Graves menaces sur la liberté d’information.

vendredi 14 juillet 2006
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Pendant que les quotidiens indépendants meurent dans l’indifférence générale, on normalise à France Télévisions, à Canal+, à « Paris Match », à France Inter et à France culture.

Que font les pouvoirs publics ?

Rien, malgré les effets de manche...Et que voudriez-vous qu’ils fissent ? La situation est excellente, en effet.

- Demain peut-être la presse insolente, contestatrice, dissidente, non conforme aura disparu.

- Demain, peut-être, l’Humanité liquidée, Libération hors jeu, accessoirement France Soir achevé, le Monde passé sous la coupe d’Hachette, toute l’information quotidienne dans notre pays, sera passée sous le contrôle d’Arnaud Lagardère et Serge Dassault, avec des strapontins pour Vincent Bolloré et Bernard Arnault (relevons que ce sont tous des amis de Nikolas Sarkozy, pour lequel le Point et, plus modérément, l’Express ont également les yeux de Chimène).

Demain, de grands groupes quasi monopolistes, dont Hachette, se partageront la France, l’un l’Est, l’autre l’Ouest, le troisième le Midi, comme lorsque la France et la Grande-Bretagne coloniales se partageaient l’Afrique, l’Asie et l’Océanie.

Les pouvoirs publics n’ont vraiment aucune raison de se mettre martel en tête.

La preuve pour Paris Match : quand ce journal consacra 22 pages ridicules aux noces versaillaises de la fille de Bernard Arnault, son directeur, Alain Genestar, ne fut nullement réprimandé.

Mais ose-t-il publier un reportage sur Cécilia qui mécontente Sarkozy... Genestar est viré ! Comme un domestique.

Aucun des médias contrôlés par Hachette n’ignore que l’égo de Sarkozy pose problème. Ils en parlent en privé, cruellement. Mais, qu’on se rassure, la question ne sera jamais évoquée dans leur publication ou sur les antennes.
Encore moins sur TF1, bien sûr.

On verrouille.

Le remplaçant de Genestar - on parle de Christian de Villeneuve, venu du Parisien - devra montrer patte blanche, c’est à dire être accepté Place Beauvau.
On a suggéré des candidats même si, pour l’instant, on n’ose les imposer trop brutalement par peur d’une réaction trop violente de la rédaction.

UNE TENDANCE NEOLIBERALE

Partout, ou presque, on normalise.

L’émission altermondialiste « Là-bas si j’y suis » de Daniel Mermet, sur France Inter,est radicalement rebelle. Trop peut-être. Mais elle marche. Ele a ses fans, comme le démontre la pétition lancée pour sa défense, qui a recueilli plus de 200 000 signatures.

On voudrait la supprimer et on n’ose pas. Alors, que fait-on ? On la déplace de tranche horaire pour qu’elle perde la moitié de ses auditeurs.

On pourra dire ensuite qu’ele est en perte de vitesse. Par la même occasion, Alain Reyn trop peu lisse, gicle. Et Stéphane Paoli, remplacé pour raisons de santé par un transfuge, d’aileurs excellent, de France Culture, Nicolas Demorand, est gentiment exilé.

Sur France Culture, l’émission qu’Elisabeth Lévy consacrait aux médias constituait un havre de libre parole et de non-bien-pensance. Et elle s’était imposée. Elle sera donc supprimée. Evidemment.
La plupart des débats que diffuse la chaine culturelle de service public sont, désormais mono-idéologiques, ce qui ne trouble personne.

La faute à la rédaction ? Ou aux producteurs ? Non, tous enragent. Mais décision de la haute direction de Radio France, laquelle dissimule à peine ses a priori politiques !

Tous les chroniqueurs économiques de France Info, parfois très bons, par exemple Henry Lauret, ne représentent-t-ils pas la même tendance néolibérale ?

Jean-Paul Cluzel, PDG a Radio France, a rencontré la société des journalistes, comme le raconte le journal contestataire Plan B. Il s’est dit marqué par « les critiques inustes de certains auditeurs envers notre couverture référendaire » et désireux qu’une « réflexion s’engage sur notre traitement de l’actualité ».

Moyennant quoi tous les éditorialistes partisans du oui ont été reconduits à France Inter et France Culture.

Sur France 2, où l’on assiste poutant à de grands chambardements, Arlette Chabot reste en place malgré l’immense malaise de la rédaction.

« Parce que explique-t-on, elle est fortement soutenue par les réseaux chiraquiens ! » Vrai ? Faux ? Il est, de toute façon significatif que ce soit devenu un critère en soi, et cela même si le service public perd des points par rapport au secteur privé.

Et si c’était voulu ? Et si les pouvoirs publics souhaitaient, en réalité, la totale domination de TF1 et de M6 ?.

Il y avait, peut-être de bonnes raisons au limogeage de Karl Zéro (Canal+) ou au départ de Thierry Ardisson (France2).
N’empêche : il se trouve que l’insolence ou la mal-pensance trouvaient encore droit de cité dans ces deux espaces. Terminé !

Même Marc Olivier Fogiel était apparemment trop libre de ton. Récemment, on a pu assister, sur France 3, à une émission littéraro- culturelle dont l’invité vedette était... Nikolas Sarkozy, qui n’a pas écrit un nouveau livre, et dont tous les participants cirèrent les pompes. Un plateau exemplaire sans doute !

PRESSIONS FINANCIERES.

C’est dans ce contexte de reprise en main qu’il faut replacer la crise de la presse quotidienne. Avec le danger, grave, d’une uniformisation normalisatrice. Tous les quotidiens nationaux aujourd’hui, devraient fermer s’il s’agissait d’entreprises comme les autres. Mais même si, heureusement, ils ne ferment pas, leur fragilité les rend évidemment beaucoup plus dépendants des pressions économiques, politiques et financières.

Un exemple : toujours déficitaire et endetté, le Monde, désormais lié à Hachette-Lagardère, va devoir se lancer dans la confection de « journaux d’entreprises », tandis que les magazines passés sous son contrôle - la Vie, Télérama, Courrier International- se plaignent amérement d’être pressurisés".

Bien sûr les hiérarques de la presse, ceux en particulier qui contrôlent les syndicats professionnels, sont corresponsables de cette tragique situation ; et aussi le « chacun pour soi », chaque titre se réjouissant des malheurs de l’autre.

Le Figaro, en mauvaise posture à cause des erreurs stratégiques de sa haute direction, et qui a complètement dénaturé les pages débats qui contribuèrent, un temps, à la restauration de son image, n’informe jamais ses lecteurs sur sa propre situation, mais rapporte de façon très complète les malheurs de Libération.

Or seule une large solidarité, s’appuyant sur une vaste prise de conscience citoyenne collective, pourra sauver la liberté de l’information dans notre pays.

Les pouvoirs publics, évidemment, ne le désirent pas.

Raison de plus pour sauver la presse indépendante.

L’organisation d’états généraux, comme l’avait suggéré le Nouvel Observateur, s’impose. Nous sommes prêts à y contribuer.

PS : les grands médias audiovisuels oseront-ils se faire l’écho de notre enquête ? Ce sera également un signe.

Art de François Darras trouvé dans « Marianne », par Linsay.

voir aussi : Sarkozy, conseiller en recrutement d’Elkabbach : de quoi enflammer les rédactions ?

(par Acrimed)



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samedi 15 juillet 2006 à 22h54 - par  Nico37

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