Pologne : intensification de la campagne anticommuniste

samedi 25 juin 2016
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Dans un climat lourd de menaces de guerre, la « Justice » polonaise vient de condamner quatre militants communistes polonais à des peines de prison et d’amendes… En France, des initiatives de solidarité voient le jour.

8 juin 2010. L’entrée en vigueur d’un amendement à l’article 256 du Code pénal en vigueur en Pologne, provoque un tollé dans les milieux progressistes. Il prévoit de punir « quiconque qui, dans un but de propagande, produit, importe, achète, stocke, offre, transporte ou envoie des objets contenant des symboles (…) ou comportant des symboles communistes ».

Désormais, afficher un drapeau rouge floqué de la faucille et du marteau ou arborer un tee-shirt à l’effigie de Che Guevara sur les rives de la Vistule sont passibles de deux ans d’emprisonnement. Les droites tant libérales (Donald Tusk) qu’euro-sceptiques (les frères Kaczynski) se retrouvent alors dans un même élan anticommuniste.

Une posture répressive confortée par le chômage des plus jeunes (obligés de s’exiler en Grande-Bretagne notamment pour satisfaire leurs besoins vitaux), la dégradation des conditions sanitaires et de logements, l’accroissement des inégalités… Autant de reculs sociaux provoqués par vingt ans de restauration capitaliste. Le 19 juillet 2011, le Tribunal constitutionnel rejette toutefois cette disposition spécifique comme contraire à la liberté d’expression.

Délit d’opinion

L’alinéa 1 de cet article 256 du Code pénal reste cependant en vigueur. Aujourd’hui, il est ainsi toujours susceptible d’entraîner la condamnation de toute personne faisant « publiquement la propagande pour un système fasciste ou autre totalitaire et appelle à la haine du fait de différences nationales, ethniques, raciales ou liées à la religion ». Le cas échéant, elle pourrait être « punie d’une amende, de limitation ou de privation de liberté jusqu’à 2 ans ».

C’est en vertu de cette loi qu’en première instance, le tribunal de Dabrowa Gornicza [1] a condamné le 31 mars dernier, quatre militants du KPP (Komunistyczna Partia polski / Parti communiste polonais) à neuf mois de prison ou des travaux d’intérêt général ainsi qu’à de fortes amendes. Une peine prononcée sans procès, sur la seule base de l’acte d’accusation, comme l’autorise la législation.

En 2013, une plainte avait été déposée par un député conservateur du PIS (Prawo i Sprawiedliwość / Droit et Justice), Bartosz Kownacki. Toutefois, « le procureur avait refusé de la traiter », souligne le KPP. La procédure a été réactivée suite à l’arrivée au pouvoir des conservateurs nationaux-catholiques à l’automne dernier. [2]

Il est ainsi reproché aux membres du comité de rédaction de Brzask (Aube), le périodique du KPP, d’avoir « publié des contenus liées directement aux idées communistes, marxistes et léninistes, publications qui sont accessibles sur le site internet www.kompol.org ; ce qui dans le contexte des expériences historiques est contraire aux valeurs démocratiques… ».

« Nous sommes reconnus coupables d’avoir promu des idées totalitaires », s’indigne Beata Karon, l’une des dirigeantes du KPP, qui ne pourrait par exemple plus célébrer la Révolution d’Octobre 1917 ou vanter les mérites de la Pologne populaire (1944 – 1989) ! Des interdits contraires à l’esprit de la Constitution polonaise qui reconnaît le droit à la liberté de conscience, d’expression et d’opinion. D’autant que le KPP d’inspiration marxiste-léniniste est un parti légal dûment enregistré depuis 2002.

Campagne antisoviétique

Une décision qui s’inscrit outre-Oder (comme dans d’autres pays d’Europe centrale, en Ukraine ou en Macédoine) dans le cadre d’une vaste campagne anticommuniste et antisoviétique ; les parlementaires polonais ayant, en avril dernier, adopté une loi visant à « interdire la promotion du communisme ». Ainsi, « l’Institut de la Mémoire nationale [3] a créé un registre et exige des autorités locales qu’elles liquident les monuments en l’honneur des soldats soviétiques et d’autres liés au communisme », selon le KPP.

Une mesure qui résonne comme une insulte à l’endroit de ces combattants qui se sont sacrifiés afin d’éviter aux Polonais – considérés par Hitler comme des sous-hommes – de devenir les esclaves des nazis ! 600.000 soldats de l’Armée rouge sont en effet tombés pour la libération de la Pologne occupée par l’Allemagne nazie dès septembre 1939.

« Museler toute opposition à la guerre ! »

Exilée politique en France depuis le début des années 1990 après avoir été empêchée d’étudier à l’université de Varsovie en raison de ses convictions anticapitalistes et féministes, Monika Karbowska resitue ces attaques dans le cadre « de la préparation d’une guerre contre la Russie », envisagée par les États-Unis et l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) [4], leur bras armé en Europe.

Selon elle, ces pratiques liberticides viseraient à « museler toute opposition en terrorisant la population ». Monika Karbowska en veut aussi pour preuve l’arrestation le 16 mai dernier de Mateusz Piskorski. A la tête de l’organisation Zmiana (Changement), celui-ci s’oppose à la présence de l’OTAN et milite pour l’union des peuples slaves et l’établissement de liens d’amitiés avec la Russie.

Sous le fallacieux prétexte d’espionnage au profit de cette dernière, ce dirigeant souverainiste a été « jeté en prison. Il a été gardé au secret pendant un mois. Sa famille n’a pas eu de nouvelles de lui pendant trois semaines. Aujourd’hui, il demeure en détention administrative, sans avoir été jugé. Il est privé d’avocat. Ce sont quand même les standards des droits de l’homme qui sont ici violés », s’insurge Monika Karbowska. Syndicalistes, militants progressistes et autres altermondialistes sont tout autant ciblés.

Ainsi « les organisateurs du Forum social de Wroclaw de mars dernier, ont à l’époque reçu des coups de fil menaçant de la police politique. C’est parfaitement illégal. Si la police a des choses à nous reprocher, qu’elle nous convoque et nous les expose. Là, on nous menaçait de finir en prison si on invitait des militants du Donbass ! Il y a vingt-cinq ans, on a ouvert le cycle de la répression. Il a conduit à l’ultralibéralisation et l’américanisation de la Pologne. Aujourd’hui, on revient à la répression car l’Amérique veut la guerre. La boucle est bouclée », poursuit-elle.

Appel à la solidarité

Parmi les quatre condamnés, « trois sont membres du comité de rédaction de Brzask et le dernier gestionnaire de notre site internet », souligne Beata Karon. Ils revendiquent le droit d’être entendus « dans le cadre d’une procédure classique » et ont bien sûr fait appel de la décision. Il sera examiné par la cour régionale de Katowice en Haute-Silésie à une date qui n’a pas encore été déterminée. Dans cette perspective, le KPP invite à multiplier les manifestations de solidarité devant les représentations diplomatiques de la Pologne à l’étranger.

Manifestation à Lens

Le 31 mai dernier, une délégation composée de militants du Pôle de renaissance communiste en France (PRCF), du Comité internationaliste pour la solidarité de classe (CISC), de la Coordination communiste du Nord et de l’association des Amis d’Edward Gierek, a ainsi été reçue par Henri Dudzinski, le consul honoraire de la République de Pologne pour le Nord de la France.

« Alors que dans toute l’Union européenne (UE) criminalisation du communisme rime avec réhabilitation du fascisme, alors qu’en France certains voudraient briser les syndicats de lutte et le droit de grève, la défense des communistes polonais relève à la fois de la solidarité internationale, de l’antifascisme et de la défense de nos libertés », proclament ces organisations à l’initiative d’un rassemblement le mercredi 22 juin 2016 devant la gare de Lens au cœur de l’ex-Bassin minier du Pas-de-Calais, terre de labeur et d’exploitation de milliers de travailleurs polonais (mineurs de charbon pour la plupart) dans l’entre-deux-guerres.

« Cette criminalisation galopante du communisme (…) est d’autant plus inquiétante qu’elle s’accompagne d’une réhabilitation de moins en moins rampante des fascistes, des nazis et des racistes. Pour ne prendre qu’un exemple, il n’est que de voir comment l’UE-OTAN continue de soutenir le pouvoir de Kiev qui vient d’interdire le PC ukrainien, qui a massacré des syndicalistes à Odessa et qui vient de promouvoir au poste de président du Parlement le fondateur du Parti national-socialiste ukrainien », soulignent-elles dans l’appel commun qu’elles ont rendu public [5].

JACQUES KMIECIAK le 23/06/2016

Transmis par Linsay


[1Il s’agit de la ville de Silésie où le KPP et son organe Brzask sont enregistrés.

[2Le PIS après avoir remporté l’élection présidentielle en mai 2015, s’est adjugé les élections législatives en octobre de la même année.

[3Cette commission (Instytut Pamięci Narodowej / IPN) composée de neuf membres élus par le président de la République, la Diète (Assemblée nationale) et le Sénat, a été créée en 1998 pour enquêter sur les « crimes » de l’ère nazie et de la période socialiste, et afin de poursuivre leurs auteurs. En fait, il lui est principalement confié la tâche de réécrire l’histoire de la Pologne dans un sens anticommuniste et antisoviétique.

[4En dépit des promesses formulées lors de la réunification de l’Allemagne, la Pologne a rejoint l’OTAN en 1999. Celle-ci tiendra son sommet à Varsovie les 8 et 9 juillet prochains, après avoir déployé, en juin, en Pologne son plus imposant dispositif militaire aux portes de la Russie, depuis la dislocation de l’URSS dans le cadre de l’opération « Anaconda » (30.000 militaires / 24 pays).

[5texte signé entre autres par le PCF 62, l’ANC et Rouge Vif 13



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