Air-France : Qui sème la misère, récolte la colère !

mercredi 14 octobre 2015
par  la_peniche
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Un pays où les hommes du capital finissent en liquette est un pays qui a cessé de décliner, c’est un pays qui commence à se relever. Car, dans la tyrannie du capital comme en toute tyrannie, le premier geste du relèvement, c’est de sortir de la peur [1]. Pour la CGT, l’interpellation de cinq salariés d’Air France, tous militants de la CGT, lundi au petit matin, participe d’une volonté de « faire peur » et d’intimider le personnel de la compagnie aérienne. Le patronat utilise toujours le gourdin pour mâter ceux qui l’inquiètent.

Le scandale ne se niche pas là où les médias le désignent. Le scandale, ce n’est pas la chemise déchirée d’un haut cadre, payé pour réduire à néant la vie de milliers de travailleurs et de leur famille. Car que croyaient-ils ces dirigeants ? Qu’en se pointant pour annoncer, la bouche en cœur, 2 900 licenciements, ils allaient être applaudis ?

C’est bien là que se niche le scandale. Dans ce plan dit de restructuration. Dans les 2 900 licenciements. Les 2 900 vies brisées par une simple lettre recommandée.

"Ce qui se passe est proprement scandaleux. Des salariés sont en prison, en garde à vue. On a été les chercher chez eux à 6 heures du matin, devant leurs familles, devant leurs enfants et on a fouillé leurs maisons", s’est insurgé le secrétaire général de la CGT, lors d’une conférence de presse. "Il y a des personnalités qui ont fait des choses plus graves, qui ont détourné des millions et qui arrivent avec leur chauffeur" à leur convocation, a poursuiv M. Martinez, ajoutant : "il y a deux poids, deux mesures quand il s’agit de salariés, c’est profondément choquant".

Jean Jaurès et la violence patronale.


« Le patronat n’a pas besoin, lui, pour exercer une action violente, de gestes désordonnés et de paroles tumultueuses ! Quelques hommes se rassemblent, à huis clos, dans la sécurité, dans l’intimité d’un conseil d’administration, et à quelques-uns, sans violence, sans gestes désordonnés, sans éclats de voix, comme des diplomates causant autour du tapis vert, ils décident que le salaire raisonnable sera refusé aux ouvriers ; ils décident que les ouvriers qui continuent la lutte seront exclus, seront chassés, seront désignés par des marques imperceptibles, mais connues des autres patrons, à l’universelle vindicte patronale. [...] Ainsi, tandis que l’acte de violence de l’ouvrier apparaît toujours, est toujours défini, toujours aisément frappé, la responsabilité profonde et meurtrière des grands patrons, des grands capitalistes, elle se dérobe, elle s’évanouit dans une sorte d’obscurité. »

Extrait du discours du député Jaurès devant la chambre des députés le 19 juin 1906.

« Sans doute la conscience immédiate se cabre-t-elle spontanément à la seule image générique d’une violence faite à un homme par d’autres hommes. Mais précisément, elle ne se cabre que parce que cette image est la seule, et qu’elle n’est pas mise en regard d’autres images, d’ailleurs la plupart du temps manquantes : l’image des derniers instants d’un suicidé au moment de se jeter, l’image des nuits blanches d’angoisse quand on pressent que « ça va tomber », l’image des visages dévastés à l’annonce du licenciement, l’image des vies en miettes, des familles explosées par les tensions matérielles, de la chute dans la rue. Or rien ne justifie le monopole de la dernière image – celle du DRH. Et pourtant, ce monopole n’étant pas contesté, l’image monopolistique est presque sûre de l’emporter sur l’évocation de tous les désastres de la vie salariale qui, faute de figurations, restent à l’état d’idées abstraites – certaines d’avoir le dessous face à la vivacité d’une image concrète. » [2]

Le verrou médiatique est là pour ça ! Pour étouffer la réalité des choses. Les radios, les télés et la plupart des grands journaux appartiennent tous à des hommes d’affaire, alors comment voulez vous qu’ils dénoncent la violence patronale ? C’est un véritable bâillon qui agit sur nous comme un anesthésiant. Puisque la vérité sociale n’est pas montrée, n’est pas dite ni écrite, elle n’existe pas !

La lutte des salariés d’Air France n’est pas une lutte corporatiste de nantis qui ne se battraient que pour conserver de soi-disant privilèges, comme ils cherchent à le faire accroire. La lutte des salariés d’Air France est une lutte pour l’emploi, pour les salaires. Un combat contre la détérioration des conditions de travail qui est le lot de l’ensemble des travailleurs de ce pays.

Nous sommes tous des « AIR FRANCE » !

Comment peut-on accepter sans rien dire, que les 81 actionnaires privés d’Air France, avec l’accord du gouvernement socialiste [3] aient décidé, dans le confort feutré de leur conseil d’administration, que pour augmenter leurs dividendes, il fallait sacrifier 2900 familles. C’est ça la réalité du capitalisme, c’est ça la véritable violence. Et ne nous y trompons pas, ce système ne tombera pas tout seul, ni par le jeu des élections.

Nous devons reprendre en main nos services publics et re-nationaliser Air France.

Non ! Toutes les violences ne se condamnent pas ! Certaines sont légitimes. Comment peut-on comparer une chemise déchirée à la violence subie par des milliers de travailleurs qui n’ont que leur travail pour vivre ? Comment peut-on comparer une chemise déchirée au viol de la dignité de 2 900 travailleurs ? Qui les exploitent ? Qui les poussent à bout ? [4]

Le communiqué de presse de l’intersyndicale d’Air France

La véritable violence n’est pas du côté des salariés.

Car, un pays où les hommes du capital finissent en liquette est un pays qui a cessé de décliner, c’est un pays qui commence à se relever. Et c’est parce qu’ils ont osé relever la tête et exprimer leur colère que les cinq cégétistes doivent être punis. Pour l’exemple !

Ainsi donc, si la mobilisation productive et la sois disant compétitivité doivent se faire sous le coup de la terreur, ainsi en sera-t-il. En réalité le capitalisme néolibéral n’a pas à forcer son talent, car la terreur est le fond inaltérable du capitalisme tout court.

Le tract de Rouges Vifs 13

La_peniche


[1F. Lordon

[3l’État français est le 82 ième actionnaire



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