Les enfants du sous-sol.

samedi 12 août 2006
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Des enfants habitent dans les égouts d’Addis-Abeba.
Ignoré par le pouvoir local comme par la communauté internationale, ce petit peuple lutte chaque jour pour sa survie.

L’Afrique est un monde d’enfants.

La moitié de la population n’a pas 15 ans.

Des groupes d’enfants, un kalachnikov sous le bras, tirent sur des innocents désarmés. Cette Afrique en guerre permanente grouille de bambins : dans les marchés, ce sont eux qui vendent ;dans les champs, on les voit courber l’échine.

On peut parcourir des milliers de kilomètres en entendant sans cesse leurs voix dans la savane : ils surveillent les troupeaux, cherchent du bois, apportent la nourriture aux bêtes.

- L’Ethiopie est un pays ou la mondialisation est une abstraction : il y a des régions, notamment Wayr Amba, sur les contreforts du haut plateau, ou les gens n’ont jamais vu la lumière électrique, ni entendu la sonnerie d’un téléphone, ni écouté la radio ou vu un médecin.

Ici, les gens disent qu’ils sont heureux s’il leur reste encore une poignée de graines pour manger quand commence la saison des pluies.

Ici aussi, les villages sont pleins d’enfants.

Ils sont chargés d’une tâche imporante : aller chercher l’eau avant le lever du soleil, parfois très loin, avec des cruches d’argile ou de pierre.Certains ont droit à un peu de modernité : un bidon en plastique qui allège la fatigue.

A Addis-Abeba, la capitale, de nombreux enfants arrivent de ces régions.

- Orphelins ou chassés par des familles trop pauvres, ils fuient les violences ou rêvent au bonheur de la grande ville.

Ce ne sont pas seulement les enfants des rues de la « géographie planétaire », grouillante de mendiants ; ils sont le peuple des sous-sols de la ville ;

- Ils vivent dans les tunnels, ils pataugent dans les égouts, se blotissent dans les canaux d’évacuation sous les rues de la capitale africaine.

- L’abri est un trou de moins de 1 mètre et long de 6, une bouche d’égout sert de fenêtre et de sortie.

- Quand le niveau de l’eau monte, il faut défendre sa place contre les immondices et les détritus qui surnagent.

Henok est descendu dans cet antre de la misère quand il avait 11 ans, après la mort de ses parents dans un accident de la route.

C’est un garçon calme, et ses vêtements en lambeaux traduisent l’infini bâillement de la faim.

On voit qu’il sait flairer le danger et lui échapper

- C’est l’un de ces petits chefs de cette tribu souterraine dont personne n’a jamais fait le recensement et qui émerge avec circonspection à la lumière, au milieu des immeubles de la ville, pour y glaner un peu de nourriture et disparaître à nouveau.

Henok estime qu’il a de la chance parce qu’il a trouvé un boyau abandonné dans lequel passaient les câbles du téléphone.
Il est à lui, il y a travaillé patiemment, il l’a garni de blocs de pierre bien taillé.

Quand il pleut, il tend des sacs plastique pour se mettre à l’abri. Contrairement aux garçons de leur âge restés au village, ces enfants-là n’ont rien à faire, personne ne les attend.

100 000 ENFANTS DANS LES RUES ETHIOPIENNES.

Le plus souvent, c’est la faim qui les fait bouger. Et la peur. Parce que l’enfant doit se débrouiller pour vivre, pour manger de temps à autre, pour avoir un refuge, pour trouver des petits boulots ou pour rapporter dans son trou les restes des restaurants.

- Dès lors qu’il n’est plus un enfant, c’est un gêneur, un concurrent pour une nourriture déjà insuffisante, pour un travail impossible à trouver.

- S’ils sont tout le temps sur le qui-vive, c’est à cause des flics qui leur font la chasse, des autres pauvres qui veulent les éliminer, des réseaux de prostitution qui ont besoin de chair fraîche.

Dans la ville du sous-sol vivent aussi des petites filles et des adolescentes, comme Hana, qui a 15 ans et vient de Ziway. Elle s’est enfuie parce qu’un jour elle a laissé mourir la vache, le trésor de la famille.

- C’est une faute que le monde des pauvres ne peut pas pardonner.

Mais elle espère revenir un jour. Sa philosophie de la vie est simple : « Quand j’ai quelque chose à manger, je suis contente, quand je n’ai rien , je passe le temps à dormir ou à bavarder avec mes amis ». Si elle et ses copains trouvent quelques birrs, ils vont au cinéma.

- Que faire face à ce désastre, sinon rappeler les responsabilités énormes du colonialisme,qui fut ici italien, de courte durée, fasciste et sans moyens ?

- Ou dire que Henok, Hana, Dawit, les cent mille enfants, peut-être plus, des rues éthiopiennes sont le prix, terrible, de la mondialisation et des vides qu’elle laisse à combler.

- Ou alors qu’il faut penser aux maîtres de l’Afrique.
Ici, il s’appelle Meles Zenawi, c’est un dirigeant moderne, il a chassé, au grand soulagement du monde entier, le « négus rouge » Mengistu, un dictateur sanguinaire qui voulait créer l’homme nouveau éthiopien et qui accélérait l’opération tout simplement en étranglant, en fusillant, en faisant mourir de faim ses « ennemis ».

Il organise des élections, démocratiques, naturellement, et les gagne, toujours. Il a fait la guerre à l’Erythrée, presque aussi pauvre que l’Ethiopie, pour quatre cailloux mais investis de symboles patriotiques.

Ca n’a pas été une nouvelle Adoua ( la défaite cuisante qu’infligèrent les guerriers éthiopiens, menés par l’empereur Ménélik II, aux troupes italiennes le 1e mars 1896).

Mais les gens y ont cru, ils étaient contents.

- Le risque de la famine pèse toujours autant, un soleil implacable dessèche les récoltes et calcine la terre.

Mais les organisations humanitaires sont là pour ça.

- Et pourtant l’Ethiopie a une armée ultramoderne, pour laquelle elle dépense des sommes colossales et qui est mobilisée en permanence à la frontière.

Art de « Domenico Quirico », dans « Le Courrier international ».
transmis par Linsay



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