Retour sur le conflit de la SAD avec Nicolas, DS CGT de l’entreprise

mardi 16 juin 2020
par  Rouge Midi
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RM : Nicolas, d’abord en deux mots dis-nous ce qu’est la SAD et qu’est ce qui est en jeu dans le conflit qui vous oppose à la direction.

Nicolas  : Pour comprendre ce qui se passe à la SAD et les enjeux du conflit actuel il faut en revenir à l’histoire. La SAD est l’héritière des NMPP, société créée en 1947 suite à la loi BICHET « née de la volonté politique, liée au contexte de la Libération, de garantir aux titres de presse une diffusion nationale, équitable et économiquement viable. » comme le disent les documents officiels. Il s’agissait après les années des « chiens de garde » [1] de l’avant- guerre où la distribution de la presse était dans les mains d’intérêts privés qui distribuaient aux conditions qu’ils voulaient la presse qui leur plaisait, puis des années noires du nazisme où seule la presse pétainiste était autorisée, il s’agissait donc de créer un système basé sur la solidarité nationale à partir d’une péréquation garantissant aux lectorat, quelque soit le lieu où il habite et quelque soit le journal qu’il achète, une égalité d’accès à la presse de son choix.

De plus, tirant les leçons du régime de Pétain, le pouvoir de l’époque a voulu donner aux salariés un droit de regard sur le fonctionnement de ce service de distribution afin que ne se reproduise plus la censure des années noires qu’elle soit politique ou économique.
Faire confiance aux travailleurs pour garantir l’égalité de traitement et le respect de la pluralité c’était le choix de cette période où l’on voyait en même temps la même logique s’appliquer à la poste ou aux transports avec le prix du train au kilomètre et l’assurance de la continuité territoriale qui devait faire qu’on ne payait pas plus cher pour faire 100 km en train sur le continent que pour faire 100 km en bateau entre Marseille et la Corse.

Evidemment cette question alliant égalité de traitement et respect de la pluralité des opinions va totalement à l’encontre de la logique capitaliste qui vise en permanence le profit et veut faire taire celles et ceux qui s’y opposent.
Le grand patronat n’a jamais accepté la sécurité sociale comme il n’a jamais accepté notre système de diffusion issu de la résistance et du CNR.

Le conflit des NMPP, devenus Presstalis, puis SAD sa filiale c’est d’abord cela.

Il ne s’agit pas de mettre en cause un système qui ne serait plus viable ou dépassé, même si la baisse des ventes de la presse écrite nous pose des difficultés, mais de se débarrasser d’un système égalitaire, pour le remplacer par un système de diffusion qui serait à la merci des grands groupes qui pourront se payer eux-mêmes leur circuit. Si demain la SAD venait à disparaître nombre de journaux à faible tirage disparaîtraient faute de circuit de diffusion. Ne resterait alors que la presse de grande diffusion, celle qui concentre la très grande majorité des recettes publicitaires et qui serait encore plus l’instrument du pouvoir pour diffuser les idées de la pensée unique. Quant au lectorat qui se trouve loin des grandes métropoles il serait complètement abandonné

RM : Concrètement cela se passe comment pour la SAD ?

Nicolas  : Concernant la SAD, le pouvoir et les grands patrons de presse ont voulu profiter de la période du confinement et du climat de peur que le pouvoir a exacerbé pour tenter de nous réduire à néant et nous faire disparaître. Ils nous ont annoncé que l’entreprise allait fermer, qu’il fallait la mettre en redressement judiciaire et on sait toutes et tous ce que cela veut dire. On sait aussi que si on ne se bat pas, notre service, car il s’agit bien d’un service, mourra. Nous sommes le dos au mur et donc nous nous battons.

RM : Vous proposez quoi alors ? Le statu quo ?

Nicolas : Pas du tout ! D’abord parce qu’il est impossible de revenir en arrière et puis ensuite parce que modernité de l’outil ne veut pas dire archaïsme du droit du travail. Le progrès technique ne vaut que s’il s’appuie sur le progrès social. Nous nous battons donc pour que la SAD vive avec ses salariés et nous n’acceptons pas des projets qui remettraient en cause nos emplois et nos statuts. C’est d’ailleurs ce qu’ont voté à l’unanimité les salariés face à une proposition foireuse qui leur a été présentée. On est ici dans un département ou des travailleurs de la navale se sont battus plus de 500 jours pour sauver leur entreprise et des salariés de l’agroalimentaire ont tenu 1336 jours pour arracher la reprise de leur usine.
Notre proposition est simple : nous connaissons le travail, nous tenons à nos missions et à nos emplois, aussi nous voulons créer une SCIC (société coopérative d’intérêt collectif) afin de continuer à diffuser aux 4 coins de notre zone la presse que les lectrices et lecteurs attendent.

Pour gagner cela nous ne nous contentons pas de ficeler notre projet sur le papier, nous menons des actions, nous agissons ave les camarades des autres régions, nous menons des initiatives pour faire connaître au grand public notre métier et son importance pour la population.
Il est à noter que dans ce combat nous avons le sentiment d’avoir tout un département derrière nous en particulier grâce au soutien de l’UD CGT qui relaie nos infos et organise la solidarité.
Nous avons eu la visite des camarades de la centrale, en action eux aussi, de ceux du GPMM, de ceux de la réparation navale qui ont occupé plus de 500 jours pour sauver leur emploi, des membres de plusieurs syndicats et unions locales et cela fait chaud au cœur.
Nous allons avoir aussi une visite qui nous tient à cœur, celle des ex Fralib, devenus SCOP-TI qui ont une expérience dont ils vont nous faire profiter.

Donc tu vois ce n’est pas le statu quo mais au contraire le combat déterminé pour gagner !


En médaillon, Boualem Guennad remet à Nico un chèque de solidarité au nom de l’ANC 13


[1L’expression les chiens de garde est empruntée au titre d’un livre de Paul Nizan paru en 1932 et dénonçant les philosophes qui étaient des supporters acharnés du pouvoir se répandant dans la presse au mépris de la pensée philosophique qu’ils étaient censés diffuser.



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