17e congrès de la FSM à Durban en Afrique du Sud

jeudi 6 octobre 2016
par  Charles Hoareau
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Du 5 au 8 octobre, se tient à Durban le 17e congrès de la Fédération syndicale mondiale. La FSM, forte de 95 millions d’affiliés répartis dans 126 pays est en plein renouveau depuis le congrès de La Havane en 2005. Nous vous en parlons jour par jour.

Après une nuit en avion pour rejoindre Johannesburg, une ligne intérieure nous permet de rejoindre Durban. L’avion atterrit et comme nous en sortons, comme le chantait Nougaro, « dès l’aérogare j’ai senti le choc ».

Les murs, les piliers et même les sols sont recouverts de banderoles, d’affiches, de drapeaux où le rouge est bien sûr omniprésent. Dans le hall, des femmes et des hommes, vêtus de tee-shirts rouge siglés du 30e anniversaire de la COSATU, le syndicat historique de l’Afrique du Sud, nous accueillent. Cela me donne l’occasion de mon 1er regret : celui d’avoir oublié mon appareil photo. Je me contenterai du téléphone.

Un bus doit venir nous chercher pour nous emmener à l’hôtel où sont enregistrées les inscriptions. Celui-ci tardant (trop !) nous prenons deux taxis [1] qui nous donnent l’occasion de voir qu’ici le mot limitation de vitesse n’a aucun sens et peut-être le mot priorité ou même celui de feu rouge qu’un sens relatif…

Notre hôtel est en front de mer, une mer qui roule ses vagues bien hautes sur une bande étroite de sable bordée de palmiers. Sans doute un paradis pour surfeurs.

Le long de la plage, en bord de route, des dizaines de stands modestes proposent à la vente bibelots, habits divers…essentiellement pour touristes.
Le lendemain matin, alors que depuis 6h des africains sortent des hôtels environnants en maillot et serviette pour prendre leur premier bain, c’est à pied que nous décidons de nous rendre au centre du congrès tout en se disant que nous avons un plan guère lisible. On n’a pas le temps de trop chercher que, à peine fait 100m, des tee-shirts rouges de la COSATU nous attendent et l’un d’eux se propose de nous accompagner…
L’accueil sud-africain n’a rien à envier à la terranga sénégalaise [2]

Arrivés devant le centre des congrès, ses immenses baies vitrées font apparaître que nous ne sommes pas les premiers loin s’en faut alors que dehors une queue entre des barrières rouges permet de rejoindre tranquillement les nouveaux arrivants.

Nous récupérons nos casques de traduction et rentrons dans la grande salle du congrès, elle aussi chaleureusement décorée. Face à une grande tribune il y a une longue salle rectangulaire aux rangées de tables et chaises impeccablement alignées, bordée sur les côtés et le fond de plusieurs rangées de gradins. Nous nous installons à une table sur le côté de la salle au pied des gradins bien nous en a pris !

Le congrès doit démarrer à 8h 30 mais ici ni besoin de sonnerie ni de musique avertisseuse, les gradins se couvrent peu à peu de tee-shirts rouges et démarrent alors, sans que nul ne s’y attende ni ne l’annonce, des chants zoulous chantés par une forêt dansante de tee-shirts rouges. Nous sommes aux premières loges et ne pouvons bien sûr rester assis. De l’autre côté de la salle et au fond d’autres groupes répondent et l’air s’emplit de polyphonies rythmées qui donnent le frisson à toute la salle. Rapidement, au pied des gradins, mettant une joyeuse pagaille à l’ordonnancement bien organisé de la salle, se pressent des appareils photos et en ce qui me concerne les photos réussies seront rares : comment voulez-vous tenir un appareil en dansant et en battant des mains sur les rythmes contagieux qui ont envahi la salle ? A côté de moi Fabien me dit « tu crois qu’on va pouvoir jusqu’au bout du congrès sans pleurer ? »

Les chants et danses s’enchainent et finalement, au bout d’un certain temps, et même d’un temps certain, la tribune peut annoncer non sans mal l’ouverture du congrès et nous nous asseyons.

Comme il est de tradition dans le mouvement syndical, c’est le pays hôte qui prononce l’allocution de bienvenue. C’est ce que fait le secrétaire général de la COSATU et il commence… en chantant ! Evidemment il est immédiatement accompagné par les gradins et nombre de congressistes éberlués se lèvent à nouveau. Finalement le discours peut commencer dans l’ambiance que l’on peut imaginer et devant des congressistes, en particulier européens, totalement subjugués.

Dans un discours clair où il dénonce le capitalisme et l’impérialisme, il explique qu’au regard de son histoire et du soutien constant de la FSM dans la longue lutte contre l’apartheid, au regard de son idéologie, la COSATU ne peut qu’adhérer à la FSM [3]. Il explique que la COSATU, affiliée à la CSI, l’autre grande centrale où les syndicats des pays riches [4] dominent veut y rester « pour faire avancer notre posture » et bénéficier ainsi de la double affiliation. (La CSI qui refuse tout contact avec la FSM, utilise ses appuis pour l’empêcher de siéger à l’OIT, prévoit dans ses statuts l’interdiction de toute affiliation en dehors d’elle ou de ses organisations régionales, l’acceptera-t-elle ? Nous verrons bien.) l’intervenant poursuit : « Notre adhésion à la FSM a été tranchée à notre dernier congrès le processus est donc en cours…Ici en Afrique du Sud les inégalités entre les salaires sont impardonnables…. Le 7 octobre nous avons une journée nationale d’action pour les transports, contre l’exploitation, pour le salaire minimum… » Et il termine en annonçant pour le 8 octobre une grande initiative avec le congrès pour dénoncer le capitalisme.

Il termine et à la tribune annonce que le président de la république, Jacob ZUMA, va venir s’exprimer à la tribune du congrès. Il y a quelques secondes de silence et donc hop ! les chants reprennent.

Comme à chaque fois, une voix venue d’on ne sait où dans la salle entonne en solitaire quelques paroles et tous les membres de la COSATU enchainent en dansant les sourires éclairant les visages, les bras levés alternant les battements de mains et des gestes précis comme dans un ballet bien organisé. Puis ils organisent, pas une mais deux manifestations qui traversent les couloirs du congrès et viennent se rejoindre tout en dansant. Et l’arrivée de leur président calme à peine leur ardeur…et celle du congrès tout entier qui bien sûr s’est levé dès les premières paroles.

Jacob ZUMA prend la parole et rappelle le rôle historique de la FSM dans la lutte contre l’apartheid, les liens de Madiba [5] et d’autres leaders africains avec la FSM. Il approuve les thèmes du congrès : lutte, internationalisme, unité, qui sont les moyens pour répondre aux besoins que le capitalisme nous a pris.

Il fait références à Karl Marx « la classe ouvrière unie n’a rien à perdre mais doit apporter le changement…Rien ne se fera sans lutte, et c’est ce que les travailleurs font dans le monde entier. Le système capitalisme est un système qui est une crise en soi. Nous nous plaignons de cette économique qui n’est pas croissante...C’est le système bancaire des USA qui a répandu la crise dans le monde…Notre 1re lutte a été pour se libérer de l’apartheid, la 2e est pour la liberté socio-économique… Les communistes ont participé à cette lutte… Les progrès ont été permis par les luttes des syndicalistes…Le FMI est responsable des difficultés mondiales…Les pressions économiques ont eu pour conséquence des migrations et on a vu des images des travailleurs qui se noyaient en Méditerranée. » Et il termine en disant que les flux financiers illicites mondiaux ont atteint les 50 milliards de dollars.

Applaudi…en chansons ! Vient alors le moment d’une vidéo sur les 5 ans depuis le dernier congrès à Athènes en avril 2011. A ce 16e il y avait eu 800 délégués de 101 pays, à celui-ci il y a 1500 délégués dont 340 femmes de 111 pays. Cela correspond à une importante progression de 18% des affiliés en 5 ans : beau résultat. Sur la vidéo des images des luttes du monde entier, comme tout au long du congrès un fort engagement pour la Palestine et au final, ce qui ne manque pas de nous toucher, un extrait de la vidéo de Marseille, lorsque le secrétaire général de la FSM, Georges Mavrikos avait pris la parole au départ d’une manifestation contre la loi El Khomri.

La Vidéo à peine finie, Georges Mavrikos présente l’introduction du congrès. Il parle de l’Afrique du sud pays de la lutte contre apartheid, pays de Madiba, des millions d’hommes et de femmes qui vivent dans la pauvreté dont 430 millions en Afrique, des 2,3 millions de morts par accidents de travail dans le monde.
Ils soulignent les luttes dans de nombreux pays, en Inde où + de 180 millions de travailleurs ont défilé dans la rue par deux fois, au Mexique pour l’enseignement, en Colombie et affirme sa solidarité avec le camarade Ballesteros en prison, de même au Paraguay, les luttes en Équateur, Turquie, Sri Lanka…
Il adresse ses félicitations aux camarades de France dans leur dure lutte contre Hollande, il aborde aussi les luttes en Angleterre, Grèce, Espagne, Italie, toutes luttes auxquelles la FSM a apporté son soutien.
Il confirme ensuite les + 14millions de membres depuis Athènes soit + 18% et propose au congrès de retenir l’objectif pour le prochain congrès : atteindre les 100 millions.
Il souligne la « forte question des migrants » qu’il est de notre devoir de classe de soutenir et qui doivent devenir membres de nos syndicats pour lutter contre le fascisme et le racisme.

Il souligne aussi combien pour la FSM il est important d’être financièrement indépendants. « Nos seuls revenus sont les cotisations et contributions des syndicats. » C’est sûr que par comparaison la CSI qui reçoit de fortes subventions des institutions capitalistes mondiales ne peut en dire autant.
Commentant les mots d’ordre du congrès (lutte, internationalisme, unité) il rappelle que l’identité de la FSM est la lutte contre l’impérialisme et le capitalisme et fait une nouvelle référence à la Palestine, mais aussi aux peuples de Syrie, du Venezuela, de Cuba, « l’unité est toujours importante, pas une union au sommet, mais une union à la base, une union pour la lutte. » Il explique les difficultés d’une unité avec la CSI qui cultive la technique du monopole, en refusant par exemple que la FSM soit à l’OIT.

Et il interroge : quelles étaient les positions de la CSI en Libye, Palestine, Irak, Mali… ? Partout elle était avec l’impérialisme !

Il rappelle que la CSI est intervenue au sein de la CISA [6] pour essayer de la détruire alors qu’au contraire la FSM supporte la CISA et l’OUSA [7].

Sur la question des institutions internationales il aborde le rôle des pseudo ONG qui de par le monde sont en majorité des instruments de l’impérialisme Il rappelle aussi qu’il y a eu 25 résolutions à l’ONU en 8 ans sur la Palestine aucune n’a été appliquée, alors que celle sur la Libye a été appliquée de suite.

Il termine avec deux idées.

- « L’Afrique a les ressources les plus riches de la planète et aujourd’hui elles sont pillées et, s’adressant aux africains « la FSM va lutter à vos côtés pour que les travailleurs africains les maitrisent et se les réapproprient. »

- « Jeunes générations, vous devez croire à la classe ouvrière, à nos droits, à nos buts, la foi nous rendra audacieux dans la lutte, nous rendra forts »

Charles Horeau en direct de Durban

A suivre


[1dans notre groupe il y a deux camarades de la fédération de la chimie, deux de l’agroalimentaire, un du commerce, un de la CGT13 et moi en tant qu’invité dans le but d’aider à la mise en place d’une représentation de la FSM en France

[2la terranga désigne au Sénégal l’hospitalité due aux étrangers qui viennent vous visiter

[3voir articles sur le syndicalisme international

[4en particulier Europe du Nord et USA

[5nom coutumier de Mandela

[6Confédération Internationale des Syndicats Arabes

[7Organisation de l’Unité Syndicale Africaine



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