Les causes de la pauvreté mondiale

dimanche 1er novembre 2009
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La journée du 17 octobre a été le jour international pour l’éradication de la pauvreté, ce qui fut le motif d’un nombre élevé de conférences sur la pauvreté, qui pour quelques jours fut un sujet visible dans les moyens de communication les plus importants du monde, bien qu’en Espagne une telle visibilité fut limitée. Dans les pays développés s’accentua, une fois de plus, la nécessité d’ “aider” les pays pauvres, incluant l’envoi d’aliments et de fonds. Aussi s’accentua dans différents forums internationaux la nécessité de transférer des connaissances et des nouvelles technologies des pays riches aux pauvres pour augmenter la pauvreté de leurs secteurs agricoles, les plus importants dans leurs économies.
Cet intérêt médiatique sur le sujet de la pauvreté se répète année après année à ces dates. Et pendant ce temps, huit millions d’enfants meurent chaque année de malnutrition (un chaque deux secondes), l’équivalent des morts que causèrent 43 bombes atomiques comme celles lancées à Hiroshima, bombes qui explosent chaque année sans produire aucun bruit. En réalité un tel nombre de morts fait partie de la réalité qui nous entoure de telle manière qu’ils n’apparaissent même pas dans la première ou la dernière page des rotatives les plus importantes du monde.

Ce qui rend moralement intolérable cette situation est que du point de vue scientifique nous savons comment résoudre tant le problème de la pauvreté que ses conséquences, desquelles la faim est le plus dramatique. Et la situation paradoxale est que la pauvreté n’est pas due au manque de ressources. En réalité, la planète a suffisamment de terre fertile pour alimenter deux fois la population existant aujourd’hui (FAO 2008). Dans les pays économiquement développés, les Etats vont même jusqu’à subventionner les agriculteurs pour qu’ils ne produisent pas plus d’aliments. Mais ce qui est encore plus intolérable est qu’on appelle ces pays pauvres, quand ils ne le sont pas. Les pays ainsi appelés ont des populations à prédominance pauvres, mais les pays en soi ne le sont pas.

Pourquoi donc se produit et se reproduit la pauvreté ? Si nous analysons le pays le plus pauvre du monde (il y a une longue liste de candidats à une telle distinction), nous verrons que les racines de la pauvreté sont faciles à voir, si on veut les voir. Le quotidien The New York Times, un journal d’orientation libérale, publie de temps en temps quelques informations qui ne cadrent pas avec une telle sensibilité, a publié un rapport sur la pauvreté au Bangladesh, un des pays que l’on peut identifier comme le plus pauvre (24-1-05). Ce rapport était écrit par un groupe d’économistes qui avait visité ce pays. Parmi leurs nombreuses observations ressortaient les suivantes : “Les racines du problème de la pauvreté au Bangladesh sont dans l’énorme concentration de la terre (le principal moyen de production dans une économie agricole) dans ce pays. Seulement 16% de la population rurale contrôle les deux tiers de toute la terre cultivable, pendant que 60% de la population a seulement un acre (4000 m2, Ndt). D’autre part, le rapport ajoutait que “l’introduction des nouvelles technologies-comme les nouveaux fertilisants-accentuait encore plus la polarisation dans la propriété de la terre, car seulement les grands propriétaires peuvent avoir accès au crédit et à d’autres facteurs nécessaires pour pouvoir exploiter et utiliser les nouvelles technologies”.

Quant à l’ “aide” qui provient de l’extérieur, le rapport signalait “que les propres officiels chargés de l’aide aux nécessiteux au Bangladesh reconnaissent (dans des conversations privées) que seule une fraction minuscule des millions de tonnes d’aliments qui arrive dans le pays, comme partie de l’aide extérieure, finissent dans les mains des familles affamées qui en ont besoin. Les aliments de l’extérieur sont canalisés par le gouvernement, qui les vends aux militaires, à la police, aux classes moyennes des villes...”. Le rapport concluait que “l’énorme potentiel productif de terres énormément fertiles est tel que le Bangladesh pourrait alimenter une population bien supérieure à l’actuelle”.

Mais l’aliment qui est produit ne se consomme pas, dans sa majeure partie, au Bangladesh, car il n’existe pas une suffisante capacité d’acquisition pour l’achat d’aliments par une partie de la majorité de la population. Au lieu de cela, il s’exporte, surtout dans les pays de plus grand niveau de rente, reproduisant ainsi une économie basée, non sur la consommation et la demande interne, mais sur la consommation externe et les exportations. Il semblerait que le plus logique serait que se créé une telle demande interne, en redistribuant les ressources (y compris la terre) pour permettre le développement de la capacité d’acquisition de la grande majorité de la population.

Cela dit, la structure de pouvoir, monopolisée par les grands agriculteurs, s’oppose à de tels changements redistributifs. Comme le soulignait bien le rapport cité “le parlement du supposé système politique démocratique (Le Bangladesh figure dans la typologie de pays, préparée par le Département d’Etat des USA, comme une démocratie) est contrôlé par les grands agriculteurs. Les 75% des membres du Parlement possèdent de grandes étendues de terres, avec lesquels les possibilités de changement sont très minces”. Le système économique et politique soutenu en partie par l’armée et en partie par des systèmes d’information et de persuasion (avec des connexions à des groupes médiatiques étrangers), a de maigres possibilités de changement. La Constitution du pays, écrite par cette structure de pouvoir, inscrit par écrit l’impossibilité d’engendrer un tel changement. De là que la défense de cette structure de pouvoir se présente comme la défense de la démocratie.

Ce sont là les causes de la pauvreté, de la faim et de la malnutrition dans le monde. Et quand la population “pauvre” se mobilise pour changer cette situation, on l’accuse de violer l’ordre démocratique. Le cas du Honduras est le plus récent mais je doute qu’il soit le dernier. Ce sont là les causes de la pauvreté dans le monde, qui rarement apparaissent dans les médias de persuasion.

Vincenç Navarro
Publico
traduit de l’espagnol par Gérard Jugant




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vendredi 11 décembre 2009 à 16h27 - par  commanche

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