Laurence Parisot : patrône à perpète !.

vendredi 8 mars 2013
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Pour s’assurer un troisième mandat, la présidente du Medef veut changer les statuts du syndicat patronal. Elle milite donc pour la stabilité de l’emploi : le sien !.

Donc, elle veut rempiler, Laurence Parisot a décidé , vendredi, de mettre fin à l’insupportable suspense qui agitait le landernau parisien quant à une éventuelle candidature à sa propre succession.

Remarquez bien qu’elle n’y va pas pour elle, car son propre parcours l’indiffère.

A ce niveau de responsabilités, est-ce qu’on pense encore à soit ?.

Voilà des semaines qu’elle déclare :

« Il ne s’agit pas de moi, ce n’est pas une question de personne ».

Elue en 2005, elle explique que huit ans ne suffisent pas pour « développer des questions sociétales ».

Car, oui, elle veut désormais profiter de son pouvoir pour modifier la société en profondeur.

Des ambiteux au petit pied

Elle reconnaît bien volontiers avoir de l’ambition, mais c’est « pour [s]on pays et pour l’Europe ».

Il y a aussi le monde, mais Laurence sait bien que, dans la vie, il faut gravir une marche après l’autre.

Si elle souhaite que le conseil du Medef modifie les statuts du mouvement pour lui permettre de rester plus longtemps, c’est aussi parce qu’elle pense que les patrons n’ont pas le choix :

« Difficile de gérer des enjeux aussi lourds que les retraites et l’assurance-chômage en même temps qu’un changement d’équipe ».

Comme si, dans un moment pareil, il fallait s’offrir le luxe d’une élection disputée, d’affrontements médiatisés, de médiocres querelles de « personnes », comme si ça ne pouvait pas attendre.

Elle en appelle donc à l’union générale, certaine pourtant de n’être pas comprise, la nature humaine étant ce qu’elle est.

Sa candidature ayant toutes les chances d’être contestée par des ambitieux au petit pied, elle s’est adjoint les services de guerriers de la com’ d’Anne Méaux, qui tutoie tout le CAC 40, à Paul Boury, le lobbyiste proche de Hollande.

Le choix de Boury ne doit rien au hasard.

Car Laurence, comme toutes les personnalités un peu sentimentales, ne sait pas garder ses distances.

Même si Sarkozy ne l’a pas invitée à la fameuse « nuit du Fouquet’s », ne l’a pas prise au téléphone le soir de son triomphe, cachait mal le mépris qu’elle lui inspirait et a même fini par lui préférer ostensiblement Bernard Thibault, elle ne lui en a pas voulu, mais alors pas du tout.

Elle a adoré poser à ses côtés pendant cinq ans et ne l’a jamais lâché.

Quand l’ancien chef de l’Etat a poussé la candidature de son fils pour la direction de l’Epad, Laurence n’a pas rejoint la cohorte des grincheux et des ricaneurs.

« C’est formidable que quelqu’un de jeune et d’engagé soit candidat », a-t-elle lancé avec une certaine fraîcheur.

En déclarant juste avant l’élection que Nicolas Sarkozy avait fait « un boulot extraordinaire, en intensité, en qualité » elle s’est attiré la colère de François Hollande.

Pour rééquilibrer un peu son positionnement, elle a rédigé pendant la campagne une déclaration aussi enthousiaste qu’alambiquée d’où il ressortait qu’elle partageait néanmoins la vision du candidat socialiste sur « l’idée de l’utilité sociale et politique des corps intermédiaires ».

Aujourd’hui, leurs relations sont bien plus chaleureuses

Un petit côté Sagan.

Bien sur, elle n’a pas toujours été prudente, ces dernières années, mais voilà : Laurence est une femme, elle est « moderne », expliquent ses proches, « passionnée », elle va en vacances à Saint-Barth, elle conduit sa Maserati pied au plancher, ce qui lui donne un petit côté Sagan.

Elle vit, elle se lâche, ne calcule pas toujours.

Que ceux qui veulent revenir à la grisaille des années Gattaz [1] lèvent le doigt.

Ainsi a-t-elle failli , en 2008, arriver à une université d’été du Medef... en parachute.

La mort de dix soldats en Afghanistan a fait reconsidérer au dernier moment l’intérêt de l’opération, peut-être un peu « too much » mais tellement « moderne »...

Elle a aussi rompu avec certaines pratiques, coupé les têtes des barbons de l’UIMM, coupables d’avoir utilisé, depuis des lustres une caisse noire pour corrompre tout ce qui se passait à leur portée.

Et peu importe que certains aient estimé que la jeune femme, alors patronne des patrons depuis trois ans, était au courant de ces pratiques et avait jusque-là fermé les yeux.

Laurence a beau avoir d’immenses qualités, il faut bien reconnaître qu’elle a changé.

Avant, elle se faisait l’apôtre du mouvement, de la vie qui va, du risque, et fustigeait les positions acquises.

D’ailleurs, dans son entreprise, l’Ifop, offerte par papa, il y a, comme le révélait « Marianne » en janvier, beaucoup plus de CDD que des planqués de CDI, ce qui est bon pour l’ambiance de boulot, forcément plus « pêchue », et aussi pour les comptes.

Elle a un jour résumé ainsi sa vision de l’existence :

« La vie, la santé, l’amour sont précaires, pourquoi le travail échapperait-il à cette loi ?. »

Ça avait vraiment de la gueule.

Et la voilà maintenant qui s’accroche, comme un vulgaire président de conseil général, qui voit avec angoisse arriver le crépuscule.

Laurence, tu t’encroûtes.

Si tu continues de te laisser aller, tu finiras comme tous ces bons à rien qui t’agacent : dans la fonction publique.

Anne-Sophie Mercier dans le Canard enchaîné du 06/03/2013

Transmis par Linsay


[1ancien président du MEDEF (alors nommé CNPF) de 1981 à 1986 NDR



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