La terre tremble : débrouillez-vous !

jeudi 31 mai 2012
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Après le tremblement de terre au Nord et un attentat à la bombe dans le sud-Est du pays, l’Italie toute entière se tourne vers l’Etat pour chercher des réponses. Mais le gouvernement de Mario Monti est incapable d’y répondre.

Les dindons de la farce. Rarement lieu commun a été plus galvaudé mais le 20 mai, quand la terre a tremblé dans le Nord de l’Italie [en Emilie-Romagne], comment ne pas déplorer la décision prise par le gouvernement, à peine deux jours auparavant, d’abandonner par décret le régime d’indemnisation des citoyens frappés par des catastrophes naturelles, laissant la voie libre aux assurances privées. L’ultralibéral Monti, faisant preuve d’un ironique manque de clairvoyance, après avoir dépoussiéré « l’impôt sur les malheurs », c’est-à-dire la possibilité pour les régions d’augmenter les contributions indirectes sur l’essence, a douché les espoirs des victimes d’inondations, de tremblements de terre et autres désastres naturels : plus d’argent, c’est fini. Les caisses du Trésor Public sont vides, s’est-on empressé d’expliquer, que les Italiens se débrouillent seuls. Le message est sans équivoque : ne comptez plus sur l’État même en cas de coup dur.

L’État, encore lui. Cette entité qu’on invoque lorsqu’une bombe tue une jeune fille à Brindisi [le 19 mai dernier] - sans qu’on sache si le crime organisé est en cause, ou s’il s’agit du geste d’un forcené - ou lorsqu’on rend des hommages rhétoriques aux disparus, victimes de la mafia ou d’un coup du sort, comme ces ouvriers de l’équipe de nuit de l’usine de Sant’Agostino, tombés sous les décombres sur leur lieu de travail, comme tant d’autres, trop nombreux chaque jour. C’est un État qui se dérobe, incarné en ces sombres heures par Mario Monti, vêtu d’un chandail couleur poussière (en cachemire, cela va de soi), qui, depuis l’autre rive de l’Océan, parle mécaniquement de « rigueur et de solidarité avec les familles des victimes », sans que l’idée de faire demi-tour semble l’effleurer, au lieu de rester à se pavaner à un G8 [les 18 et 19 mai aux Etats-Unis]aussi inutile que les éditions précédentes [Il a toutefois fait le déplacement à Brindisi pour assister aux obsèques de Melissa, la jeune fille tuée, avant de se rendre sur les lieux du séisme].

C’est un État qui trouve la force de s’indigner, bien sûr, par la voix aux accents féroces de son plus haut représentant, mais uniquement parce qu’un certain Beppe Grillo menace la survie d’un système de partis corrompu. Qui n’a rien à voir avec la politique, soyons clair, mais il est si confortable de s’en convaincre. « L’État, l’État... », amère litanie que psalmodiait, titubante au pupitre d’un église bondée de gros bonnets des institutions, Rosaria Costa, la veuve de l’agent de l’escorte de Giovanni Falcone, Vito Schifani, devant le cercueil de son mari.

Vingt années ont passé [depuis l’assassinat du juge Falcone] et ce pays est resté enlisé, victime de forcenés, de mafieux ou d’anarchistes, otage d’une politique immonde et d’une crise qui, avant d’être économique, est une crise d’identité, de structure, et de principes communs. Et qui en ce moment - en ce moment précis - devra aussi regarder les victimes de cet énième tremblement de terre en face et leur expliquer que l’État va les sacrifier sur l’autel de l’Europe. Pas un centime n’arrivera à Ferrare et aux alentours [touchés par le séisme]. L’état de catastrophe naturelle ne sera plus déclaré à la légère. Pas un sou non plus pour les parents de Melissa et des autres filles de Brindisi [cinq des ses camarades ont été grièvement blessées par l’attentat], dont la beauté est à jamais défigurée. Les Italiens, pour faire face, seront encouragés à se débrouiller seuls. Ils l’ont toujours fait, dans ce pays usé et essouflé, ce pays d’une patience immémoriale. Mais sûrement pas infinie.

Par Sara Nicoli source Il Fatto Quotidiano le 22/05/2012

Transmis par Linsay



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