« Les syndicats écartés de la gestion durable des forêts »

dimanche 24 juillet 2011
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A Douala vient de se tenir un séminaire de l’UITBB (union internationale des syndicats de travailleurs du bâtiment, du bois et des matériaux de construction, affiliée à la FSM).

Interview d’André Makong, président de la FENSYTEIFCAM - Fédération Nationale des Syndicats des travailleurs des exploitants forestiers, industries du bois, sylviculture et activités connexes du Cameroun

Quelles sont tes impressions sur le séminaire qui s’est tenu à Douala à l’initiative de l’UITBB et qui a réuni la quasi totalité des affiliés de notre UIS en Afrique ?

Je ressens une satisfaction totale. Je ne m’attendais pas de trouver autant de collègues d’autres fédérations affiliées à l’UITBB, des responsables de haut niveau. Suite aux différentes interventions au cours de ce séminaire, j’ai trouvé le staff de l’UITBB, très compétent que ce soit le secrétaire général ou le secrétaire administratif.

Quels sont les problèmes principaux qui étaient au cœur des débats et quels sont les questions qui à ton avis mériteraient d’être approfondies lors de futures initiatives similaires de l’UITBB sur le continent africain ?

Il faut qu’on prenne appui sur le leadership syndical, approfondir cette notion, l’implication réelle de ces leaders pour une action syndicale forte et revendicative. Moins de discours, plus d’actions sur le terrain.
S’agissant des questions qui concernent directement les travailleurs que représentent ma fédération, je me suis rendu compte qu’à l’UITBB beaucoup d’affiliés sont de la zone CEMAC-Communauté économique et monétaire d’Afrique centrale et que les problèmes des travailleurs de la foresterie sont presque identiques dans tous ces pays (République Démocratique du Congo, Gabon, Cameroun, République Centre Africaine). Ils sont tous liés à la précarité de l’emploi, à la non-négociation de conventions collectives dans les différents pays et les mêmes branches d’activités, au non respect de l’hygiène et de la sécurité au travail, à la discrimination à l’égard des femmes, au travail des enfants, aux nombreux licenciements dans nos secteurs.

Les pays que tu as mentionnés sont connus pour leurs richesses forestières, que peux-tu nous dire de l’exploitation et de la gestion de ces richesses naturelles ?

Il faut dire en toute sincérité que les richesses provenant de l’exploitation des forêts servent en ce qui concerne le Cameroun à notre nation. Maintenant comment sont-elles distribuées, c’est là où il y a problème. Le premier problème c’est que l’État du Cameroun à travers son gouvernement ne tient pas compte des préoccupations des travailleurs dans le secteur formel et informel et surtout des peuples indigènes comme les Pygmées Baka qui vivent dans ces forêts. Les taxes provenant de l’exploitation de ces forêts qui sont reversées à certaines communes ne sont pas contrôlées par le gouvernement et à ce propos nous notons qu’il y une certaine connivence entre certains fonctionnaires vénaux et ces maires. Il y a également au niveau de l’exploitation des arbres de nos forêts la corruption entre les agents du ministère des forêts et de la faune et les exploitants forestiers.

Quelque 13 millions d’hectares de forêt disparaissent chaque année sur Terre. Ce qui équivaut à la superficie de la Grèce (131 937 km2). La forêt est le milieu terrestre qui héberge et nourrit le plus d’êtres vivants.

La banque mondiale est très soucieuse de la dévastation des forêts et avec l’UE elle est en train de faire des efforts à travers le financement de certains projets. Mais les résultats attendus ne dépassent pas les 50%. Nous pensons qu’il faudrait plus d’efforts encore. Nous regrettons le fait que les syndicats qui représentent les travailleurs ne soient invités à aucun forum qui porte sur la gestion durable des forêts, sur la situation urgente liée au changement climatique. Nous pouvons dire que ce sont les employeurs qui en tant qu’opérateurs économiques prennent part à ces réunions, et qui par leurs pratiques rendent les travailleurs complices de cette déforestation.

Alors vous comprenez le souci de nos syndicats qui en certains moments se sentent écartés de la gestion de la chose publique. Actuellement, notre espoir ne repose que sur l’activité de certaines ONG qui exigent la certification des UFA (unités forestières aménagées) et qui pourrait déboucher sur des critères relatifs aux conditions de travail des travailleurs qui pourraient ainsi s’améliorer dans le sens de la sécurité et de la santé au travail et contribuer à une meilleure prise en compte des populations indigènes.

Voilà en quelques mots ce que je pouvais répondre tout en espérant que nous pourrons revenir prochainement sur le problème du changement climatique.

Interview parue sur le site de l’UITBB
Douala, le 15 juillet 2011

L’UITBB est composée d’organisations syndicales des travailleurs du bâtiment, du bois, des matériaux de construction et annexes. Elle groupe en son sein les organisations des travailleurs de ces secteurs, sans aucune discrimination d’origine, de sexe, de religion, de conception politique ou philosophie, de nationalité ou de système économique et social, sous lequel vivent les travailleurs.

Toute organisation syndicale des travailleurs des secteurs sus-mentionnés peut adhérer à l’UITBB, indépendamment de l’affiliation internationale de sa centrale nationale.

L’UITBB est affiliée à la Fédération Syndicale Mondiale (F.S.M.). Elle lutte contre l’exploitation capitaliste et toute autre forme d’exploitation et d’injustice, pour le progrès social, pour la dignité humaine, pour les droits syndicaux et la démocratie, pour le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et pour la paix.

Considérant que les intérêts fondamentaux des travailleurs du bâtiment, du bois, des matériaux de construction et annexes de tous les pays sont communs, l’Union internationale agit avec persévérance pour que se réalise, à tous les niveaux, et se renforce l’unité d’action la plus large, pour l’aboutissement des revendications professionnelles et syndicales des travailleurs qu’elle représente.

L’UITBB a été fondée à l’issue du Congrès syndical mondial de Milan (Italie) qui s’est tenu du 14 au 16 juillet 1949.


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