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Visite agitée pour Condoleezza Rice en Angleterre.

dimanche 2 avril 2006

La chef de la diplomatie américaine Condoleezza Rice a poursuivi samedi une visite de deux jours à Blackburn, dans le nord-ouest industriel de l’Angleterre, qui a viré au cauchemar médiatique, rien ne s’étant vraiment déroulé comme prévu.

Quelque 200 personnes ont encore bruyamment manifesté samedi contre sa présence à Blackburn, où Mme Rice était l’invitée de son homologue britannique Jack Straw pour ce qui devait être au départ une agréable découverte de l’Angleterre. M. Straw rendait ainsi à Mme Rice son invitation à découvrir l’Alabama (sud des Etats-Unis) en octobre dernier.

Mais les manifestants l’ont suivie pendant deux jours. Samedi, massés à proximité de la mairie de Blackburn, il l’ont huée lorsqu’elle y est arrivée en milieu de matinée.

Certains manifestants portaient des combinaisons orange et avaient le visage caché dans des sacs, référence au traitement des prisonniers de Guantanamo. D’autres, dont des femmes portant le voile islamique, brandissaient des banderoles affirmant "guerre contre le terrorisme = guerre contre l’islam".

"Condi, combien d’enfants as-tu tué aujourd’hui ?", scandaient certains.

Blackburn, dont M. Straw est député, compte 20% de musulmans, et la guerre en Irak y a été très mal ressentie par une partie de la population.

Dès le début de la visite de Mme Rice, les problèmes se sont multipliés.

Une rencontre avec l’ancien Beatles Paul McCartney n’a pu avoir lieu. Une visite dans une école s’est déroulée en l’absence de nombreux élèves, leurs parents préférant les garder à la maison en signe de protestation.

Mme Rice n’a pu assister à un match de l’équipe de football de Blackburn, décalé à lundi soir pour cause de meilleure retransmission télévisée. Elle donc du se contenter d’une brève cérémonie dans un stade de 32.000 places, vide, pour la remise d’un maillot de l’équipe locale à son nom.

De la même façon, la visite d’une mosquée de Blackburn a été annulée, l’invitation ayant été retirée peu avant son arrivée.

Et comme si cela ne suffisait pas, la secrétaire d’Etat américaine s’est elle même attirée les gros titres de la presse en affirmant vendredi que les Etats-Unis avaient commis "des milliers" d’erreurs tactiques en Irak.

"Je sais que nous avons fait des erreurs tactiques, des milliers, j’en suis sûre", a-t-elle déclaré. "Mais quand on regarde en arrière, sur un plan historique, ce que l’on juge c’est le fait d’avoir pris ou non les bonnes décisions stratégiques", a-t-elle ajouté.

Samedi, lors d’une conférence de presse elle a essayé de rectifier le tir, expliquant qu’elle avait parlé de "manière figurative". "Je n’étais pas assise à compter", a-t-elle voulu plaisanter.

Et sur la BBC, elle s’est bien gardée de répéter le chiffre "milliers", ajoutant que si "des erreurs" avaient été commises en Irak, cela ne concernait pas le renversement de Saddam Hussein ou la libération des "forces de la démocratie au Moyen-Orient".

"Bien sûr qu’il y a eu des erreurs. Mais ce n’était pas une erreur de renverser Saddam Hussein, ce n’était pas une erreur de déclencher les forces de la démocratie au Moyen-Orient", a-t-elle insisté.

Samedi, Mme Rice a rencontré des représentants de la communauté musulmane et visité la cathédrale de Blackburn, avant de retourner à Liverpool découvrir le musée maritime. Elle s’est dite ravie de l’"accueil chaleureux" reçu.

M. Straw a de son côté souligné, lors de leur conférence de presse commune, que de nombreuses personnes avaient également tenu à marquer "spontanément" leur soutien à Mme Rice, preuve selon lui des "sentiments positifs, du soutien et de l’affection" suscités par la visite de la secrétaire d’Etat américaine.

Et il a minimisé la taille des manifestations hostiles à Mme Rice, ajoutant à l’adresse des organisateurs : "s’ils m’avaient demandé (de les aider), j’aurais fait mieux pour eux."

Pendant ce temps on apprenait que le gouvernement britannique tiendrait une réunion secrète lundi 3 avril avec les responsables de ses forces armées pour discuter d’éventuelles frappes aériennes contre l’Iran, a rapporté le Sunday Telegraph, citant un haut responsable des Affaires étrangères.

La tenue d’une telle réunion, pour étudier les conséquences de frappes pour détruire la capacité de l’Iran à fabriquer la bombe atomique, selon le journal, a été démentie par un porte-parole du ministère de la Défense.

"Il n’y a aucun briefing avec le Premier ministre et les membres du gouvernement et il n’y a pas non plus de plans pour un tel briefing", a déclaré le porte-parole.

Le haut responsable cité par la Sunday Telegraph a estimé que des frappes aériennes, sous conduite américaine, seraient "inévitables" au cas ou l’Iran ne se plierait pas à l’injonction mercredi du Conseil de sécurité de l’Onu de mettre fin à ses activités d’enrichissement de l’uranium dans les 30 jours.

Les Etats-Unis espèrent qu’une éventuelle opération militaire aurait un caractère multinational, mais les responsables britanniques de la Défense estiment que Washington est prêt en cas de besoin à lancer seul des frappes aériennes ou avec l’aide des Israéliens, affirme encore le Sunday Telegraph.

Selon la source cité par le journal, l’opération serait limitée à des frappes aériennes contre les installations nucléaires iraniennes, une invasion du style de celle de l’Irak étant pour l’instant exclue.

"La réunion de lundi tentera de prévoir les conséquences pour la Grande-Bretagne d’une telle attaque" notamment sur les intérêts britanniques en Irak et en Afghanistan, a ajouté cette source.

"Il n’y aura pas d’invasion de l’Iran, mais les sites nucléaires seront détruits. Ce n’est pas quelque chose qui se produira de manière imminente. (Ce sera) peut être cette année, peut-être l’année prochaine", a encore déclaré la même source, qui a fait valoir que l’attaque israélienne en 1981 contre le réacteur nucléaire irakien d’Osirak avait montré qu’"une opération limitée constituait la meilleure option militaire".

La secrétaire d’Etat américaine Condoleezza Rice a refusé d’écarter l’utilisation de la force contre l’Iran même si cela n’est pas pour l’instant d’actualité.

Linsay avec AFP

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