre ont tenté de rompre les barricades et de disperser les manifestants. Le fracas des pétards se fait entendre non seulement dans la rue Joaquín Amaro, mais aussi dans la plupart des quartiers populaires de la ville. On entend aussi la puissante sono d’une voiture, qui passe la musique diffusée par les opposants sur Radio Alterna, l’une des quatre radios alternatives locales. Un groupe de jeunes peint une fresque sur un mur. Ils y représentent Che Guevara - qui est né un 14 juin -, accompagné du sigle qu’on recommence aujourd’hui à voir partout : APPO [3].

La rue gronde, elle est complètement bloquée. Au loin, un véhicule tous phares allumés s’approche de l’endroit où la foule est massée. C’est une camionnette de l’armée mexicaine, qui, outre un conducteur et un copilote militaires, transporte à l’arrière quatre soldats armés de fusils. Le silence gagne la rue Joaquín Amaro.

L’inquiétude monte. Mais il ne se passe rien. La camionnette repart en marche arrière, vire un peu vers la gauche, puis s’en va. Une voix s’élève de la foule : “Assassins ! Assassins !” L’un des manifestants s’égosille : “Allez protéger votre Calderón, ici le peuple n’en veut pas !” La manifestation se poursuit dans le quartier Figueroa. Et dans le reste d’Oaxaca. Ce matin, on a découvert un graffiti sur les murs de la cathédrale : “14 juin 2007, la rébellion continue”. La chapellerie El Corcel s’est retrouvée avec le rideau recouvert de cette inscription : “Seule la révolution socialiste incarne le changement”. L’ancien palais du gouvernement a lui aussi été graffité : “14 juin, ni pardon ni oubli”.

Des dizaines de milliers de personnes défilent, mais on ne voit pas ceux qui ont donné un visage à la rébellion d’Oaxaca de l’année dernière. Certains sont exilés au Canada ou en Bolivie, comme le dirigeant syndical Enrique Rueda, ou l’animatrice de Radio Universidad Berta Elena Muñoz ; d’autres purgent des peines de prison, comme Flavio Sosa Villavicencio et César Mateos, que le gouverneur n’a pas fait figurer officiellement sur la liste des quatre syndicalistes de l’APPO qui, assure-t-il, sont encore derrière les barreaux.

Jorge Franco Vargas est, pour sa part, revenu il y a quelques mois. Il est candidat à la députation aux élections du 5 août prochain [auxquelles l’APPO a décidé de ne pas présenter de candidat]. C’est lui qui avait géré, en tant que secrétaire du gouvernement d’Oaxaca, la tentative d’évacuation qui s’est soldée par un fiasco. Après quoi il a été limogé et a dû quitter le pays pendant un certain temps.

Et il a entamé ce 14 juin par un petit déjeuner au restaurant d’un hôtel sélect de la ville, en compagnie d’Héctor Sánchez, ce vieux leader de la COCEI [Coalition ouvrière, paysanne et estudiantine de l’isthme] et du PRD [Parti de la révolution démocratique], qui est aujourd’hui au service du gouvernement d’Ulises Ruiz.
A Oaxaca, tout est tranquille.

Article de Diego Osorno dans Milenio du 21/06/2007

Transmis par Linsay


REPRESSION

Un lourd bilan Entre 13 et 27 personnes, selon les sources, auraient été tuées à Oaxaca entre juin et décembre 2006. Parmi eux, le journaliste américain Brad Will, tué le 28 octobre alors que la police fédérale s’était déployée dans la ville. Le gouvernement de l’Etat d’Oaxaca vient d’accepter de lancer une enquête sur la responsabilité des autorités locales mises en cause par la Commission nationale des droits de l’homme rapporte le quotidien Milenio. La Cour suprême de justice doit aussi se prononcer sur l’ouverture d’une enquête. Le 29 octobre, après plusieurs jours d’affrontement, la police fédérale avait délogé les manifestants, barricadés depuis fin mai à Oaxaca.


[1] place principale

[2] la grève des instituteurs réclamant des augmentations salariales et de moyens avait débuté le 22 mai. Mais après la répression policière du 14 juin, le mouvement s’étendit à bien d’autres catégories sociales

[3] Assemblée populaire des peuples d’Oaxaca, créée le 14 juin 2006, et qui mena la révolte


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