Occupation israélienne des territoires : la pente savonneuse de l’expulsion

dimanche 10 septembre 2006
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Trouvé sur le net...

- Lorsqu’un officier de l’Administration Civile, à la base militaire de Beit El, a prolongé le visa touristique de Sam Bahour, un homme d’affaires palestinien-américain de Ramallah, et a écrit sur ce visa « dernier permis », il ne l’a pas fait de sa propre initiative.

- Lorsque cet agent a signifié à Bahour la durée qu’il lui reste avant d’être déporté de la ville dans laquelle sa famille a vécu depuis de nombreuses générations et dans laquelle il a lui-même vécu pendant 14 ans avec sa femme et ses deux filles, cet agent n’était que le messager.

- Lorsqu’un fonctionnaire des frontières au Pont Allenby a refusé l’entrée, il y a deux semaines, à une femme palestino-jordanienne, qui arrivait avec son mari, un jeune médecin de Ramallah, il appliquait les ordres.
Comme l’ont fait les fonctionnaires des frontières qui n’ont pas autorisé la femme espagnole de R.I., de Ramallah, à rentrer avec leur fille âgée de 2 ans, et comme l’ont fait ceux qui ont empêché S.A., un Palestinien né à Ramallah doté de la citoyenneté suédoise, de rentrer avec sa femme et ses enfants (et de retrouver son travail) à Bir Zeit.
Le fonctionnaire qui a, par deux fois, refusé l’entrée à P.Z., un Palestinien-américain qui a investi 300 millions de dollars [220 Mââ€Å¡¬] dans les territoires et qui est directeur exécutif d’une société d’investissement palestinienne, obéissait à de nouvelles règles dictées par le ministre de l’intérieur israélien.

- Lorsque les porte-parole du Ministère de l’Intérieur soutiennent régulièrement que ce ne sont pas les nouvelles règles d’entrée, mais plutôt un « toilettage » des procédures existantes, ils ne jouent pas les imbéciles de leur propre initiative. Pas plus que le responsable de l’Administration Civile qui a expliqué à Zahi Khouri - un homme d’affaires palestinien-américain proéminent, qui a échappé, jusqu’à présent, au tampon « dernier permis » - qu’il s’agissait d’un « malentendu administratif ».

Cette phrase bien aseptisée, et qui n’a pas été inventée par ce fonctionnaire, signifie, ne serait-ce que jusqu’à maintenant, que Khouri et les autres, qui sont dans la même situation que lui, ont reçu des visas touristiques tous les trois mois et que ce n’était qu’un « malentendu ».

Un « malentendu administratif ? » Cette pratique a permis à des milliers de Palestiniens et à leurs épouses de vivre en Cisjordanie et dans la Bande de Gaza dans une sorte de zone d’ombre : ne recevant pas d’Israël le droit de résidence, mais allant et venant comme des touristes afin de pouvoir vivre comme des Palestiniens dans leur pays d’origine, avec leurs familles, pendant de nombreuses années - 10, 15, voire 30 ans. Et tout d’un coup, quelqu’un d’énergique au Ministère de l’Intérieur a découvert le malentendu et dit à ces gens de partir ?

En 2000, des règlements « toilettés » de la même veine, concernant les Palestiniens dont les épouses avaient une citoyenneté arabe, c’est à dire non-occidentale, furent émis. Ceux-ci n’étaient pas autorisés à retourner dans leurs foyers. Entre 1994 et 2000, pendant les années d’Oslo [entre la signature des Accords d’Oslo et la première Intifada], des instructions furent données qui ralentirent le processus de « regroupement familial », pour lequel attendent dans les territoires occupés des dizaines de milliers de familles, au minimum. Ces familles ne vivent pas à Haïfa ou à Ashkelon, mais en Cisjordanie et dans la Bande de Gaza. Et malgré cela, en 2000, même ce processus minimal de regroupement familial, que seul Israël a l’autorité d’accorder, a été gelé. En conséquence, des milliers de familles furent condamnées à une séparation cruelle - entre pères et enfants, femmes et maris, grands-parents et petits-enfants.

En 1996, ces mêmes décideurs - le gouvernement Travailliste et le gouvernement Likoud-Shas - émirent un ordre similaire : retirer le droit de résider à Jérusalem aux Palestiniens nés à Jérusalem et qui étudient ou travaillent à l’étranger ou qui ont construit leurs maisons en proche banlieue de Jérusalem parce que les politiques discriminatoires de longue date les ont empêchés de construire à Jérusalem-Est. Dans ce même esprit de manipulation démographique, Israël interdit aux Palestiniens de déménager de Gaza vers la Cisjordanie et, les habitants de Gaza vivant en Cisjordanie sont considérés comme des « étrangers illégaux » et sont déportés vers Gaza.

Derrière les fonctionnaires et les porte-parole, dont les noms sont connus, derrière ces « procédures » qu’ils citent, se cachent ceux qui donnent les ordres.

Qui sont-ils ? Les Premiers ministres (du Likoud, de la coalition Travailliste-Shas et Kadima) ou « seulement » leurs ministres de l’intérieur ?
Peut-être sont-ils des directeurs-généraux du ministère, accompagnés de conseillers juridiques qui les soutiennent, qui savent de quel côté le vent tourne. On ne le sait pas. Après tout, ils ne publient pas ces décisions en y apposant leurs signatures. Dans 50 ans, les archives d’Etat qui contiennent les documents d’aujourd’hui seront rendues publiques et, alors, nous saurons !

Aujourd’hui, la chose importante est qu’une ligne directe relie diverses décisions similaires faites séparément, comme si elles n’étaient pas reliées entre elles. Les décideurs n’attendent que le bon moment pour les étendre, pour les durcir, pour y inclure plus de catégories de déportés. Et tout ceci se passe sans que personne ne s’y oppose - ni les organisations israéliennes, individuelles ou politiques, qui parlent avec hauteur de la paix, ni les pays occidentaux qui ne savent qu’exiger des gouvernements palestiniens, mais qui prétendent qu’ils ne peuvent pas intervenir lorsqu’il s’agit des décisions souveraines d’Israël. Les décisions souveraines de l’Etat occupant [ !!!]

Si les décideurs anonymes ne se heurtent pas à une opposition courageuse, ils continueront d’inventer de nouvelles règles qui nous entraîneront de plus en plus loin vers la pente de l’expulsion.
Traduit par [JFG-QuestionsCritiques]



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