Israël réclame un statut de quasi membre de l’Union Européenne

jeudi 12 juin 2008
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Le mois passé Jean Paul nous avait envoyé un premier article sur ce sujet dont personne ne parlait à l’époque...et l’animateur du site l’a oublié dans un coin de son ordinateur....Récemment un coin du voile de cette affaire se soulève. jean Paul a donc repris et complété son article initial : toutes nos excuses à notre métronome de l’actualité internationale...

En avril 2002, la majorité du Parlement européen avait relayé la demande des associations de soutien au peuple palestinien en adoptant une résolution pour la suspension de l’accord de coopération entre l’Union européenne et Israël en application de la clause « droits de l’homme » de cet accord. L’objectif de ce vote était de faire pression sur le gouvernement israélien pour qu’il respecte ses engagements et se conforme aux lois internationales et aux droits de l’homme. Ni le Conseil des ministres, ni la Commission européenne n’avaient voulu appliquer cette décision pour ne pas mécontenter Israël.

La situation tourne au cauchemar

Plus de six ans après, la situation s’est considérablement aggravée dans la région ; les Palestiniens subissent le blocus, une répression de plus en plus violente, des atteintes permanentes aux libertés fondamentales de se déplacer, d’étudier, de se soigner, sans oublier la construction du « mur de la honte » et la poursuite de la colonisation. Une délégation du Parlement européen, conduite par Véronique de Keyser, députée socialiste belge, est revenue le 3 juin d’une mission en Israël et dans les territoires palestiniens. Elle a conclu que la situation en Palestine est globalement mauvaise sur le plan économique et sécuritaire. A Gaza, la situation tourne au cauchemar, en raison des « conséquences révoltantes » de l’embargo contre ce territoire et des pratiques israéliennes qui privent Gaza des éléments essentiels à la vie de la population.

De retour de Gaza, le prix Nobel de la paix sud-africain, Mgr Desmond Tutu, qui conduisait une mission du Conseil des Nations unies pour les droits de l’homme, a décrit « une situation abominable à Gaza ». Il a déploré « le silence et la complicité de la communauté internationale » face à cette situation. L’avocate et universitaire britannique, Christine Chinkin, qui faisait partie de cette mission, a estimé qu’Israël pourrait être tenu responsable d’un « crime de guerre » pour ce drame et « peut-être d’un crime contre l’humanité ».

Cette situation catastrophique ne semble pas émouvoir les gouvernements occidentaux, ni les autorités européennes. Bien au contraire ! L’Etat israélien continue à bénéficier d’un soutien total qu’il considère comme un encouragement à poursuivre la même politique d’occupation et de répression.

Un exemple récent parmi d’autres. En 2004, l’Union européenne a lancé une nouvelle politique dite de « voisinage » (PEV) en direction des pays de l’Est et des pays méditerranéens, dont Israël. Chaque année, la Commission européenne élabore des rapports de « progrès » pour les pays bénéficiaires dont la présentation a été faite le 3 avril devant la presse par la commissaire aux relations extérieures, Benita Ferrero-Waldner. Elle s’est félicitée des « avancées » enregistrées en 2007 dans la mise en œuvre des plans d’action. Pour remercier certains pays « méritants », comme l’Ukraine et le Maroc, elle a promis une augmentation pour 2008 de leurs allocations au titre de la « facilité de gouvernance ».

Un statut spécial pour Israël ?

Israël a eu droit à un traitement de faveur ; la commissaire a annoncé qu’un groupe de travail examinait les domaines dans lesquels les relations avec l’Union européenne pourraient acquérir un « statut spécial ». Il s’agirait en particulier d’approfondir le dialogue politique et d’associer plus étroitement Israël à l’économie et au marché européens ainsi qu’à un certain nombre de politiques communautaires. C’est presque la première marche d’une future adhésion d’Israël à l’Union européenne ! La commissaire confirme qu’un processus est engagé pour une « revalorisation » (upgrading) de la position d’Israël vis-à-vis de l’Union européenne. Effectivement, des négociations se déroulent actuellement dans le plus grand secret (sans consultation, ni information du Parlement européen et des parlements nationaux) sur la base « d’un cahier de revendications » soumis par le gouvernement israélien fin 2007 concernant ses relations avec l’Union européenne.

Il n’a pas hésité à demander à participer comme observateur aux réunions du Conseil des ministres et à être intégré dans les mécanismes communautaires dans les domaines politique, économique, de sécurité, de régulation et de gestion du marché intérieur ainsi que dans l’essentiel des programmes communautaires. Il souhaite être membre de toutes les agences spécialisées et participer aux travaux de normalisation. Il demande aussi à être intégré dans les travaux internes sur les marchés des capitaux et les services financiers dont il fait un « thème clé » significatif de la « revalorisation » souhaitée. Sa participation devrait concerner les énergies renouvelables, les transports, les médias, la jeunesse, l’enseignement supérieur et la culture. Pour les politiques de l’emploi et les politiques industrielles, il se « contenterait » d’une concertation structurée. Bien entendu, ce statut spécial devrait s’accompagner d’une structure parlementaire conjointe.

Si l’on s’en tient aux propos de la commissaire, on comprend qu’Israël serait en train d’obtenir satisfaction, du moins de la part de la Commission car il semblerait qu’au Conseil certains pays n’y seraient pas favorables. Ils auront l’occasion de s’exprimer au prochain Conseil des ministres des Affaires étrangères des 27 et du Conseil d’association UE-Israël le 16 juin. La mise en œuvre de ce « statut spécial » pour Israël au sein de l’Union européenne prolonge les récentes décisions du gouvernement français. En janvier 2008, il a signé avec Israël un accord de reconnaissance mutuelle qui permettra aux sociétés israéliennes d’intégrer la Bourse française sans avoir été soumis aux vérifications de régulateurs. Cet accord boursier pourrait être étendu à toute l’Union européenne. Des programmes de recherche-développement ont été mis en place, notamment dans le domaine militaire. On parle même de la participation d’une unité de Tsahal (armée israélienne) au défilé militaire du 14 juillet 2008.

Solidarité avec la lutte du peuple palestinien

Au lieu de jouer un rôle positif pour essayer de débloquer le processus de paix, au lieu de condamner et de sanctionner l’Etat israélien qui poursuit sa politique de colonisation et de répression et refuse de respecter ses obligations à l’égard du droit international, la Commission européenne le récompense et renforce sa coopération. La Commission célèbre à sa façon le 60e anniversaire de l’occupation de la Palestine par Israël qui a entraîné l’exil de plus de 800 000 Palestiniens (Naqba) !

Nous devons dénoncer avec plus de force cette complicité avec l’Etat israélien. Nous devons réaffirmer notre soutien à la lutte du peuple palestinien, poursuivre l’action pour lever le blocus imposé à Gaza, arrêter la colonisation et démanteler les colonies de peuplement, libérer les prisonniers politiques palestiniens, mettre à bas le « mur de la honte », mettre fin à l’occupation des territoires palestiniens conquis en 1967 et créer un Etat palestinien viable avec Jérusalem-Est comme capitale.



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lundi 16 juin 2008 à 17h21 - par  amira

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