La Marguerite qui sent mauvais...

jeudi 2 mars 2006
par  Charles Hoareau
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Quand il ne s’agit pas de la fleur que tout le monde connaît La Marguerite désigne à l’Est de Marseille une maison de retraite peu ordinaire. Le 1er février le syndicat CGT révélait des pratiques étranges en cours dans l’établissement et posait un certain nombre de questions qui curieusement n’ont que peu intrigué la presse locale [1].

Depuis le syndicat en a appris de belles et chaque jour apporte son lot de surprises, qu’on en juge.

Au départ il y a donc une salariée, Huguette,
licenciée (après onze ans de bons et loyaux services), de la société de nettoyage SOMENET, prestataire de service de la résidence La Marguerite maison de retraite financée par le conseil général. S’il ne s’agissait pas d’une question de licenciement la raison donnée à celui-ci serait cocasse. En effet Huguette - normalement affectée exclusivement au nettoyage - est accusée d’avoir mal servi une pensionnaire et d’avoir craché (sic !) sur un plateau repas. A l’appui de cette accusation il n’y a que les dire d’une pensionnaire de 93 ans et une seule attestation écrite, celle de sa fille de 65 ans elle même pensionnaire et sous tutelle pour des raisons de confusion mentale !!

L’énoncé même de l’accusation soulève son incohérence :

-  1re anomalie : comment prêter foi à un témoignage (suscité ?) d’une résidente manifestement en état de faiblesse ? D’autant que les plateaux en question sont sous cellophane !! De même quelle peut être la valeur juridique d’un témoignage de quelqu’un sous tutelle ? N’y a-t-il pas subornation de témoin, la même subornation qui avait valu à Momo de Carrefour 15 jours de prison ferme ?
-  2e anomalie : Huguette n’est pas licenciée par le patron de la SOMENET mais par Mr FERRE directeur de la maison de retraite qui accuse la salariée de maltraitance « envers nos résidents » : les résidents de la société de nettoyage ?
-  3e anomalie : une employée de nettoyage peut elle être licenciée au motif qu’elle aurait mal servi des repas que la convention collective lui interdit de servir ?
-  4e anomalie : Peut on la licencier pour une soi disant faute commise dans un établissement où elle n’a pas à aller !?!

Car c’est sur ce dernier point en particulier que, comme le dit la CGT, « le licenciement révèle de drôles de pratiques... ». En effet le 242 bd de St Loup, outre La Marguerite, abrite 2 autres sociétés.

-  La SOMENET : société de nettoyage qui a comme unique client La Marguerite. Cette SARL qui n’a sur place aucun bureau (et pour cause) emploie 9 salariées qui font fonction tour à tour et en toute illégalité de : femmes de ménage, agents de service hospitalier, aide soignantes...

-  Les 2IG : société immobilière propriétaire des Romarins (en fait une partie du bâtiment « séparée » de La Marguerite par une porte intérieure uniquement fermée à clef les jours d’inspection des autorités de tutelle). En fait la SARL les 2IG reçoit des personnes âgées, comme La Marguerite, la seule différence c’est que ce sont elles qui paient leur droit au séjour. Elles occupent des studios au lieu de simples chambres. C’est en somme une maison de retraite privée de « luxe » qui se cache derrière le statut de société immobilière.

Ce tour de passe-passe offre de multiples avantages :

- Les résidents des 2IG bénéficient des mêmes prestations (qu’ils paient d’ailleurs fort cher !) que les résidents de La Marguerite. Comme ces prestations (soins, repas...) sont effectuées par les personnels de La Marguerite la SARL n’emploie officiellement qu’un seul salarié quand la maison de retraite en emploie 20 ! Du coup les charges de personnel de la SARL ne représentent que 4% du chiffre d’affaire, quand elles sont de plus de 34% pour La Marguerite ! De plus quelque chose nous fait dire que l’inspection du Conseil Général qui « n’a rien remarqué d’anormal » serait bien inspirée de regarder mieux et de s’interroger par exemple sur le montant des prestations payées, les quantités de nourriture facturées...etc. Bref des broutilles !!!

De même la sécurité sociale par ailleurs si tatillonne sur d’autres sujets pourrait s’intéresser de près aux médications et visites facturées à des résidents dont les familles de nombre d’entre eux contestent non seulement les quantités de médicaments prescrites mais jusqu’au nombre de visites déclarées...Interrogé sur ce point un des cadres en charge du service au Conseil Général a d’ailleurs répondu : « Oh mais la sécu ils n’attaquent jamais ces établissements là. »...

- Pour le prestataire de service « indépendant » SOMENET tout laisse à penser qu’il en est de même et que la prestation est payée par la seule Marguerite financée par les fonds publics. Il n’est par exemple spécifié à aucun moment dans le contrat de travail des employé-e-s SOMENET qu’elles doivent intervenir sur deux chantiers différents pour deux entreprises différentes. C’est justement pour avoir soulevé ce point que Huguette a été licenciée.

- Pour créer Les 2IG/Romarins M. GERMAIN patron des 3 sociétés n’a pas eu à demander d’autorisation d’extension d’une maison de retraite sous tutelle du CG et de la DAS, ce qu’il aurait normalement du faire.

Mais il y a encore mieux dans ce dossier qui n’en finit décidément pas de nous étonner...

Quand Huguette a été convoquée à l’entretien obligatoire d’avant licenciement elle s’attendait à ce que celui-ci se déroule au siège toujours officiel à ce jour, le 49 rue des Fauvettes par ailleurs villa personnelle de M. GERMAIN et siège de plusieurs autres sociétés. Au lieu de cela elle fut convoquée à une autre adresse dans un « bureau » situé dans une zone industrielle et baptisé à la hâte siège (sic !) de la SOMENET . La boite aux lettres comportait neuf noms différents de sociétés et avait été ajouté en dernier lieu le nom de SOMENET . On accède au bureau par un escalier de service situé à l’arrière d’un bâtiment et donnant sur un hall ouvrant sur 3 portes. Là nulle trace de SOMENET...Le « bureau » où elle fut reçue était une pièce vide, à part une table et 4 chaises, et sur la porte était indiqué société GESAL [2]...

Comment ne pas s’interroger sur l’activité débordante que semble avoir ce M. GERMAIN et sa soudaine passion pour la gestion des maisons de retraite, alors que rien ne le destinait par vocation à œuvrer dans ce domaine sensible et de surcroît, en principe protégé par la puissance publique ? En effet - naguère associé du Docteur Chatel condamné dans un procès retentissant ...sur la gestion d’une maison de retraite ! - notre charmant dirigeant de la SA Marguerite, après avoir défrayé la chronique judiciaire, continue de gérer plusieurs autres maisons de retraites, une clinique psychiatrique, un centre pour enfants handicapés...mais aussi des sociétés prestataires de services comme la SOMENET, prestations réalisées dans ses propres maisons de retraites ( restauration , entretien des locaux, ambulance etc.) soit un total de plus de dix sociétés.

Pour ne pas perdre une miette de ce formidable filon d’or gris, son frère, Monsieur Pascal Germain, que l’on retrouve également associé dans les structures de maisons de retraite, dirige deux sociétés de ventes et de locations de matériel médical à destination des maisons de retraite (Société LOCAPED et Var Médical service) !!!

Comment ne pas être encore plus interrogatif quand on regarde la carrière de Monsieur Didier Germain ...et les condamnations dont il a fait l’objet ? Directeur Adjoint du Crédit Mutuel des professions de santé dont il a été licencié, pour malversations financières, notre aimable PDG, par jugement correctionnel du TGI de Marseille du 20 novembre 2000 a été condamné à 10 mois de prison avec sursis pour abus de confiance et à quelques centaines de milliers d’euros d’amende et de redressement...Une paille... Un peu plus tard, le 8 octobre 2003 la 6e chambre du tribunal correctionnel de Marseille l’a également condamné pour des faits de travail clandestin.

Pour avoir l’agrément de gestion d’une maison financée par les fonds publics il faut, nous a-t-on juré au CG, fournir un exemplaire du casier judiciaire vierge. Alors la question se pose : M. GERMAIN aurait menti ? Le papier en question aurait par distraction échappé à la vigilance de l’autorité de tutelle DAS ou Conseil Général ?

Pour la petite histoire, quand on s’intéresse aux multiples sociétés (voir sur Internet les sites spécialisés) de M. GERMAIN et consorts et à leurs dirigeants, on trouve aussi parmi la liste restreinte des associés, un certain Monsieur Robineau.

Ce Monsieur ROBINEAU, avait également des fonctions bancaires et devinez où ? Au crédit mutuel des professions de santé, (qui est décidément une bonne école), où il exerçait les fonctions de directeur ! Ce monsieur a été également poursuivi, pour une affaire de faux prêts !!!

Au delà du licenciement d’Huguette l’affaire de La Marguerite soulève bien d’autres questions pour lesquelles tant la CGT que l’association des familles de résidents veulent obtenir des réponses.

Ceux qui vantent les mérites de la privatisation seraient bien avisés de les méditer...
Elle illustre jusqu’à la caricature toutes les dérives possibles quand des intérêts particuliers prennent le pas sur l’intérêt collectif.


[1Pire La Marseillaise du 1er mars faisait paraître une interview de M. Bertrand directeur du service des personnes âgées au Conseil Général qui semble n’avoir rien remarqué d’anormal.

[2Renseignements pris la société GESAL est une société de « services annexes à la production » - tout un programme ! - et située officiellement elle aussi au 49 rue des Fauvettes...Ce 49 ce n’est plus une villa mais l’empire state building !



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