Samsung, derrière les produits High Tech les leucémies et la répression

mardi 13 décembre 2016
par  Charles Hoareau
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En marge de la manifestation des chômeurs du 3 décembre nous étions quelques militant-e-s à rencontrer les salariés coréens de Samsung en tournée européenne pour faire connaître le bras de fer qui les oppose à ce géant mondial qui emploie près de 500 000 salariés dans le monde [1] auxquels il faut rajouter au moins 200 000 sous-traitants. Les syndicalistes coréens avancent le chiffre de 1 million de salarié-e-s. Il est en fait difficile de connaître le nombre exact car derrière le groupe SAMSUNG, créé en 1938, se cachent un enchevêtrement de sociétés unies par des liens complexes, évidemment opaques à dessein entre autres pour des raisons fiscales.

On commence par les présentations d’usage et celles-ci donnent immédiatement le ton : « bonjour je m’appelle Jisook KIM ma sœur et moi sommes des victimes de Samsung moi j’ai survécu mais ma sœur est morte de sa leucémie, bonjour mon fils est mort de leucémie, bonjour je m’appelle San LEE j’accompagne les victimes et je me bats pour les droits de l’homme »

Le responsable régional du syndicat prend la parole non sans humour malgré la gravité du sujet : « On remercie le directeur général de Samsung car c’est lui qui nous a fait venir en France ! Chez Samsung le syndicat n’est pas reconnu par la direction et cela dure depuis 80 ans. La direction refuse de le reconnaitre et pourtant il existe à l’intérieur. La loi et la constitution obligent à reconnaitre le syndicat mais la direction détourne cette obligation par des procédures judiciaires et de la répression. La direction refuse même aux travailleurs le droit de se syndiquer et en fait elle peut le faire grâce à ses liens avec le gouvernement et l’impunité dont elle jouit. L’entreprise est à la tête d’un vaste réseau de corruption… Pour empêcher le syndicat d’exister elle a monté un service secret de renseignements secrets digne d’un état. Vous avez vu qu’il y a actuellement en Corée une révolte contre la corruption. Eh bien c’est Samsung qui a donné l’argent. On fait une tournée en Europe car mobiliser en Corée ne suffit pas. Il faut qu’on alerte partout sur la question des leucémies d’origine professionnelles mais aussi sur la grande précarité dans laquelle Samsung contraint nombre de travailleurs »

Vient le tour de Sunghwan KIM  : Secrétaire général du SGS, Responsable de la délégation qui visitera l’Europe, a été licencié en novembre 1996 et a continué à lutter avec le groupe Samsung depuis 20 ans en tant que travailleur licencié. Du fait de ses luttes, il a été emprisonné pendant 3 ans et 10 mois. Il a été nommé en tant que prisonnier politique par l’Amnesty International en 2007 « Sans syndicat on ne peut pas revendiquer les droits. Samsung fonctionne comme une organisation criminelle et il est important de faire connaitre notre combat dans le monde. J’ai été licencié y a 20 ans nous étions moins organisés, il y avait moins de travailleurs syndiqués que maintenant. Je suis content enfin de vous rencontrer après tout ce temps… » Les témoignages s’enchainent.

Aejeong JUNG : Son mari, travailleur dans l’industrie des semi-conducteurs de Samsung est mort d’une leucémie en 2005. Elle a lutté depuis la perte de son mari jusqu’à actuellement pour demander les excuses et les mesures pour la prévention de récidive pour tous les travailleurs « Mon mari est mort de leucémie et déclarer la mort comme accident du travail c’est très difficile. Sans syndicat c’est un combat individuel pour trouver les preuves. Il faut faire tout un travail sur les semi-conducteurs et leur liste secrète de composants chimiques. Les dirigeants de SAMSUNG se cachent derrière le secret de fabrication. Ils peuvent le faire car il n’y a pas de mesure pas de l’état. 1 seul mort c’est grave mais sur le seul secteur des semi-conducteurs il y a eu 180 morts. Il n’y a pas de reconnaissance du crime, parce que c’en est un et nous on connait seulement les conséquences dans le secteur des semi-conducteurs…Les questions de la corruption, du contrôle des médias et des injustices, tout est lié. Cela fait 9 ans que je suis dans la rue. Je lutte depuis la mort de mon mari pas seulement pour lui mais pour l’ensemble des travailleurs…Grâce à nos luttes il y a plus de coréens informés et qui ont compris le problème…Samsung n’a peur de rien en particulier en Corée parce qu’il se sent fort à cause de ses liens avec le gouvernement. Il est donc stratégiquement important de sortir de Corée »

Jisook KIM  : Employée de Samsung, victime de la leucémie. Sa jeune sœur est morte d’une leucémie qui était une maladie professionnelle dans l’industrie des semi-conducteurs à Samsung SDI « Moi je suis obligée de travailler à la maison. Ma sœur et moi avons eu la leucémie. Ma sœur est morte et moi j’ai survécu…Je dois travailler à la maison en plus pour soigner ma maman malade. Dès que j’ai su que j’étais malade je suis allée voir le syndicat qui a manifesté à mes côtés et m’a soutenue. On connait la liste des produits nocifs mais il y a tellement de corruption que personne n’attaque Samsung. On n’a pas d’autre choix que de résister. On n’a même pas eu d’excuses de la direction. On a manifesté j’ai été blessée pendant la manif mais ce n’est pas grave ce qui est grave c’est que les coréens aient peur de la répression. C’est important qu’il y ait eu la manifestation en France et le soutien que nous avons reçu et que j’ai senti jusque dans les regards. A cause de la peur on n’a pas ça en Corée »

C’est au tour de Sungchul CHOI : Directeur de la PME BuilENG (une des petites et moyennes entreprises sud-coréenne sous-traitantes du géant). Il a créé son entreprise en 1978 et commencé à collaborer avec Samsung depuis le février 1980. En 2011, l’entreprise a été victime d’une faillite à cause d’un non-respect du contrat par Samsung « J’ai travaillé 30 ans en tant que directeur d’une entreprise sous-traitante de Samsung. Il faut bien comprendre que Samsung est la 1re entreprise de Corée. Chez nous les problèmes sociaux sont toujours liés à Samsung, y compris dans les PME. Il y a beaucoup de répression et c’est la direction qui décide le prix des produits et pas le marché. Il y a un black-out sur les mesures illégales que prend Samsung. Ça fait 20 ans que je suis dans la rue pour un problème lié aux grands médias. Samsung impose ses conditions aux PME et toutes les questions autour de la démission de la présidente est liée. Il faut bien comprendre que la publicité de Samsung inonde les médias et donc rien que par cela elle a le pouvoir. »

Après ce tour de table éclairant, Vasiliki MANAKOU, militante de la FSM, félicite les militants pour leur lutte particulièrement tenace et qui pose des questions si graves mettant en jeu la vie des salarié-e-s. Elle souligne alors l’importance de la solidarité internationale qui doit se manifester en luttant chacun dans son pays. Elle explique alors : « on a transmis le message au secrétaire général de la FSM Georges MAVREKOS qui est d’accord de rencontrer sans délai le secrétaire général de votre syndicat. Notre réalité est le même en France et en Europe où il y a aussi des morts par accident du travail ou des maladies professionnelles qui ne sont pas reconnues. En France il y a des luttes pour faire reconnaître le droit à la santé au travail et la question de l’amiante est emblématique de cela. On a affaire à un terrorisme patronal pour faire accepter ce qu’il faut bien appeler des crimes au travail. C’est la concurrence entre les groupes capitalistes qui produit cela ». Sans surprise son propos est approuvé sans réserve. Elle poursuit : « Le capitalisme nous attaque il faut qu’on réfléchisse à quel syndicalisme on a besoin au niveau mondial et national et la FSM veut répondre à cette question. Elle manifeste tous les jours dans les pays du monde pour la santé au travail comme pour tous les droits des travailleurs ».
Il ne faudra pas longtemps pour que ses propos soient confirmés. Dès le lendemain de l’entrevue le site de la FSM affichera une série de photos à l’appui d’une déclaration de soutien.

La rencontre durerait encore longtemps mais la délégation coréenne doit déjà repartir. En tous cas rendez-vous est pris de part et d’autres pour des initiatives communes futures de solidarité avec ces salarié-e-s qui font preuve d’un courage et d’une ténacité extraordinaires. Samsung ne restera pas impunie, en partant nous nous en faisons le serment.

A noter que les salariés de Samsung, profitant de leur venue en Europe et de leur passage prévu à Genève le 15 décembre prochain, ont demandé à être reçus à l’OIT (Organisation Internationale du Travail) où elle a son siège. Bien que leur lutte soit soutenue par les deux confédérations internationales, pour l’instant cela leur a été refusé !!


Participaient également à cette rencontre Keongok RIM : Responsable du secrétariat du SGS, femme de M. Sunghwan KIM
Byeongdong LEE : chargé aux organisations du comité des travailleurs du PDP (Parti Démocratique Populaire)
Yungha JIN : chargé aux relations internationale du comité des travailleurs du PDP

Ainsi que Saenal JEONG, Interprète-traductrice français-coréen, Membre du secrétariat du Forum Coréen International que Rouge Midi remercie non seulement pour ses traductions pendant la rencontre mais aussi pour son aide précieuse à la réalisation de cet article


[1les derniers chiffres connus sont de 489 000. Cf Wikipedia



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