François Bayrou : L’ego du centre.

samedi 30 mai 2009
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Le centriste a choisi l’antisarkozysme primaire pour s’imposer aux européennes.
Et tenter de détourner la clientèle du PS en 2012.

Les Béarnais ont le goût du spectacle.

Pour tromper l’ennui du dimanche, Henri IV avait inventé la poule au pot.

François Bayrou, lui, met de l’ambiance dans les campagnes, et pas que celles des agriculteurs.

Les européennes se mouraient de tristesse, grâce à lui, les voici à l’égal des qualificatifs de l’Euro de foot.

Le Béarnais anime les campagnes, fussent-elles les plus désespérées.

Vos élections se traînent, vos salles de meeting sont vides, vos réunions Tupperware sentent le renfermé, personne ne déchire vos affiches, faîtes appel à lui, il saura glisser son ambition élyséenne pour relancer l’intérêt.

Il est sans pareil pour réveiller les morts.

Même Giscard, à qui il cire les Weston dans son dernier ouvrage pour s’excuser sans doute d’avoir tué l’UDF du vivant de son fondateur (6,84% à la présidentielle de 2002).

Le d’Estaing, dit-il, était né pour être président ; lui, déjà deux fois battu à 58 ans, est né pour être candidat.

« Il a été touché par la Vierge », plaisante Cohn-Bendit, qui n’est plus en odeur de sainteté pour ses vannes « Bordères line ».

Le centriste a le don de se croire habité par un destin.

Quand elle le voit arriver, la droite se raidit et la gauche s’exaspère. Elles savent que dans ses « stands up », Bayrou les crucufie.

Il ne supporte pas d’être derrière, cantonné au rôle de Saint-Esprit.

Grisé par ses 18,57% en 2007, il a eu du mal à quitter la scène entre les deux tours, sous le charme de la sérénade de Ségo, venue jouer de la mandoline sous son balcon.

Sarko n’a pas goûté qu’il s’incruste.

« Il faut le tuer », a-t-il dit à ses hommes de main.

Instruit des faiblesses de l’humain à l’école Pasqua, le nouveau président a frappé au portefeuille.Et en a offert quatre aux proches de Bayrou.

Cela a suffi à rompre les liens d’amitié.

Le centriste a méprisé les lâcheurs.

Quans ses hommes le quittent, il se console avec ses chevaux, qui courent au galop sous ses propres couleurs : casaque orange, toque noire.

Mais le paysan de Bordères cultive la rancune.

Il l’a jetée dans les 250 pages de son « Abus de pouvoir », un pamphlet contre Sarko « l’enfant barbare », obnubilé par son goût pour l’argent, Bayrou s’imagine en Mitterrand revu par JFK (Jean-François Kahn, par Kennedy).

Son livre est une ode à Marianne qui décrit avec un temps de retard le bling-bling et la mise sous contrôle sarkozien de la France.

Le Béarnais occupe les médias pour dénoncer leur reprise en main, un paradoxe toujours réjouissant.

« Les gens adorent lire ce qu’ils savent déjà », se moque un socialiste.

Sarko, sa tête de Turc (un comble pour quelqu’un qui ne veut des Ottomans dans l’Europe !), a réarmé son escouade de dézingueurs avec ordre de tirer sans sommations.

Tous pilonnent depuis trois semaines et moquent en Bayrou, suprême injure, l’homme de droite déguisé en homme de gauche pour mieux dépecer le cadavre socialiste.

Alain Minc n’est pas le dernier à appuyer ou ça fait mal :
« Quand il dit que Sarkozy, immigré de la deuxième génération, n’incarne pas les valeurs de la France, Bayrou est du côté de la terre conte le cosmopolitisme. Je me méfie des gens pour qui la terre est la valeur suprême, qui prétendent qu’elle ne ment pas.Bayrou est plus versaillais que démocrate chrétien, c’est la vieille droite catholique de Maurras. »

Une attaque à ravir Simone Veil...

La gauche, elle, est bien embarassée.

Si Cohn-Bendit n’hésite pas à dire que Bayrou « déraille », les socialistes ont des pudeurs.

Ils pourraient dénoncer l’ambitieux qui rêve de rejouer Poher 1969 ou Le Pen 2002 pour les priver de second tour en 2012.

Ils préfèrent comme Benoît Hamon, parler de « concurrent », pour ne pas se fâcher avec leur électorat qui sait gré à Bayrou de dire merde à Sarko.

Du coup, ils laissent le Béarnais se parer du titre de « premier des opposants », Martine Aubry, alliée au MoDem en sa mairie de Lille, se contentant de celui de « proposante ».

Tant que ce n’est pas celui de gisante...

Ainsi légitimé homme de droite par la droite et de gauche par la gauche, Bayrou peut picorer à son aise dans tous les électorats, ce qui est le propre du centriste.

Il échafaude déjà des plans d’avenir.

Si tous les antisarkozystes du monde voulaient bien se donner la main, il les fédérerait volontiers derrière ses couleurs (casaque orange, toque noire), de Ségo à Juppé, sans oublier Villepin, avec qui il promet de dîner avant que justice ne passe.

Rien n’est trop grand pour Bayrou, qui, au prétexte de combattre « l’égocentrie » sarkozyste, laisse percer un ego au moins égal à celui de son adversaire.

Et un rapport à la politique tout aussi narcissique.

« C’est un égocentriste patenté, Bayrou n’est intéressé que par lui-même », assure son ex-ami Dominique Paillé, réfugié à l’Elysée.

François Hollande opine.

Il ne désespère pas, lui, de mettre le Béarnais face à ses contradictions en l’invitant à dialoguer avec la gauche pour dévoiler le vide de ses propositions :
« L’erreur de Bayrou est de penser que le sujet, c’est Sarkozy. Il se trompe.Le sujet, c’est la crise, et les Français choisiront en 2012 celui qui a des solutions pour en sortir ».

Bayrou en a-t-il ?

S’il avait gagné en 2007, il aurait mis un banquier à Matignon, un certain Jean Peyrelevade, ancien patron du Crédit lyonnais...

Un vrai début de réponse !.

Par Jean-Michel Thénard dans Le Canard enchaîné du 27/05/2009

Transmis par Linsay



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