« Avant on était locataires, maintenant on est propriétaires »

lundi 5 septembre 2011
par  Charles Hoareau
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Ce samedi 3 septembre, dès l’arrivée devant l’usine, le visiteur est renseigné. Portail fermé avec une grande banderole « USINE OCCUPÉE », plus de société de gardiennage mais des salarié-e-s de l’usine dont on devine qu’ils se relaient pour la garde : l’usine a changé de propriétaire. Enfin en tous cas, ceux qui s’estimaient les propriétaires d’un bien qui n’existe et ne perdure que grâce aux 182 salarié-e-s qui le font vivre, sont partis.

Vendredi 2, jour du CE, comme un pied de nez à toute discussion, les 134 premières lettres de licenciement sont arrivées chez les salarié-e-s. La riposte ne s’est pas faite attendre : assemblée générale le jour même, vote : 98% pour l’occupation.

Unilever qui essaie comme il peut de justifier sa position au point d’avoir ouvert un site tout entier dédié à sa guerre de la communication, devait bien savoir ce qui aller lui arriver.

Les Fralib ne sont pas à vendre !

Déjà les jours précédents, à la proposition de la direction de prime individuelle au départ, plus de 100 salarié-e-s avaient répondu par un courrier signé de chacun. Il avait fallu batailler pour remettre en mains, si ce n’est propres du moins officielles, ces lettres qui disaient en substance : je ne veux pas accepter de l’argent en échange de mon licenciement mais garder mon emploi et plutôt que de me promettre des dizaines de milliers d’euros à moi, qu’UNILEVER laisse la marque Eléphant au collectif de salariés et lui rende les 300 millions qu’elle a dérobés sur son dos au fisc ces dernières années.

Plus de 100 salarié-e-s qui refusent une prime à la valise qui oscille selon l’ancienneté entre 100 000 et 150 000 euros ce n’est vraiment pas banal, d’autant que parmi ceux-ci certains sont à quelques années de la retraite et pourraient être tentés par une voie de repli.

Il arrive que des individus refusent de se laisser acheter, ce n’est déjà pas fréquent, mais là, au niveau d’un collectif, c’est vraiment rare et mérite d’être souligné.

Ici on ne se laisse pas abuser par les mots. Le terme « plan social » ne peut s’appliquer qu’à un plan qui permet de maintenir et développer l’emploi. Toute autre « solution » est un plan de casse du social.

D’ores et déjà les Fralib peuvent être fiers de leur choix digne, à l’opposé des attitudes de la direction. C’est sans doute aussi cela qui contribue au témoignage de cet ancien cadre, jadis opposé aux salarié-e-s en particulier quand il fallut arracher la fermeture du Havre et qui aujourd’hui, éloigné de l’entreprise pour de graves problèmes de santé a tenu à envoyer ce message qu’Olivier a lu à l’assemblée présente en début de matinée.

J’essaie de m’imaginer en train de signer les 134 lettres de licenciement.

J’ai rêvé, comme tout carriériste ambitieux, d’occuper un jour un poste à la hauteur de ma pitoyable voracité.

Je suis prêt à tout pour gravir la prochaine marche, là où tout être qualifié d’humain digne de ce nom n’en dormirait plus, amputé de sa dignité, sans âme ni face, moi je mets à terre et sans états d’âme 134 honnêtes gens, que dis-je...134 familles !

Je suis fier de moi parce que mon boss le sera aussi pour moi.

En définitive je suis un enculé heureux !

Mes amis donnez-moi le nom de celui qui a signé vos lettres. Difficile d’imaginer que ça puisse exister ; En écrivant simplement ces 4 lignes, je me suis senti mal !!!

Je pense très fort à vous tous mes amis ;

Christian C

En ce samedi matin, salarié-e-s de l’entreprise, syndiqué-e-s CGT du coin et journalistes ont répondu présents à l’appel des Fralib. Le temps étant menaçant, on se rabat sur l’atelier où se tiennent les assemblées du personnel et on profite pour faire une visite rapide de cette usine qui parait à tous, moderne, propre et performante.

Dans l’atelier, sur des palettes qui forment les gradins, le public écoute attentif les prises de paroles.

« Merci d’être venus chez nous. On peut vraiment dire chez nous parce qu’avant on était locataires, maintenant on est propriétaires...

Notre usine est performante. L’expertise a démontré que chaque année, 4 mois de travail suffisent à payer nos salaires et que les 8 autres mois nous engraissons les actionnaires [1]

Ils parlent de plan de reconversion ou de revitalisation du site, mais ils ont dit la même chose ailleurs et qu’est ce que ça a donné ? Des travailleurs au chômage. Si on accepte leur plan à 50 ans on ne trouvera pas de travail ailleurs, c’est le chômage qui nous attend. Plus de 8 millions de pauvres dans le pays cela ne leur suffit pas ? »

Dans ce département comme dans tant d’autres les exemples de casse sous fond de promesses d’emplois futures ne manquent pas. L’assistance approuve. Tout près d’ici, de La Ciotat à Net cacao, en passant par la CMR, tout montre que seule la lutte peut créer des emplois face à des plans saccageurs.

Gérard prend la parole : « Je veux répondre à la direction qui dit des mensonges en espérant être crue. Elle dit qu’il n’y a que 18 salarié-e-s de l’usine qui occupent le site : y-a-t-il des salarié-e-s de Fralib ici ? » Il a peine fini sa phrase qu’une clameur s’élève et parmi celles et ceux qui crient, des dizaines de bras se lèvent : la meilleure réponse que l’on puisse donner.

Il reprend « Sur leur site ils disent que 57 salarié-e-s ont signé leur congé de reclassement : évidemment ! C’est ce que nous avons choisi pour avoir un an de rémunération devant nous afin de continuer la lutte ! On sera un maximum à prendre ce congé…et à lutter ! » Une ovation l’interrompt.

« Quand on parle des impôts qu’UNILEVER n’a pas payés, on pense à cet argent qui aurait pu servir pour des hôpitaux, des écoles, des routes, à cet argent utile au pays et qui est parti dans la poche de quelques actionnaires qui se gavent…

On se bat pour gagner et on gagnera, tout montre que notre projet est crédible et nous sommes déterminés à le faire aboutir. »

Après Gérard et Olivier, au milieu des applaudissements, les interventions de l’UD CGT 13 et de la fédé de l’agro-alimentaire se succèdent…et les rendez-vous aussi. Sans être exhaustif :

-  Ce 6 septembre à Nanterre 3 camarades sont assignés en diffamation par UNILEVER pour avoir dénoncé les arnaques de la multinationale. Les salarié-e-s y seront nombreux, accompagnés des militants de la fédération.

-  13 septembre, l’union locale d’Aubagne organise un meeting à l’entreprise, temps fort pour le soutien à cette nouvelle phase de la lutte.

-  3 Octobre, journée internationale d’action de la FSM, en France la fédération CGT de l’agro alimentaire appelle à un rassemblement national ici en soutien aux Fralib

-  11 octobre, d’ores et déjà les Fralib ont pris date pour s’inscrire dans cette journée d’action prévue dans tout le pays.

Un journal local titrait ces jours-ci « Pourquoi nous n’avons pas le droit de laisser mourir Fralib ». Les réponses sont multiples économiques, sociales, humaines, juridiques…, la meilleure ce sont les Fralib qui la donnent, ils veulent vivre

FRALIB VIVRA !

Le thé Éléphant en Provence restera !


[1l’expertise a en effet démontré que 1000 tonnes de production suffisent pour faire tourner l’usine, alors que la production annuelle est de 2900 tonnes. Pas étonnant quand on connait les chiffres mis à jour par les délégués. Voir nos articles précédents dans la rubrique consacrée à cette lutte



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