Malgré leurs déboires, les agriculteurs d’Afrique du Sud croient aux OGM

lundi 11 mai 2009
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Bothaville (Afrique du Sud)

Pour en être certain, Michael de Jager a grimpé sur sa moissonneuse-batteuse. Dans son champ de maïs, près de Bothaville, dans la province rurale du Free State, au cœur de l’Afrique du Sud, il a fait deux coupes, à 200 mètres de distance. Résultat : une différence de rendement de 65 %, en défaveur des plants transgéniques.

« Regardez, les grains n’ont pas poussé partout », affirme le quadragénaire en arrachant un épi. Sur ses 1 500 hectares plantés en maïs, cet agriculteur, Blanc, en jeans et chemisette à carreaux, en avait semé les trois quarts en organismes génétiquement modifiés (OGM). « L’an prochain, cela sera plutôt 50-50 », prévient-t-il.

Au moins 400 céréaliers sud-africains, installés dans les régions du Free State, du North-West et du Mpumalanga, ont vécu une mésaventure similaire. Fournisseur des trois variétés de semences incriminées, la firme agroalimentaire Monsanto a reconnu que 75 000 hectares étaient concernés. « En moyenne, la baisse de rendement est d’environ 10 %, mais certains endroits ont été beaucoup plus touchés », explique Kobus Lindeque, directeur de la zone sud-africaine de Monsanto Afrique.

Selon le géant américain, ces faibles pollinisations sont dues à une technique traditionnelle de production des semences en laboratoire qui n’a pas donné les résultats escomptés. Elles ne seraient en rien liées aux modifications génétiques. Une explication plausible, selon certains experts indépendants, mais que mettent en doute les associations écologiques locales. « Nous alertons depuis longtemps sur les potentiels effets indésirables des OGM, en voici un exemple », clame Mariam Mayet, directrice du Centre africain pour la biosécurité, qui a demandé au gouvernement l’instauration d’une commission d’enquête.

Les équipes de Monsanto sont à pied d’œuvre pour rendre visite aux victimes. Objectifs : les assurer que cela ne se reproduira plus et les dédommager. La facture pourrait s’élever à plus de 10 millions d’euros pour la multinationale. Satisfaits de la réactivité de celle-ci, ces agriculteurs gardent leur foi dans les semences transgéniques. « J’en ai besoin, car même si c’est deux fois plus cher à l’achat, elles me permettent d’augmenter mes rendements de 10 %, d’utiliser moins de pesticides et de main-d’oeuvre, et donc de gagner plus », résume Pottie Potgieter, à la tête d’une ferme de 2 400 hectares. En 2007, un rapport sud-africain a néanmoins montré, pour la première fois, des signes de résistance de l’insecte, la pyrale, au célèbre maïs Bt de Monsanto censé assurer sa propre protection.

Cultivant 1,8 million d’hectares de maïs, soja et coton transgéniques, l’Afrique du Sud est aujourd’hui le huitième producteur mondial d’OGM, selon l’International Service for the Acquisition of Agri-Biotech Applications (Isaaa), une organisation qui promeut les biotechnologies agricoles : 62 % du maïs, un aliment de base des Sud-Africains, est désormais génétiquement modifié. Le débat sur l’éventuelle dangerosité des OGM, introduits en 1997, y est quasiment inexistant.

En amont, les instances censées contrôler la culture de plantes transgéniques sont faiblement dotées en moyens humains et financiers. Selon un connaisseur du dossier, « les compagnies de biotechnologies inondent de demandes d’agréments les organismes officiels pour leur compliquer la tâche ». En aval, l’affichage des produits dans les supermarchés reste facultatif. Une étude publiée en 2008 a montré que 56 % des échantillons de nourriture labellisée « sans OGM » contenaient en réalité des traces... d’OGM.

Mais cela va changer : une loi sur la protection des consommateurs a été promulguée le 24 avril. D’ici un an et demi, il sera obligatoire d’indiquer sur les emballages la présence d’organismes transgéniques. Une défaite pour Monsanto, Pannar et Pioneer, qui font déjà face à un nombre croissant d’enseignes, telles que la chaîne de supermarchés Woolworths, qui exigent de leurs fournisseurs des produits garantis sans OGM.

Accusé d’utiliser l’Afrique du Sud comme porte d’entrée pour s’imposer sur le continent africain, Monsanto pousse Le Cap à inciter les autres pays de la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC) à lever les barrières sur le commerce des OGM. Mais les résistances sont nombreuses. Le Botswana, la Zambie et le Zimbabwe, entre autres, y sont opposés.

Par Sébastien Hervieu dans Le Monde du 10/05/2009

Transmis par Linsay

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Les cultures transgéniques dans les pays du Sud couvraient 54 millions d’hectares en 2008, selon l’International Service for the Acquisition of Agri-Biotech Applications (Isaaa). L’Argentine (21 millions d’hectares), le Brésil (16 millions) et l’Inde (8 millions) sont les principaux pays producteurs. L’Afrique du Sud compte pour 1,8 million d’hectares. Ces chiffres tendent à être surévalués, selon l’association les Amis de la Terre. L’Isaaa estime que l’acceptation de ces cultures dans les pays du Sud augmente.



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