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Médecins du Monde s’alarme de la situation des migrants à Calais
samedi 9 décembre 2006
Des femmes et des enfants "à la rue", des conditions d’hygiène "épouvantables", des arrestations "continuelles" mais "sans effet à long terme" : un rapport de Médecins du Monde (MDM) dévoilé vendredi dresse un constat accablant de la situation des migrants à Calais.
Estimés par l’organisation non gouvernementale à au moins 300 en permanence dans la ville, sans compter les squats dans la région, les migrants (Afghans, Irakiens, Kurdes, Soudanais, Ethiopiens, notamment) continuent, depuis la fermeture le 5 novembre 2002 du centre d’hébergement de la Croix-Rouge à Sangatte, à affluer dans l’espoir de rejoindre l’Angleterre.
A Calais, ils survivent dans des conditions "épouvantables", selon MDM : "Il n’y a pas de sanitaires, les déchets s’accumulent et les rats envahissent" les "abris de fortune" occupés par les migrants. L’association s’inquiète aussi de la présence parmi eux de "femmes accompagnées d’enfants en bas âge, de femmes enceintes, de convalescents et de beaucoup de mineurs".
Les migrants souffrent des pathologies que l’on "retrouve habituellement chez les personnes qui vivent dehors", écrit MDM qui aide les migrants depuis 2003, et, depuis 2006, avec un médecin et une infirmière sur place cinq jours sur sept.
Mais, selon l’ONG, le "volet traumatologie" est "plus lourd" à cause notamment des chutes des camions dans lesquels ils embarquent clandestinement, des rixes entre-eux ou des accidents quand ils tentent d’échapper aux policiers.
"En raison des risques qu’ils prennent pour passer en Angleterre, des rixes qui éclatent et de leurs conditions de vie, beaucoup doivent être hospitalisés", poursuit MDM, qui regrette leur renvoi de l’hôpital "avant qu’ils ne soient suffisamment rétablis pour affronter la rue".
Aux rixes entre passeurs s’ajoutent des arrestations "continuelles" et la destruction fréquente des taudis que se constituent les migrants.
Des actions policières "sans effet à long terme", selon MDM. "Quel que soit l’accueil qu’on leur réserve et tant que la situation n’aura pas évolué dans leur pays d’origine, les migrants continueront d’arriver".
L’ONG juge "indispensable" la mise ne place d’une "antenne d’orientation qui regrouperait l’ensemble des services aux migrants" et un centre d’hébergement d’urgence pour mineurs étrangers isolés. Entre juillet et septembre 2006, "40% des consultations se sont adressées à des migrants qui se déclaraient mineurs", rappelle-t-elle.
Elle se félicite toutefois de l’ouverture début décembre d’une permanence d’accès aux soins de santé (Pass) à l’hôpital de Calais, à destination des Calaisiens sans couverture maladie, donc aussi des migrants.
"Il est important que l’Etat et les collectivités territoriales (...) cessent de se décharger sur des associations locales pour prendre en charge l’inacceptable", conclut MDM.
"On attend de ce rapport qu’il fasse émerger un certain nombre de solutions, comme les +lits halte santé+, qui permettent qu’une personne plâtrée ne soit pas forcément à la rue après son hospitalisation. Ou encore des réponses des pouvoirs publics pour les populations les plus fragiles : les mineurs isolés, les enfants très jeunes ou les femmes enceintes", a expliqué à l’AFP le référent de MDM sur la question des migrants, Fabrice Giraux.
Interrogée par l’AFP, une source policière a "regretté" de ne pas avoir été interrogée par Médecins du Monde. "Cette année nous avons sorti 5.000 migrants des squats insalubres, pour les placer dans des centres d’hébergements décents", a ajouté cette source.
Linsay avec AFP
Rouge Midi