Frédéric Péchenard : un poulet au miel

lundi 4 octobre 2010
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Grand flic devenu petit serviteur de la Sarkozye, le directeur général de la police nationale n’est pas contrariant.

En quelques jours, Frédéric Péchenard aura beaucoup été dans la lumière.

D’ordinaire le directeur général de la police nationale (DGPN) réserve ses confidences à un petit cercle d’initiés, des journalistes qu’il a connus lorsqu’il était aux stups, à la crim’ ou patron de la police judiciaire.

Mais là, entre les turbulences de son fiston et le prurit sécuritaire de son patron, le « dégé », comme on dit au 11 rue des Saussaies, s’est tapé une interview matinale à Europe 1, une double page dans « Libé », des passages à répétition dans les jités, a reçu une palanquée de journalistes, a téléphoné à d’autres, etc.

Message unique :
« La menace terroriste existe bel et bien, elle est réelle ... Nous connaissons un pic de dangerosité et des inquiétudes ciblées ».

Mais, a-t-il ajouté, chaque fois la police de Sarko veille.

Et chacun doit demeurer « serein », ce qui est un rien paradoxal compte tenu du risque annoncé.

Après l’avoir entendu, lu, vu, l’auditeur, le lecteur, le téléspectateur, hésite.

Vivre reclus, éviter les transports en commun, fuir les restos, renoncer à grimper au sommet de la tour Eiffel ou louer les services secrets, se féliciter de la clairvoyance de l’antiterrorisme et embrasser le gardien de la paix posté à la circulation au coin de la rue ?.

Pilotée depuis le Château, l’opération Péchenard est ainsi parfaitement réussie.

Faire peur mais pas trop.

Et, accessoirement, détourner l’attention de l’électeur des balivernes du moment : l’affaire Woerth-Bettencourt, les écoutes de journalistes, le débat sur les retraites, le cirque à l’UMP, etc.

Des malotrus à gauche ont cru bon de dénoncer « une part de mise en scène » dans la quête médiatisée du kamikaze.

Des syndicalistes policiers font remarquer, eux, que leur patron « en a trop dit ou pas assez ».

Il est vrai que Péchenard a évoqué une « menace » sans jamais en préciser la nature.

Pour des raisons d’Etat, évidemment.

Même certains grands flics doutent.

L’un deux, pourtant bien en cour à l’Elysée, met en garde contre cette stratégie de « Pierre et le loup ».

Comprendre : ça sert à rien de hurler si la bête est loin de la bergerie.

Mais ouuuuh va-t-il chercher tout cela ?.

Pas chez Péchenard, en tout cas.

Toujours propre sur lui, le cheveu ras, l’oeil perçant, le tweed qui tombe bien, le noeud de cravate parfaitement ajusté, « Fred » - pour les intimes - sait se tenir.

Pas le genre à dire tout et n’importe quoi.

Sans doute un reste de son éducation entre Neuilly et le XVIIe arrondissement.

Chez papa et maman, avocats, on prenait le thé.

Les voisins étaient connus.

Notamment « Dadu », la maman du petit Sarko, avocate elle aussi.

Longtemps, le premier flic de France a laissé dire que les deux familles étaient proches.

Et qu’avec « Nicolas » ils étaient grands amis.

Même âge ou à peu près (53 et 55 ans) et même train électrique.

Ces derniers temps, le premier flic de France prend quelques distances avec le président de tous les Français.

« Bien que n’étant pas compagnon de jeux de Nicolas, je l’ai croisé de manière très régulière comme ses frères Guillaume et François, sans que notre camaraderie aille au-delà », confie -t-il à un de ses biographes, flic comme lui, , Charles Diaz (« La fabuleuse histoire des grands flics de légende », Ed. Jacob-Duvernet).

Pas intime peut-être, mais suffisamment proche pour être invité un soir de mai 2007 au Fouquet’s.

Quelques jours plus tard, le grand flic aux états de service quasi irréprochables - hormis le suicide de Richard Durn, le flingueur du conseil municipal de Nanterre - devenait numéro un de la police nationale.

Il faut reconnaître que ça ne l’enchante pas vraiment.

Au « 11 » rue des Saussaies et à son bureau vaste et propret, mitoyen du cabinet du ministre de l’Intérieur, il assure avoir préféré l’effervescence enfumée du « 36 ».

Le 17 avril 2000 reste ainsi « le plus beau jour de sa vie professionnelle », lorsqu’il devient patron de la PJ.

Tout un symbole pour un fan de Maigret, auteur lui-même d’un désespérant polar qui a connu moins de succès que ceux de Simenon.

Plutôt qu’écrivain, le « patron » est donc devenu « dégé ».

Il y a gagné un nouvel uniforme, créé spécialement pour la fonction, qu’il est le premier à porter lors des grandes occases.

A part ça, il avoue s’« emmerder ».

« Aujourd’hui, ma fonction m’isole un peu », reconnait-il les jours de blues.

Désormais plus préfet que poulet, Péchenard passe son temps à tripoter les chiffres de la délinquance, veiller à l’organisation des services, préparer le déménagement du « 36 », rencontrer ses homologues étrangers, accompagner parfois le ministre de l’Intérieur dans ses déplacements, recevoir les syndicats, etc.

Sans compter ces coups de téléphone quasi quotidiens de Sarko ou de Guéant.

Comme, au lendemain des régionales, lorsque l’Elysée a exigé que « dans l’heure » Rachida Dati soit privée de la limousine, de son chauffeur et de ses quatre flics.

Péchenard est devenu un poulet aux ordres.

Apparemment sans états d’âme : un reste peut-être de quelques années de jeunesse passées le béret rouge vissé au sommet du crâne et le parachute accroché dans le dos.

Obéir et plaire au Château valent évidemment à Péchenard quelques inimitiés.

Pas avec l’actuel ministre de l’Intérieur.

Pour Hortefeux, les choses sont simples : « Pèche » est un copain de Sarko.

Or « Brice » est lui-même, un copain de Sarko.

Donc « Brice » est copain de « Pèche ».

CQFD.

Avec Alliot-Marie, les rapports étaient plus .... nuancés .

Péchenard répétait : « Elle est nulle ».

MAM affirmait : « Il a un bon style ».

Elle parlait sans doute de son noeud de cravate ?.

Dans ses rêves les plus fous, Péchenard rêve de le desserrer.

Et de redevenir flic, à la crim’ ou aux stups.

Pas sûr que Sarko lui fasse ce plaisir.

« J’ai besoin de toi Fred », lui rappelle-t-il.

Régulièrement, Péchenard est annoncé comme préfet de police de Paris, ambassadeur voire ministre.

Aux ordres, dans tous les cas.

Par Louis Colvert dans Le Canard enchaîné du 29/09/2010

Transmis par Linsay



Commentaires

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mardi 16 novembre 2010 à 14h54 - par  jacques goguy

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