Que des ingrats !

lundi 7 décembre 2009
par  Charles Hoareau
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Les mahorais c’est bien connu sont des ingrats ! Quelques mois à peine après que la France ait eu la gentillesse totalement désintéressée de permettre à ce territoire de devenir bientôt un authentique département français, voilà que ses habitants se révoltent et sèment la pagaille dans les rues de l’île au motif que la vie est trop chère...

C’est, en caricaturant à peine, le sens de l’intervention qu’a fait le préfet de l’île suite aux émeutes qui, le 2 décembre dernier ont secoué l’archipel et « ternissent l’image de Mayotte qui s’est engagée avec tant d’enthousiasme dans le processus de départementalisation. »

A part cela pas un mot sur ce qui est à l’origine de la révolte.

- Pas un mot sur l’état catastrophique des finances de ce territoire qui affiche 90 millions de déficit
- Pas un mot sur la gestion désastreuse du président UMP du conseil général, gestion pointée avec colère par les manifestants.
- Pas un mot non plus sur ce rapport du sénat montrant que la collectivité de Mayotte est « singulièrement sous dotée » alors que sa richesse par habitant est de loin la plus faible.

C’est pourtant dans ce contexte que le conseil général s’apprêtait à procéder à plusieurs augmentations.
- Une augmentation de 33% du prix d’accès aux barges assurant la liaison entre les deux parties de Mayotte Petite Terre et Grande terre.
- Une augmentation de 8% du prix de l’électricité.

Ce n’est pas la première fois que le conseil général tentait de le faire. Précédemment à l’appel du « collectif des citoyens perdus de Labattoir et de Pamandzi » (deux localités de Petite-terre), les habitants étaient déjà descendus par deux fois dans la rue. Le CG avait alors reculé.

Et là il remettait ça.

C’est donc, en ce début décembre, la 3e fois que les gens descendait dans la rue pour le même sujet : et on s’étonne qu’il y ait de la colère ?

La presse a rapporté ce cri de détresse d’une mère de famille hurlant le prix du carton de poulets et jetant : « On a des soucis pour nos enfants. Ils meurent de faim. La vie est chère à Mayotte ».

En fait à Mayotte qui compte près de 200.000 habitants la situation est devenue explosive. Colonie plus que territoire elle fait penser aux pays africains d’avant l’indépendance où l’autochtone était sujet et non citoyen : les mêmes devoirs mais pas les mêmes droits.

Coupée administrativement du reste de la nation comorienne, que reste-t-il à Mayotte comme alternative dans le contexte politique créé par le pouvoir métropolitain ?

Renier encore davantage son histoire, sa culture, sa nation pour bénéficier des miettes de la richesse du 5e pays le plus riche du monde et se retrouver ainsi ilot de moindre pauvreté au milieu d’un archipel de misère traversé par les kwassa kwassa [1] de la mort ?

Ou choisir le combat de la dignité et de la liberté dans une version moderne du chien et du loup ? Si les mahorais ne posent pas la question de l’indépendance les actions du 2 décembre montrent qu’ils ne sont pas prêts à accepter toutes les servitudes.

Le préfet l’a bien senti qui sous entend dans sa déclaration qu’il y aurait eu chez les manifestants l’expression d’un racisme anti blanc. Les attaques contre Elie Domota et sur ce même thème ne sont pas loin...

Le combat des mahorais contre la vie chère et pour une autre répartition des richesses entre la métropole et la colonie les rapproche à coup sûr du reste de la nation comorienne.

C’est aussi pour cela que, contrairement au préfet, nous le trouvons porteur d’avenir.


[1nom comorien des petits canots à moteur et sur lesquels plus de 6000 comoriens ont trouvé la mort en tentant de rejoindre Mayotte



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