Autoroutes : Pas de nationalisation, Hollande choisit de faire plaisir aux banques !

samedi 3 janvier 2015
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Sur les autoroutes, ca roule pour eux. Les actionnaires des sociétés autoroutières siphonnent les automobilistes et l’Etat, qui leur a vendu à vil prix cette poule aux œufs d’or. Le premier ministre, Manuel Valls, a annoncé mercredi 31 décembre la création à partir de janvier d’un groupe de travail sur les autoroutes, qui sera chargé de plancher sur deux scénarios de réforme, à savoir une renégociation ou une résiliation au 1er janvier 2017 des contrats. 2017. Ça ne vous dis rien : élections présidentielles. Donc Hollande botte en touche et se couche devant les grands groupes de BTP !

Depuis leur privatisation, les autoroutes génèrent des profits énormes pour les groupes privés qui les possèdent. 15 milliards d’euros, c’est le montant des dividendes encaissés par les actionnaires des sociétés d’autoroutes depuis leur privatisation en 2006. Le chiffre est publié dans un rapport d’information parlementaire paru mercredi 17 décembre, qui dénonce un « niveau de profitabilité hors norme de ces sociétés », ne pouvant « être accepté au regard de la faiblesse des moyens budgétaires à la disposition de l’État. »

« Il s’agit d’une véritable rente autoroutière dans le cadre de monopoles privés » ajoute le rapporteur de ce document, le député socialiste Jean-Paul Chanteguet. Pour lui, c’en est trop. Et la solution est simple : renationaliser les autoroutes. Ou, en termes moins connotés, dénoncer les contrats qui lient l’État aux sociétés d’autoroutes, pour que cette manne revienne à l’État et aux citoyens plutôt qu’au privé.

Rentabilité exceptionnelle

Car ce rapport arrivait en plein débat sur l’avenir des autoroutes. Le gouvernement travaillait sur un plan de relance autoroutière, négocié avec les sociétés concessionnaires : en échange de quelques années de concession supplémentaires (les contrats se terminent normalement entre 2027 et 2030), elles s’engagent à investir 3,2 milliards d’euros dans des infrastructures autoroutières.

Un scénario que Jean-Paul Chanteguet voulait à tout prix éviter car « on irait vers des concessions perpétuelles ». Autrement dit, les autoroutes seraient définitivement privatisées. Son rapport reprend également les arguments de l’Autorité de la concurrence, qui dans un avis du 17 septembredernier estimait que la rentabilité des autoroutes atteignait plus de 20 %, un niveau exceptionnel, alors que leurs tarifs augmentent plus vite que l’inflation.

C’est pourquoi du côté des associations environnementales, on espèraient un abandon de ce plan de relance autoroutier. Chez France Nature Environnement, Michel Dubromel soupçonnait l’intention de donner de l’activité au secteur du Bâtiments et travaux publics afin de créer quelques emplois. « C’est ce que l’on appelle un travail de shadock, estime-t-il. On creuse un trou pour en boucher un autre. En pratique, on construit des routes - mesure conjoncturelle - pour ne pas voir que l’on a un nombre important de chômeurs - problème structurel. Ce n’est pas avec ces méthodes que l’on prépare la transition énergétique », déplore-t-il.

L’État devait dénoncer ces contrats avant le 31 décembre. Le gouvernement a donc courbé l’échine devant les grands groupes de BTP, à la fois concessionnaires et constructeurs.

« Leur mission c’est de bétonner »

Le projet inquiète aussi fortement Stephen Kerckhove, d’Agir pour l’environnement : « Il n’y a pas d’approche écologique du gouvernement dans ce dossier. A chaque fois que l’on rencontre le ministère des Transports sur la question des autoroutes, ils ne savent même pas quoi nous dire. Ce sont des ingénieurs des Ponts et Chaussées, leur mission c’est de bétonner. »

La liste des projets d’autoroutes, publiée pour la première fois dans ce rapport parlementaire, semble confirmer leurs impressions : la majorité des projets consistent à élargir et aménager des voies déjà existantes, avec quelques « aménagements écologiques » pour agrémenter.

« On va à l’envers de l’histoire, commente Michel Dubromel. D’un côté le gouvernement dit qu’il veut relancer le fret ferroviaire mais qu’il n’a pas de financements pour cela, et en parallèle il se donne les moyens d’un plan de relance autoroutier. C’est une politique incohérente ! »

En face, les concessionnaires d’autoroutes piaffent d’impatience : « Nous sommes prêts à démarrer », déclarait fin novembre le patron d’Eiffage Pierre Bergé à BFM Business.
Une impatience d’autant plus forte que pour ces entreprises, le bénéfice serait double : Vinci et Eiffage sont à la fois actionnaires des sociétés d’autoroutes et des groupes de BTP susceptibles d’effectuer les travaux de ce plan de relance. « Les marchés seraient certainement gagnés en bonne partie par les deux grands groupes de BTP actionnaires de sociétés concessionnaires d’autoroutes », relève le rapport parlementaire.

Remettre les autoroutes en gestion publique

La solution proposée par le rapport Chanteguet : gérer les autoroutes françaises à travers un EPIC (établissement public à caractère industriel et commercial), qui remettrait donc ces infrastructures dans le giron du service public.
Cela aurait deux avantages, détaille Michel Dubromel. D’abord, l’État récupérerait la maîtrise des tarifs et des taxes appliqués aux péages autoroutiers. « Il pourrait mettre en place une fiscalité écologique », explique le référent transports de France Nature Environnement. Une idée inenvisageable actuellement, car les contrats passés avec les sociétés autoroutières encadrent très strictement les tarifs aux péages.

Ensuite, une gestion publique permettrait d’intégrer les autoroutes dans une politique plus globale des transports en France. Les profits dégagés pourraient servir à financer les transports collectifs ou le fret ferroviaire… Plutôt que de rémunérer des actionnaires. Cela permettrait même de compenser le manque à gagner dû à la suppression de l’écotaxe.

Donc le gouvernement a choisi son camp : celui des banques et des grands groupes de BTP. Et pour faire bonne mesure il applique la vieille formule de Georges Clémenceau « Quand on veut enterrer un problème on crée une commission ».

Pourquoi ne veulent-ils pas geler le prix des péages comme ils savent si bien le faire avec les salaires ? Parce qu’ils ne représentent pas les français, mais sont à la solde des capitalistes internationaux.

D’après Marie Astier pour Reporterre

Transmis par la_peniche



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