Les Dix commandements du parfait citoyen britannique

dimanche 16 août 2009
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Il n’y a pas qu’en France que le pouvoir délire sur la notion de bon citoyen assimilé...

Phil Woolas, le ministre britannique de l’Immigration, a présenté le 2 août les grandes lignes de sa réforme de la naturalisation. Principale innovation : la mise en place d’un système de points pour évaluer les compétences, les connaissances et le travail des candidats à la citoyenneté. Le projet fait bondir la comique et chroniqueuse Shazia Mirza, née de parents pakistanais

Le Royaume-Uni est en train de se transformer en un vaste jeu télévisé. Bienvenue à « Qui veut gagner des millions de passeports ? » ! Accumulez le plus de points possible, et tentez votre chance pour le gros lot, un passeport britannique. Votre animateur ? Le ministre de l’immigration Phil Woolas qui, le 2 août, a levé le voile sur son système de points pour une « naturalisation méritée ». Pour devenir citoyen britannique de façon permanente, vous devrez gagner des points, et - attention, prenez note - des points vous seront retirés en cas de mauvais comportement. On se croirait à l’école privée.

J’en tiens Tesco pour responsable. C’est cette chaîne de supermarchés qui a la première monté toute cette affaire de points en créant sa carte de fidélité. Et sans la carte, vous vous sentez exclus. Voici donc la gestion des affaires publiques façon Tesco. A ceci près que Tesco ne vous menace pas de reprendre vos points.

En vertu du système de Phil Woolas, les nouveaux immigrés ayant un comportement marqué par « un mépris actif pour les valeurs du Royaume-Uni » devraient être bien en peine d’obtenir un passeport britannique. Il sera à tout le moins très imprudent, lorsqu’on est candidat à la naturalisation, d’envisager de participer à une manifestation ou de se faire repérer dans un défilé pour le retour de nos soldats. Il sera bien plus avisé de se mettre en quatre pour contribuer à la « vie démocratique dans le pays » - à l’instar d’ailleurs de tout Bon Citoyen Britannique digne de ce nom.

Reste qu’il y a un os dans la quête du Bon Citoyen Britannique par Phil Woolas : la notion de « britannique ». Je suis parfaitement britannique. J’adore le sport et soutient la Grande-Bretagne en tout - sauf au cricket, où je suis supportrice du Pakistan. J’ai une amie qui elle aussi se dit britannique : elle porte le hijab et un string aux couleurs de l’Union Jack. Si ça ce n’est pas de l’intégration...

Notre ministre de l’Immigration serait aussi bien embarrassé s’il lui fallait définir le « British way of life » dont il fait la réclame. Pour certains, cela consiste à se soûler tous les vendredis soirs, à rouler au milieu des routes à quatre voies en chantant « I will survive ». Mais aussi à sauter dans un taxi conduit par un homme appelé Muhammad, à s’arrêter acheter des clopes dans une boutique ouverte 24 heures sur 24 que tient un homme appelé Mehmet avant de rentrer chez soi, sous un toit installé par un homme du nom de Tomasz. En voilà une vie des plus typiquement britanniques.

Inutile de chercher bien loin pour découvrir, en vérité, quel est le comportement que le gouvernement rêve de voir adopté par tous ses citoyens, nouveaux ou non. Ne vous plaignez pas. Ne remettez pas en cause l’autorité. Ne contestez pas. Ce gouvernement fait montre d’un comportement inquiétant, rappelant celui du pédophile sur Internet qui façonne ses proies. Il façonne toute une population pour qu’elle obéisse sans poser de question. Pas seulement les immigrés - tout le monde est modelé.

Il faudrait récrire les Dix Commandements pour aider les nouveaux arrivants mais aussi les écoliers. Le plus important étant celui-ci : tu honoreras ta mère et ton père et ton ministre de l’Intérieur. Tu ne convoiteras point la femme de ton prochain, sauf si elle est parlementaire. Tu ne voleras point, à moins d’avoir une enveloppe pour frais de mandat parlementaire. Et tu ne tueras point, à moins de travailler pour la police du Grand Londres.

Et pour ces âmes pleines d’espoir qui font la queue devant les bureaux de délivrance des passeports : tu n’ergoteras point sur la liberté d’expression. Tu présenteras ta demande et garderas le silence jusqu’à délivrance pleine et entière du passeport. Une fois le passeport en poche, cependant, ne te prive pas de faire acte d’assimilation : en bon Britannique, arrose l’événement avec une dizaine de pintes à une livre et un bon vomi de fin de soirée sur le trottoir.

Par Shazia Mirza dans The Guardian le 04/08/2009

Transmis par Linsay



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