Le programme d’urgence du PCOT

mercredi 4 avril 2012
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Le lundi 19 mars le PCOT présentait à la presse son programme d’urgence

Cinq mois après la tenue des élections de l’assemblée constituante et trois mois depuis la désignation des nouvelles autorités de transition, la situation dans le pays semble à l’arrêt.

Ceci traduit l’incapacité de ces autorités, assemblée, gouvernement et présidence à mettre en place une stratégie claire pour accomplir les objectifs de la révolution, rompre avec le régime tyrannique et corrompu et mettre la Tunisie sur la voie du redressement.

La nouvelle période transitoire n’a pas été limitée dans le temps, ce qui interroge sur les intentions réelles de la majorité gouvernementale, d’autant que les débats au sein de l’assemblée constituante ne progressent pas autant que l’exigerait la situation. Nul ne sait si le résultat serait effectivement l’instauration des bases d’un régime démocratique, ou le dévoiement de la révolution et la reproduction d’une nouvelle tyrannie sous de nouvelles formes.

Les réformes fondamentales de la sécurité, la justice, l’administration et les médias portées par la révolution, voulaient assainir les institutions des symboles de la dictature. Elles sont complètement occultées par la majorité actuelle depuis qu’elle est aux responsabilités après les avoir adoptées à l’occasion de sa campagne électorale.

Les procès entamés depuis des mois pour juger les responsables des assassinats, de la torture, d’abus de biens publics ne progressent guère, et le gouvernement a renoncé à la demande d’extradition de Ben Ali et de Sakhr El Matri pour satisfaire le Qatar et l’Arabie Saoudite.

Les libertés fondamentales sont en régression en raison de l’émergence de milices religieuses takfiris [1], qui agissent avec la complicité à peine voilée, voire flagrante de certains cercles du pouvoir, dans le but de terroriser les citoyens et de les dissuader de revendiquer leurs droits, ou encore pour imposer une certaine tutelle sur leur liberté de penser.

La situation économique et sociale ne s’est pas améliorée, elle a au contraire empiré. Les prix flambent, le chômage et la pauvreté prolifèrent, les services sociaux et éducatifs se dégradent, les disparités régionales se creusent et la corruption perdure. Les pauvres et les précaires qui se sont soulevés contre la dictature n’ont rien obtenu. Les autorités de transition s’obstinent à poursuivre la même voie des politiques capitalistes ultralibérales appliquées sous Ben Ali, ayant mené le pays vers l’impasse. C’est contre ces politiques que le peuple tunisien a fait la révolution.

Sur le plan international, les autorités de transition n’ont pas rompu avec la politique de soumission aux puissances impérialistes de l’ancien régime, elles n’ont aucunement remis en cause les accords qui consacrent le pillage et l’atteinte à la souveraineté, elles ont poursuivi la même politique en manifestant une attirance pour l’axe Saoudien/ Qatari/ Turque ou ce qu’on nomme « l’Islam atlantique », les effets de cette politique ont été flagrants dans la position officielle vis à vis de la situation Syrienne.

La poursuite du processus engagé par les autorités de transition entrainera le pays dans une crise grave aux conséquences incertaines, ceci ouvrira la voie à la liquidation définitive de la révolution et au retour d’un régime despotique sous de nouvelles apparences. Les ennemis qui guettent la révolution, à l’intérieur comme à l’extérieur du pays, sont nombreux. Ceci exige des forces révolutionnaires d’assumer leurs responsabilités et impose au peuple tunisien d’être vigilant pour contrer les tentatives visant sa division et sa mésentente (excommunier certains, atteintes aux valeurs sacrées, inciter aux agressions physiques voire même aux assassinats).

Pour faire face à la crise actuelle, atténuer ses répercussions sur les classes populaires, préserver l’indépendance de notre pays et le sortir de l’impasse actuelle dans les plus brefs délais, le Parti communiste des ouvriers de Tunisie propose un programme d’urgence qui se compose des mesures suivantes :

1- Définir clairement la durée de la période de transition. Un délai qui ne doit en aucun cas dépasser un an et demi, à l’issue duquel des élections en vertu de la nouvelle constitution doivent être organisées.

2- La protection des libertés individuelles et publiques de toute violation, dans l’attente de la promulgation d’une nouvelle constitution les garantissant.

3- Le respect de la liberté d’information, l’assainissement des médias publics des figures de l’ancien régime et l’arrêt de leur instrumentalisation par les autorités en mettant fin au système de nomination. Permettre aux acteurs du secteur de l’information d’élire leurs instances dirigeantes et de contribuer à la mise en place d’une nouvelle politique médiatique par le biais de leur syndicat.

4- La dissolution effective de la police politique, l’ouverture de ses archives et l’arrêt de la surveillance des opposants politiques. L’assainissement des appareils sécuritaires des symboles de la répression et de la corruption et la réorganisation des services en vertu de nouvelles règles institutionnelles et démocratiques.

5- La mise en place d’une justice transitionnelle et le jugement des assassins des martyrs et des responsables de torture et de crimes économiques qu’ils soient donneurs d’ordre ou exécutants. La prise en charge totale des soins des blessés de la révolution pour préserver leur vie et leur dignité.

6- La réorganisation de l’administration en mettant en avant les compétences et l’efficacité dans les services aux citoyens, mais aussi en mettant fin à la corruption.

7- L’instauration d’un salaire minimum unifié de 400 dinars dans les secteurs de l’industrie et de l’agriculture.

8- La création d’une allocation pour les chômeurs d’un montant de 260 dinars, soit les deux tiers du salaire minimum, ainsi que la gratuité des transports et des soins.

9- L’augmentation des bourses pour étudiants à 100 dinars mensuels, la garantie à ceux qui en ont besoin de bénéficier d’un logement universitaire pendant une durée minimum de trois ans.

10- Le gel des prix des produits de consommation de base (les céréales et les produits céréaliers, les légumes, le lait, les médicaments...), ainsi que l’électricité, l’eau, le gaz et les communications pour une durée de deux années consécutives.

11- L’interdiction des licenciements abusifs et le bannissement de toutes les formes de travail précaire.

12- L’intervention directe de l’état pour investir dans des projets créateurs de nouveaux emplois stables, particulièrement dans les régions marginalisées qui concentrent un fort taux de chômage. Soutenir le capital national non soumis au diktat de l’impérialisme.

13- Apporter l’aide nécessaire aux petits agriculteurs par l’annulation de leurs dettes et l’institution de prêts à des taux symboliques, mais également en mettant à leur disposition les semences et les engrais à des prix raisonnables et en luttant contre les monopoles et les grandes chaînes de distribution qui pillent leur production.

14- La récupération des terres publiques et la réembauche des anciens salariés.

15- Le déblocage des aides nécessaires aux victimes des catastrophes naturelles récentes dans le nord ouest (inondations, neige...) et dans le sud du pays (sècheresse).

16- La garantie de la souveraineté nationale et l’arrêt de toute ingérence étrangère dans les affaires du pays. La révision des accords et conventions signés par Ben Ali sans concertation avec le peuple et consacrant l’assujettissement et le pillage de la Tunisie.

Le financement de ce programme passe par :

1- La récupération de l’argent et des biens publics pillés que ce soit à l’intérieur du pays ou à l’étranger, notamment par la reprise des sociétés privatisées dans des conditions douteuses.

2- L’instauration d’un impôt exceptionnel sur les grandes fortunes, le recouvrement auprès des établissements et des sociétés des impôts non perçus. La baisse des dépenses de l’état et la maîtrise de l’importation des produits de luxe. La révision fondamentale et équitable de la fiscalité.

3- Le gel de la dette extérieure pour une durée de trois ans, l’affectation de ces ressources pour l’investissement public.


[1Le takfir c’est le fait d’excommunier.


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