Accords de Paix et Assassinats ciblés, une dure réalité.

mercredi 23 novembre 2016
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La paix est l’ennemie du capitalisme...une preuve de plus

L’« Unión Patriótica » naît en Colombie, en 1984 , à la suite d’accords de paix entre le gouvernement de Belisario Betancur et la guérilla des FARC. Ce parti politique de gauche va compter jusqu’à 16 maires, 256 conseillers municipaux et 16 représentants au congrès de Colombie. Il va subir un véritable génocide avec l’assassinat, sur deux décennies, de 3000 de ses militants, dont deux candidats à l’élection présidentielle et 13 parlementaires victimes de différents groupes Paramilitaires soutenus ou fondés par les Forces Armées. Les « opérations couvertes » furent coordonnées par les Services de Renseignements et la XX Brigade. La fin de l’UP survient en 2003, lorsque le Conseil national électoral lui retire la personnalité juridique, après son échec pour obtenir plus de 50.000 votes lors des élections de 2002.

Octobre 2016.

Le référendum du 2 octobre 2016, sur les accords de paix avec la guérilla des FARC, a vu la victoire du NO. Un NO dont le parti de l’ex président Uribe, le Centre Démocratique (Extrême droite), a fait la promotion avec des arguments dignes du caniveau, comme la transformation de la Colombie en un Etat Castro-Chaviste, ou l’Idéologie de Genre et le niveau d’indemnités octroyées aux Guérilleros démobilisés. Une propagande nauséabonde, financée par des entreprises Colombiennes et Etrangères et soutenue par certains pouvoirs religieux.

Novembre 2016

La guerre sale refait son apparition, les leaders de mouvements sociaux, les militants de « La Marcha Patriótica » (mouvement de Gauche) sont pris pour cibles, reçoivent des menaces de groupes paramilitaires, sont lâchement assassinés.
San Vicente de Cagüan , département de Caquetá, le SI a triomphé au plébiscite, Humberto Sánchez Cedeño, le maire élu sous les couleurs du Centre Démocratique qui s’est déjà illustré quelques jours après le référendum en licenciant Lizeth Paola Amezquita la bibliothécaire de la ville favorable au SI. Cette fois il dénonce des leaders paysans comme proches des FARC, le résultat ne se fait pas attendre. Erley Monroy, dirigeant de l’association du secteur agricole Ascal-G, sur le chemin de retour à sa Finca [1], tombe mortellement blessé sous les balles d’un tueur le 18 novembre. Transporté à l’hôpital municipal, il décède de ses blessures.
Erley Monroy consacrait toute son énergie militante à la lutte pour la protection du milieu ambiant, depuis l’autorisation donné par le gouvernement pour la perforation de puits pétroliers dans la zone de Lozada.
A peine était connu le décès de Erley Monroy qu’une autre attaque dans la région de Lozada, département de Meta, provoque la mort d’un autre leader paysan, président du conseil d’action de Platanillo. Didier Lozada Barreto, 28 ans, est assassiné dans sa propre maison par un homme qui porte un passe-montagne, qui lui tire dessus à neuf reprises, devant sa famille.
Hugo Cuellar, président du conseil d’action de la Victoria, qui sortait de la cérémonie de veille funéraire organisée pour Erley Monroy est également agressé et gravement blessé, son état reste critique.
Dans d’autres régions, Cauca, Nariño, d’autres victimes viennent s’ajouter à une liste qui risque de croître si le gouvernement ne prend pas la véritable dimension du nouveau drame qui frappe les citoyens colombiens investis dans la cause de la paix et qui luttent pour des droits légitimes.

A qui profitent ces crimes

Qui sont les donneurs d’ordres ? L’on peut sans craindre de se tromper évoquer la proximité des Entreprises Industrielles locales ou Multinationales dans le domaine de l’agriculture, de l’élevage, des activités pétrolières ou minières avec un certain nombre de politiciens corrompus qui facilitent toutes ces activités qui peuvent porter atteinte aux ressources en eau et causer des dommages irréparables au milieu ambiant, à la biodiversité.
Des sommes énormes sont soustraites des budgets publics et détournées vers des affectations délictueuses, au bénéfice de riches propriétaires ou hommes d’affaires sans scrupules et politiciens corrompus.
Ceux qui, s’opposent, dénoncent, en tant qu’association paysanne, sociale ou des droits de l’homme deviennent des cibles toutes désignées. En 2016 ce sont plus de 200 assassinats qui ont été commis et dans le dernier mois, une nouvelle vague d’assassinats d’au moins 7 dirigeants.
Les tueurs ne sont que les exécutants de ce milieu qui mélange les genres sans vergogne et sans pitié, des groupes paramilitaires refont leur apparition sous les appellations Aguilas Negras, los Urabeños ou Autodefensas Gaitanistas de Colombia.
Les accords de paix qui ont été renégociés, suite au résultat du référendum, doivent maintenant être soumis au vote du Sénat. Ils sont directement mis à l’épreuve par la dure réalité des assassinats ciblés.
Une commission de la justice, accompagnée par la mission de l’ONU en Colombie et de membres du gouvernement doit enquêter sur ces crimes.

Alain Huertas
Le 22 novembre 2016.
Restrepo Valle del Cauca
Colombie


[1propriété



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