Electricité : oui au tarif réglementé, par Xavier Pintat

samedi 20 janvier 2007
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Quand des gens de droite font ce genre de déclaration - même si on ne partage pas tous les aspects de l’argumentation - on aurait tort de s’en priver ! Un exemple concret d’une bataille des idées qui marque des points jusque chez l’adversaire...

La création du marché européen de l’électricité repose sur un postulat : le libre jeu de la concurrence conduira à une baisse générale des prix. L’approche est dogmatique : la Commission européenne a oublié que s’il en est ainsi dans certains secteurs c’est parce que les systèmes productifs des différents compétiteurs finissent, sous l’aiguillon de la concurrence, par converger en s’alignant, à long terme, sur le schéma technologique et organisationnel le plus efficient. Ce qui rapproche le prix d’équilibre du marché du coût moyen le plus bas. Cette théorie néoclassique s’applique bien, par exemple, à l’industrie automobile, mais il en va très différemment dans le secteur de l’électricité.

De fait, le produit « électricité » présente deux singularités qui le distinguent des autres matières premières :

- il n’est pas stockable (à l’exception, limitée, des barrages hydroélectriques), d’où la nécessité d’un équilibre instantané et continu entre la production et la consommation ;

- dans la courte période, la demande d’électricité est pratiquement inélastique par rapport au prix.

Ces deux caractéristiques se traduisent par une extraordinaire volatilité - sans équivalent dans l’univers économique - du prix de court terme de l’électricité sur un marché ouvert à la concurrence. Face à certains pics de consommation, le maintien de l’équilibre mobilise les moyens de production dans un ordre de préséance économique où l’ajustement marginal se fait avec les moins performants, donc les plus coûteux. La préservation de l’équilibre instantané du système impose ainsi que le prix de marché assure au moins la couverture du coût marginal de court terme de la centrale électrique de pointe la moins performante. Donc qu’il se cale sur les coûts les plus élevés au sein du parc de production nécessaire à la satisfaction de la demande ! Evidemment, les producteurs les plus efficients réalisent alors des super-bénéfices qui pèsent sur les ménages et les entreprises.

Qu’en sera-t-il sur le marché européen ? Concrètement, le prix de l’électricité tendra à se caler sur les coûts de la centrale au charbon ou au gaz la moins performante, permettant en parallèle aux producteurs d’électricité nucléaire de réaliser des profits considérables. Car l’électricité nucléaire bénéficiera durablement d’un avantage comparatif en termes de coûts (29 euros le MWh, contre 36 à 49 euros pour les centrales thermiques à charbon). Compte tenu du parc français de production, nos concitoyens ont tout à perdre d’un basculement vers la concurrence qui les obligera à payer l’électricité au prix - élevé - du marché.

Rien ne permet de croire que la suppression des tarifs réglementés et le parachèvement du marché susciteraient au cours des prochaines années un mécanisme vertueux de généralisation de la technologie la moins coûteuse qu’est le nucléaire. Aujourd’hui, celui-ci représente 35 % en moyenne de l’électricité produite dans l’Union européenne (30 % en Allemagne, 24 % au Royaume-Uni, 27 % en Espagne, 0 % en Italie). La France, avec 80 %, présente un profil totalement atypique. Or pour que les mécanismes concurrentiels aient quelque chance de fonctionner sur un marché où la demande de court terme est incompressible, il faudrait qu’il y ait un nombre d’« offreurs » suffisant.

Même si l’énergie nucléaire sortait de la sphère publique où elle est cantonnée en France, ce qui n’est sans doute pas souhaitable, elle demeurerait inaccessible à la plupart des producteurs privés. D’où un probable cartel entre deux ou trois opérateurs, qui ne laisserait à l’aiguillon de la concurrence aucune capacité d’influencer le prix du kWh.

Le nucléaire ne pouvant se généraliser à grande échelle dans les prochaines décennies, l’alignement par le bas des coûts de production grâce au marché est illusoire. La référence aux vertus de la concurrence relève donc de la pétition de principe, à caractère incantatoire. Les kWh nucléaires continueront à être produits au prix de revient le plus faible, par des monopoles ou oligopoles fermés, souvent publics. Seuls des tarifs réglementés basés sur le coût moyen permettraient aux consommateurs de continuer à bénéficier de cette compétitivité : leur suppression va provoquer une explosion des prix et des marges des producteurs d’électricité, insupportable pour les entreprises et ménages français.

Certes, le tarif réglementé dans un seul pays présente l’inconvénient de fermer le marché aux concurrents d’EDF, entreprise qui n’est pas absente des autres marchés européens. Dans ce contexte, il était nécessaire d’envisager des mesures correctives appropriées, telles que la définition d’un mode de gouvernance des tarifs garantissant leur adéquation aux coûts de production à financer, ou encore l’ouverture, aux détaillants concurrents de l’opérateur historique, du droit de bénéficier d’un tarif réglementé « de gros », afin de susciter une concurrence sur la commercialisation en bout de chaîne.

Les défis auxquels nous sommes confrontés imposent que le dogmatisme laisse enfin la place au pragmatisme. Il est encore temps de tenter de ramener Bruxelles à la raison.

Source LE MONDE

Transmis par Linsay


Xavier Pintat, sénateur UMP de la Gironde et président de la Fédération nationale des collectivités concédantes et régies.



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mercredi 24 janvier 2007 à 14h38 - par  Haguenauer

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