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Fidji : le coup d’Etat a révélé la fracture raciale

vendredi 8 décembre 2006

Le coup d’Etat qui a mis fin mardi au gouvernement élu des Fidji montre la persistance des tensions raciales dans le petit archipel du Pacifique Sud, déchiré entre une majorité indigène et une forte minorité d’origine indienne.

Très peu de Fidjiens "de souche", qui forment environ la moitié des quelque 900.000 habitants, soutiennent le putsch orchestré par le chef de l’armée, Voreqe Bainimarama. Le contre-amiral est lui-même un Fidjien d’origine mélanésienne mais il se présente comme le défenseur de la minorité ethnique indienne, qui représente 37% environ de la population.

Le Premier ministre démis, Laisenia Qarase, un nationaliste fidjien, n’avait en revanche pour seule base électorale que les indigènes. Lors des dernières législatives en mai, qu’il a remportées de justesse, il avait rassemblé la quasi-totalité des suffrages mélanésiens tandis que les Indiens s’étaient très majoritairement portés sur son opposant, le travailliste indo-fidjien Mahendra Chaudhry.

En annonçant mardi qu’il avait pris le contrôle du pays, le contre-amiral Bainimarama a dit vouloir "combler le fossé racial sans cesse grandissant qui assaille actuellement notre pays multiculturel".

Le nouvel homme fort de l’archipel a remisé un projet d’amnistie de l’ancien chef du gouvernement, qui visait à pardonner aux auteurs d’un coup d’Etat en 2000 qui avaient renversé le premier chef de gouvernement d’origine indienne.

En 1987, deux coups d’Etat consécutifs avaient déjà visé la minorité. En mai, le colonel Sitiveni Rabuka renversait le gouvernement de Timoci Bavadra, un Fidjien de souche qui s’était allié avec la communauté indienne. En septembre de la même année, le même colonel Rabuka perpètrait un second putsch et faisait adopter une Constitution consacrant la suprématie politique des Fidjiens d’origine mélanésienne sur la minorité indo-fidjienne.

"Il y a trop de haine... Une trop grande importance est accordée aux intérêts des indigènes", a admis jeudi le Premier ministre Jona Senilagakali, installé par les militaires. "Nous avons acquis un état de développement en grande partie grâce aux efforts de la communauté indienne et je le respecte pleinement", a-t-il ajouté.

Les Indo-Fidjiens dominent dans la communauté d’affaires mais sont également représentés parmi les plus pauvres, les planteurs de canne à sucre travaillant sur de petites exploitations et des milliers d’autres qui ont perdu les terres, remises aux indigènes à l’expiration des baux coloniaux.

Les Indiens avaient été amenés aux Fidji par les Britanniques à partir du début du XIXe siècle afin de travailler dans les plantations de cannes à sucre. La colonie décourageait les contacts entre les Mélanésiens, habitants principalement dans des villages, et les Indiens, qui vivaient pour la plupart dans les villes ou les exploitations agricoles.

Les deux communautés sont également divisées par la religion : les Mélanésiens sont surtout chrétiens tandis que les Indiens sont hindous ou musulmans.

Linsay avec AFP

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