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Dick Cheney au Kazakhstan pour le "Grand Jeu" de l’énergie en Asie centrale.
mardi 9 mai 2006
La visite du vice-président américain Dick Cheney vendredi au Kazakhstan est l’occasion pour Washington de placer ses pions en Asie centrale, au coeur d’un vaste jeu géopolitique avec à la clé le contrôle de l’accès aux ressources d’hydrocarbures de la région.
"C’est le Grand Jeu du XXIème siècle en Asie centrale, il va essayer de convaincre les Kazakhs d’exporter les ressources de la Caspienne vers l’ouest, pour faire barrage à la Chine" et à la fois court-circuiter le quasi-monopole de la Russie sur les routes des hydrocarbures, observe Chris Weafer, stratégiste de la banque Alfa à Moscou.
Washington a intérêt à encourager le développement de l’industrie des hydrocarbures au Kazakhstan, l’un des rare pays au monde à disposer de capacités d’extraction en réserve, et au Turkménistan, aux grandes réserves de gaz, pour alimenter le marché mondial et contenir ainsi les prix des hydrocarbures.
Dick Cheney a mis en garde jeudi la Russie contre toute pression politique qu’elle pourrait exercer grâce à son contrôle sur les gazoducs et oléoducs dans l’espace post-soviétique.
"Il n’y a pas de cause légitime qui puisse justifier l’utilisation du gaz et du pétrole comme instruments de manipulation et de chantage", a affirmé le vice-président américain à Vilnius.
M. Cheney qui a parlé énergie avec le président kazakh Noursoultan Nazarbaïev, a dû insister sur une diversification des voies d’exportation hors de l’emprise russe, notamment le renforcement de l’oléoduc existant CTC entre le gisement kazakh de Tengiz et le port russe de Novorossiïsk, qui est contrôlé par un consortium comprenant plusieurs société américaines.
Les Etats-Unis veulent aussi convaincre le Kazakhstan de se raccorder à l’oléoduc BTC et au gazoduc attenant qui relient déjà les gisements de Bakou, sur la côte azerbaïdjanaise de la Caspienne, à la Turquie en passant par la Géorgie et en évitant la Russie.
Le Kazakhstan avait déjà donné son accord pour transporter ses livraisons pétrolières par tanker vers Bakou, sur la côte occidentale de la Caspienne, mais Astana évoque désormais la construction d’un gazoduc sous cette mer, qui formerait un nouveau couloir d’exportation vers l’Europe.
Ce gazoduc, au coût estimé de 5 milliards de dollars, a justement été évoqué par le commissaire européen à l’Energie Andris Piebalgs avec le ministre kazakh de l’Energie Bakhtykoja Izmoukhambetov jeudi dans la capitale kazakhe.
"Nous soutenons la création d’un quatrième corridor pour le transport de gaz vers les pays européens", a dit M. Piebalgs, cité par l’agence Interfax.
La participation indispensable à ce projet de l’Azerbaïdjan a sans doute été évoquée la semaine dernière lors d’une visite du président azerbaïdjanais Ilham Aliev à Washington.
Cependant, estiment les analystes de la Deutsche Bank UFG à Moscou, le gazoduc transcaspien ne devrait pas être construit pendant cette décennie.
Moscou a déjà fait entendre sa mauvaise humeur face aux tentatives de court-circuiter le quasi-monopole sur les ressources gazières d’Asie centrale qu’a mis en place le géant gazier russe Gazprom et dans une moindre mesure le contrôle russe sur les routes du pétrole.
"On essaie de nous freiner sous le moindre prétexte ou bien au Nord, ou bien au Sud, ou bien à l’Ouest", a déclaré Vladimir Poutine fin avril.
Pendant ce temps, la Chine, dont les besoins en énergie vont toujours croissants, a déjà remporté une partie puisque le premier oléoduc transfrontalier vers son territoire a été mis en service la semaine dernière depuis l’est du Kazakhstan.
Linsay avec AFP
Rouge Midi