Soldat tueur : l’origine du mal

lundi 16 avril 2012
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Le mois dernier un soldat américain massacrait des civils afghans. Coup de folie individuelle ou syndrome des horreurs de la guerre et illustration dramatique de ce qu’elle produit chez les assaillants ? Depuis le Vietnam ces phénomènes sont connus, mais cela n’arrête pas les fauteurs de guerre...

Le sergent américain responsable du massacre de seize civils en Afghanistan est issu de la base militaire Lewis-McChord, dans l’Etat de Washington. La nouvelle du drame y a été accueilli avec fatalisme, alors que les soldats peinent à y obtenir des soins psychiatriques.

La base militaire Lewis-McChord, dans l’Etat de Washington, est connue pour être l’une des plus problématiques de l’armée. L’affaire du sergent qui a abattu au moins seize civils dans le sud de l’Afghanistan le 11 mars vient s’ajouter à une longue liste de suicides, de meurtres, d’agressions et autres délits commis par des soldats issus de cette base.

Avec plus de 60 000 employés militaires et civils, Lewis-McChord est la plus grande base militaire de la côte Ouest et l’un des principaux fournisseurs de troupes d’infanterie pour l’Irak et l’Afghanistan. Elle a notamment défrayé la chronique lorsque plusieurs soldats de la base ont été condamnés pour avoir tué des Afghans pour le plaisir [entre janvier et mai 2010] ; lorsqu’un père a été accusé d’avoir torturé son enfant en lui faisant subir le supplice de la baignoire [waterboarding] ; ou encore pour ce soldat qui a arrosé les jambes de sa femme d’essence avant d’y mettre le feu. Douze soldats issus de la base se sont suicidés l’année dernière et un vétéran d’Irak âgé de 24 ans a abattu un ranger du parc national du Mont Rainier au début de l’année.

Améliorer la prise en charge

Une enquête a révélé en février que des centaines de diagnostics de stress post-traumatique [Post Traumatic Syndrom Disorder, PTSD] avaient été infirmés par le service de psychiatrie du Madigan Army Medical Center, l’hôpital de la base, dans certains cas pour faire des économies. Le chef de l’établissement a été suspendu.

Patty Murray, sénatrice démocrate de l’Etat de Washington, a demandé au directeur du service de santé des armées de lancer une enquête sur la façon dont les cas de stress post-traumatique sont traités à Lewis-McChord. Certains soldats déclarent avoir eu beaucoup de mal à obtenir de l’aide car la base s’emploie essentiellement à préparer les troupes pour les envoyer au combat.

Le sergent qui a abattu les civils afghans était attaché à la 3e Stryker Brigade, qui fait partie de la 2e division d’infanterie, laquelle est basée à Lewis-McChord, selon une source du Congrès. Agé de 38 ans, père de deux enfants, il était dans l’armée depuis onze ans. Il avait déjà effectué trois missions en Irak, où il avait été blessé à la tête. C’était la première fois qu’il était envoyé en Afghanistan.

A la base Lewis-McChord, l’annonce du massacre a été accueillie non sans une pointe de fatalisme. « C’est surprenant mais ce n’est plus un choc », confie Jorge Gonzalez, le directeur de GI Voice, une association de vétérans issus en majorité de la base Lewis-McChord qui demande l’amélioration des soins psychiatriques pour les soldats. « Je passe mon temps à m’attendre au pire. »

Une situation pas pire qu’ailleurs

Selon les experts de l’armée, le stress post-traumatique n’est pas le seul facteur responsable du taux élevé de suicides et des problèmes de consommation de drogue et de violence qui touchent tous les soldats en général. Et pour les responsables de la base, la situation de Lewis-McChord n’est pas pire que celle des autres bases militaires américaines aux effectifs importants.

Il y a toutefois longtemps que les soldats et les familles se plaignent de la difficulté d’obtenir des soins psychiatriques corrects à Lewis-McChord. Ils soulignent que bien souvent les soldats sont découragés de se faire soigner par leur hiérarchie ou de peur d’être stigmatisés par leurs camarades.

En outre, les médecins de l’hôpital militaire Madigan sont débordés par l’afflux de soldats qui reviennent d’Irak et d’Afghanistan en ayant besoin d’aide. Les consultations pour troubles du comportement sont passées de 93 000 en 2009 à 101 000 en 2010 et ont encore augmenté en 2011.

« Je leur ai dit que je ne pouvais pas dormir et ils m’ont donné des conseils basiques du genre : ’Ne buvez pas trop de caféine avant d’aller vous coucher.’ Puis quand je leur ai dit que je pensais que j’étais en train de perdre la tête, tout ce qu’ils ont eu à me proposer, c’est des présentations PowerPoint et des brochures », confie Greg Miller, un ancien de la base qui a servi en Irak et a récemment été libéré de ses obligations militaires.

Les familles déclarent harceler le personnel de l’hôpital pour obtenir de l’aide, tout cela pour se retouver à attendre des heures avant le moindre rendez-vous ou se faire accuser de simuler pour toucher une pension d’invalidité.

Voilà pourquoi le sergent arrêté en Afghanistan recueille une certaine sympathie à Lewis-McChord.

« Bien sûr, ce qui s’est passé est atroce. En même temps, c’est déprimant de voir l’opinion publique, l’armée et le président s’en prendre comme ça à ce soldat qui a servi notre pays pendant trois missions », déclare une femme de militaire qui s’est battue pour obtenir des soins psychiatriques pour son mari. « Quand est-ce que l’Amérique va se rendre compte que nous sommes en guerre et qu’il y a une limite à ce que nos hommes en uniforme peuvent encaisser ? »

Par Kim Murphy source Los Angeles Times le 13/03/2012

Transmis par Linsay



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