Quand la CGT donne un coup de balai à l’exploitation

mardi 11 février 2014
par  Charles Hoareau
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Depuis des années les salarié-e-s des entreprises de propreté, aidés et fortement soutenus par leur fédération CGT des Ports et docks [1] se battent pour leurs droits.

Ces salarié-e-s parmi les plus précaires, aux amplitudes horaires les plus fortes, soumis aux bas salaires et au travail pénible mènent depuis plusieurs années dans les Bouches du Rhône et ailleurs des luttes dures et longues d’autant plus méritoires que leurs horaires font qu’ils sont de fait coupés des salariés des entreprises publiques ou privées qui font appel à leurs services. De plus, les temps partiels étant légions dans cette profession, nombre de salarié-e-s sont obligés d’avoir plusieurs employeurs pour arriver à un temps plein.

Les lecteurs de Rouge Midi, les chiffres en témoignent, ont suivi avec attention lalongue lutte des ex-salarié-e-s d’ADOMA [2] à qui la cour de cassation a donné raison au bout de 6 ans de combat.

Dans ce département il y a eu à Marseille la lutte des salarié-e-s de la clinique JUGE, où la direction avait décidé d’externaliser les professions de brancardier et d’agent de service du bloc opératoire. Ces derniers, dont le travail consiste, non seulement à nettoyer et stériliser les sols et mobiliers des salles de bloc, mais aussi les prothèses médicales. Ce travail relève en principe d’infirmier-e-s spécialisé-e-s. La direction de la clinique JUGE a voulu que ce travail soit désormais exécuté par des agents de propreté et le pire c’est que ni la préfecture, ni l’ARS (Agence Régionale de Santé) n’ont rien trouvé à redire malgré les interpellations des personnels en grève.

La grève, si elle n’a pas empêché l’externalisation dans sa totalité, a permis que les brancardiers restent personnels de la clinique et que les personnels devenus agents de propreté soient en nombre suffisant et que le travail soit garanti du point de vue de la santé et de l’hygiène.
Et dès que l’entreprise ELIOR qui « a repris le marché » comme ils disent, a tenté de remettre en cause les acquis de la grève, les salarié-e-s ont repris le chemin de la lutte pour que l’accord soit respecté.

Dernièrement à Carrefour Le Merlan, le patron prétendait faire travailler gratuitement les salarié-e-s du nettoyage le dimanche. Là encore la grève des personnels et le soutien des personnels de Carrefour, l’a fait reculer.

La manifestation historique du 4 février

Le 4 février dernier, à l’appel de leur fédération, les salarié-e-s du nettoyage étaient appelés à faire grève et à manifester pour l’obtention d’un 13e mois. Outre qu’en soi un tel appel était une première, le succès de celui-ci a fait de cette journée historique en France. Des centaines à Paris, Lyon, Bordeaux au total 2500 personnes en manifestation à travers tout le pays.

Un coup de balai dans la propreté ?

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Les prestations de services de propreté (nettoyage de locaux) exercées par les entreprises sous-traitantes ont fortement augmenté, ces trente dernières années, du fait du processus d’externalisation orchestré par le patronat afin de diminuer leurs charges. Le marché de la propreté est donc livré à l’appétit féroce de plus de vingt mille entreprises qui se livrent une concurrence effrénée, au détriment des travailleurs qui en subissent les effets dévastateurs au niveau social.

En effet, la guerre économique, par le biais des appels d’offres et des adjudications de marchés, s’est amplifiée depuis 2008. Le patronat, avec la complicité des clients, s’arrache les marchés au plus bas prix sur le dos des salariés, de leur santé, de leur emploi, de leurs avantages et de leur vie de famille.

C’est donc plus de quatre cent mille salariés qui subissent les contraintes d’un métier parmi les plus pénibles  : horaires décalés, amplitude de travail élevée, temps partiel et turnover très importants, exposition aux produits dangereux… Pourtant, le nettoyage des locaux est devenu un enjeu sociétal et environnemental qui nécessite un niveau de professionnalisme accru. La profession a en effet évolué vers un besoin et une nécessité de qualité de la prestation.

Nous sommes donc face à une contradiction forte, qui est la volonté de baisser les coûts des entreprises donneuses d’ordres par une mise en concurrence forte des entreprises de prestations. Ce qui se traduit par une augmentation de la productivité au détriment de l’emploi et de la qualité de la prestation.

Les salariés en ont assez de ce système économique capitaliste qui ne profite qu’au seul patronat. Ils doivent pouvoir bénéficier de la richesse qu’ils créent par une redistribution d’une partie des millions d’euros de chiffre d’affaires des entreprises générés par leurs salariés. La Fédération nationale des ports et docks CGT appelle donc les travailleurs et travailleuses de la propreté à se mobiliser, le 4 février, devant les dix chambres régionales du patronat de la propreté, et à exercer des arrêts de travail pour obtenir un treizième mois conventionnel afin qu’il s’applique à l’ensemble des agents de la propreté.
Il faut savoir que le treizième mois s’applique sur certains chantiers ou sites grâce aux luttes menées par les travailleurs avec leur organisation syndicale. C’est la raison pour laquelle un treizième mois inscrit dans la Convention collective nationale sera tout d’abord plus protecteur qu’un accord de site et qu’il s’appliquera 
à l’ensemble des travailleurs de la branche.

Nous rappelons d’ailleurs notre attachement à la Convention collective nationale, qui est le régulateur du marché de la propreté et le minimum social dont bénéficient les travailleurs. Dans le cadre des appels d’offres et des changements de prestataires, elle permet, par son article 7, de pérenniser l’emploi des salariés 
par la continuité des contrats de travail, 
ce qui est fondamental au regard de la concurrence exercée par les entreprises.
La CGT s’efforce aussi de trouver des solutions pour 
que les prestations de propreté s’effectuent en journée, à des horaires réguliers. Les entreprises, les donneurs d’ordres (publics-privés) doivent surpasser cette barrière culturelle qui enferme la profession dans des horaires tôt le matin et tard le soir. Le travail en journée doit permettre de résoudre une partie du problème 
du temps partiel des salariés multi-employeurs 
et des contraintes familiales subies par les femmes, 
qui représentent 75 % de la profession.

Tony Hautbois, secrétaire national CGT des Ports et docks.

L’Huma du 3 février

A Marseille, les dirigeants du syndicat s’étaient dits qu’à 200 manifestants le rassemblement serait un succès : ce fut plus du double. ELIOR, ONET, TFN, ISS avec une magnifique banderole, GSF, des entreprises régionales, de la plupart des entreprises des salarié-e-s étaient venus dire leur volonté d’être respectés, d’en finir avec les discriminations de tous ordres dont ils sont victimes et bien sûr exiger le 13e mois.

En plus, les accompagnant et les soutenant, étaient également présents les portuaires et dockers en masse, eux qui avaient particulièrement aidé à la mobilisation, mais aussi des représentants de grandes entreprises et des unions locales CGT du département. C’est bien cette mobilisation toutes professions confondues qui explique le succès de cette manifestation. Parmi les entreprises on remarquait particulièrement les entreprises en lutte comme les inévitables FRALIB et aussi et surtout les militants de la centrale de Gardanne qui avaient tenu à faire le déplacement juste avant celui prévu devant leur entreprise.

Il fallait voir toutes ces femmes (les plus nombreuses) et hommes, pour la plupart issus de l’immigration, défiler dans le calme et la détermination. Tous conscients de vivre une première porteuse d’avenir.

Celles et ceux que le patronat veut rendre invisibles en les faisant travailler avant et après les heures de bureau, se rendaient bien visibles par l’action, leur grève, leur manifestation et leurs autocollants bien placardés sur les poitrines.

A l’arrivée une délégation [3] était reçue par la chambre patronale régionale qui était bien forcée d’entendre la parole de celles et ceux que l’on n’écoute pas d’ordinaire.

Au même moment à Paris, la fédération patronale, comme elle s’y était engagée plusieurs semaines auparavant, recevait la délégation parisienne. Fait notable, alors que jusqu’à présent les employeurs balayaient (c’est le cas de le dire !) d’un revers de main la revendication, là ils étaient obligés de s’engager à répondre d’ici la fin mars.
Un premier pas de franchi donc !

Et le moral de vainqueur avec !


[1Dans les années 80, quand les externalisations de services se sont généralisées, les patrons portuaires ont été les premiers à créer des entreprises de propreté et donc logiquement la CGT a fait appel à cette fédération pour les organiser

[2et toute la série des 19 articles conscrés à cette lutte

[3secrétaire général de l’UD CGT, dockers, portuaires et salarié-e-s du nettoyage



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