Les horodateurs, une question de fond

lundi 11 avril 2005
par  Charles Hoareau
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Depuis une semaine ils sont sous les feux (et parfois sous les coups !) de l’actualité. Partie du 7e où au rythme où ils sont installés il n’y aura bientôt plus une place gratuite, leur célébrité est en train de gagner la ville où les habitants se demandent avec un mélange de colère et d’angoisse quand viendra leur tour. Est ce que se battre contre leur mise en place relève de l’égoïsme personnel ou de l’intérêt collectif ? Est ce que ce combat vaut la peine ? Faut-il - comme le fait Rouges Vifs - exiger la gratuité totale du stationnement ?

Pour répondre à ces questions il faut considérer 2 aspects : celui des conditions de la mise en place sur Marseille de ces « mangeurs de pièces » et celui plus général de la question des déplacements dans toute ville, donc du service des transports, du stationnement des véhicules, des problèmes écologiques posés.

1 Les conditions propres à Marseille

Au conseil municipal de décembre, les groupes socialistes et communistes qui ont voté contre se sont appuyés à juste titre sur les conditions inacceptables de l’instauration du stationnement payant. En effet, la ville, au lieu d’augmenter au préalable l’offre de transports en commun, de multiplier les parkings municipaux, fait exactement le contraire en expliquant avec un aplomb incroyable que c’est avec l’argent des parcmètres que l’on va financer un tramway qui double le trajet du métro sans même aller jusqu’à Bougainville ! Dans ces conditions l’installation des machines est un véritable racket organisé.

Quand en plus on regarde le prix prévu au départ l’opposition municipale a bien raison de parler de tarif prohibitif.

De plus comme nous l’apprennent les traminots tout se passe comme si les travaux étaient utilisés pour casser les lignes de bus les plus performantes en nombre de voyageurs transportés (31, 81, 41..). Au lieu de développer les trolleys (voir à ce sujet l’excellente contribution parue sur le forum lié à la pétition) moyen écologique particulièrement adapté à la topographie marseillaise, on se lance dans un tramway de prestige particulièrement onéreux et que bien sûr, on veut confier au privé :on voudrait casser la RTM pour mieux la privatiser ensuite qu’on ne s’y prendrait pas autrement.

Mais alors si les conditions avaient été autres y aurait-il pu y avoir une instauration acceptable du stationnement payant ?

2 Gratuité or not gratuité, telle est la question ?

Tout d’abord il convient de rappeler sur cette question la position des groupes socialiste et communiste au conseil municipal de décembre :

Monsieur Robert BRET (PCF). : [...] utiliser prioritairement les parkings pour les véhicules des résidants afin de les retirer du stationnement en voirie, le tout à des prix accessibles pour tous.

Monsieur Michel PEZET (PS) : [...] Sur le principe du stationnement payant, clairement, en ce qui concerne le Groupe Socialiste, nous sommes pour.

A partir de là la question est posée : que veut dire « un prix accessible pour tous » dans une ville et un département qui battent des records en matière de chômage et de RMI et à un moment où partout monte très fort et à juste titre les revendications salariales. Comment et pourquoi dire que l’on est pour le paiement du stationnement ? Au nom de l’écologie ? Parce qu’il n’y aurait pas d’argent dans les caisses ? Au nom de la citoyenneté ?

Tout le monde est d’accord pour dire que la situation actuelle ne peut plus durer : ville engorgée et pollution s’ajoutent et attentent à la qualité de vie des Marseillais. Mais à qui la faute ? Pour ne pas trop déplaire aux lobbies pétroliers (dont au passage on remarquera qu’ils font partie des multinationales les plus riches du monde) et sans doute aussi parce que la manne du pétrole est aussi une manne pour les gouvernements qui depuis des années taxent lourdement l’essence, on a favorisé le tout voiture au détriment des transports en commun malgré les cris d’alerte multiples.

Ce n’est pas un problème spécifique à Marseille mais cela est particulièrement vrai dans notre ville. Quel était le grand chantier urbain de transports avant la période actuelle ? Le tunnel Prado Carénage que l’on s’est empressé de déléguer au privé faisant de ce tronçon le 1er péage urbain de France. Là encore la même logique, sélectionner par l’argent et céder au tout voiture.

Comme le faisait justement remarquer un participant à notre réunion de samedi il y avait à Marseille un tramway qui allait d’Aubagne à Aix et maintenant Renaud Muselier déclare que l’on ne peut pas « pour des raisons techniques » le faire aller jusqu’à St Antoine !

Faire payer le stationnement ne résout rien du tout car les plus fortunés continueront à utiliser leur voiture, stationner où ils le désirent et les autres devront soit l’abandonner, soit déménager. A 100ââ€Å¡¬, voire 135ââ€Å¡¬ par mois (prix annoncés pour les parkings résidents) c’est un véritable sur loyer que l’on impose aux propriétaires de voiture.

Il faut redire qu’au même titre que l’eau ou l’énergie, le droit aux transports est un droit inaliénable de l’homme et qu’à ce titre on ne peut le laisser aux appétits du privé. Il doit donc relever exclusivement du service public et être contrôlé par la nation.

Pour désengorger Marseille et la rendre plus respirable il faut avancer vers la gratuité de transports développés, multiplier les parkings municipaux gratuits, augmenter, en accord avec la population et en particulier ceux qui travaillent au centre ville, les zones authentiquement piétonnes.

Un tant soit peu de bon sens milite pour ces solutions...est ce à dire que la municipalité en est dépourvue ? Non bien au contraire, elle a le sens des affaires et de la suite dans les idées, quand on voit ce qui se passe rue de la République et ailleurs sur les questions du logement, quand on voit dans la presse Mr Gaudin se réjouir du fait que, les loyers augmentant, ils vont bientôt rattraper ceux de Paris, on ne doute pas un instant de cette logique municipale visant à déloger de la ville les gens modestes et jusqu’aux classes moyennes.

3 A-t-on l’argent de nos ambitions ?

Il reste la question des finances me direz-vous. Comment financer cette gratuité revendiquée ?
Ou plus exactement quel est le moyen le plus équitable de la financer ?
La sélection par l’argent ne peut être un moteur écologique. Pour qu’une ville ait des moyens il faut qu’elle crée des richesses et particulièrement pour Marseille qu’elle commerce équitablement avec d’autres viles nationales et internationales.

Il faut développer le port, poumon historique de la ville et non vouloir, à son détriment, injecter des milliards pour des courses de voiliers de luxe comme cela a failli être le cas pour l’América Cup.

Il faut se battre pour l’emploi à Nestlé et ailleurs toutes choses que ne fait pas l’équipe municipale actuelle.

L’emploi est non seulement un apport financier par l’impôt local que paient les sociétés (et que le gouvernement voudrait remettre en cause !) mais il est une source de mieux vivre pour les habitants et la population.

De même dans un pays où en 10 ans la part des salaires dans le PIB a diminué de 150 milliards d’euros par an (voir rapport FRIOT dans la rubrique Protection sociale), il est évident que l’on a là une masse de financement possible,
Un chômeur qui retrouve du travail ou un salarié augmenté ne vont pas spéculer mais faire vivre le commerce local. Au passage soulignons s’il en était besoin l’aggravation que subirait ce dernier, si les parcmètres étaient maintenus, face à la concurrence déjà déloyale qu’il subit de la part d’ hypermarchés équipés,eux, de parkings gratuits...

Est posée aussi la question du calcul de l’assiette des impôts locaux, de leur répartition et des choix budgétaires de la ville. Cette question des horodateurs porte en elle-même la question du projet de ville, en un mot où va Marseille ?



Commentaires

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dimanche 17 avril 2005 à 11h41 - par  Julie
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mardi 12 avril 2005 à 10h23 - par  NIKONOS