Grèves à la RTM de Marseille : la CGT en pointe.

Quand la lutte de classe retrouve droit de cité !
mercredi 8 janvier 2014
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2012 grève unitaire de plusieurs mois : peu de résultats ! 2013 grève de la CGT de 14 jours : des résultats dont même les syndicalistes des autres syndicats vont pouvoir profiter ! Entre les deux une prise de conscience progressive que l’on ne combat pas le libéralisme et les attaques contre les services publics avec des « compromis » plus ou moins négociés à l’avance avec les patrons.

Marseille, janvier 2014.
Bougainville, 9 heures du matin. Aux heures de pointe, ici 129 bus partent tout azimuts. Dans la salle du personnel de la RTM, Georges Chahine (chauffeur sur les lignes 35 et 36 vers l’Estaque) offre le café à la cantonade. Grand, la mine réjouie et la barbe de 3 jour, il accueille son monde avec des allures de roi mage (c’est l’époque me direz-vous !). Dès la première question, l’attitude change, c’est sérieux.

Pourquoi la CGT a-t-elle, seule, appelé à la grève ?

« Parce que les autres ne voulaient pas ! Alors, on n’a pas attendu. Déjà en 2012, nous avions vu ce que donne une action unitaire : rien ou presque. Cette fois nous avions décidé de ne pas attendre tout de l’unité syndicale. Si l’on attend après eux on peut attendre 150 ans et se retrouver à l’âge de pierre. Au dépôt de la Capelette où la CFDT est majoritaire ils ont même tout fait pour combattre la grève et ce fut pareil au dépôt de La Rose avec FO. Ils venaient défier les piquets de grève. Et pourtant, beaucoup d’adhérents de la CFDT et de FO ont fait grève avec nous, puisqu’on a eu jusqu’à 65 % de grévistes ! »

Néanmoins vous sortez vainqueurs, ce qui montre bien que la lutte avec l’appui de la base, vaut mieux que des actions avec des syndicats réformistes...

« Oui nous sortons la tête haute de ce conflit, puisque nous avons obtenu la prime métier conducteur. Elle a été actée par la direction afin d’être mise en place le 31 Mars 2014. Pour ce qui est de la pénibilité,  nous allons revoir l’accord dit C.55 au travers d’un avenant qui prendra en compte non pas l’âge mais l’ancienneté dans le métier, cela se fera par palier. C’est une avancée parce qu’avant il fallait attendre les 55 ans pour obtenir des jours C.55 . »

Les usagers râlent souvent à propos de ces grèves à répétition et ils font parfois remarquer que vous êtes de privilégiés...

« Tu parles ! C’est l’usure prématurée qui nous attend. Non seulement nous devons en permanence êtres attentifs aux gens qui montent et qui descendent mais nous devons circuler au mieux dans le chaos des rues de notre ville. Après des décennies passées au volant  avec des horaires et des repas décalés, une hygiène de vie déplorable, des nuits et des week-ends travaillés, avec l’insécurité latente et l’incivilité continuelle... ce qui nous attend ce sont des maladies cardio-vasculaires liées au stress et le dos bousillé. Si c’est ça être privilégié ... »

Expliques nous un peu la question des fameux jours de fractionnement... Cet acquis que vous avez refusé de perdre.

«  Tout d’abord, nous avons obtenu la suppression des mois de mai et d’octobre comme faisant partie des mois ouverts pour les vacances d’été."

Mais l’été c’est du 21 juin au 22 septembre ?

« Eh oui ! Mais surtout, depuis 30 ans, lorsque l’on ne prenait pas nos 4 semaines de congé d’été à la suite, on avait droit à deux jours de congé supplémentaire appelés jours de fractionnement, comme dans tous les services publics d’ailleurs. Ils ont essayé de nous les enlever. Mais notre lutte nous a permis d’obtenir que les salariés qui souhaitent ne prendre que 3 semaines l’été conservent la possibilité d’obtenir ces fameux deux jours supplémentaires. »

La lutte des traminots CGT de la RTM est emblématique (La CGT a aussi gagné l’abandon d’éventuelles sanctions contre les grévistes.) du combat actuel qu’il faut mener contre l’ANI, cet Accord National Interprofessionnel signé par le Medef et 3 syndicats minoritaires et aux ordres du patronat : la CFDT, la CFTC, et la CGC.

Cet accord dit de « sécurisation de l’emploi » procède d’un retournement sémantique ahurissant. Plutôt que de favoriser la sécurisation des emplois, il « libère » le patronat de nombre de ses obligations légales et rend possible une flexibilité jusque-là inconnue. [1]

« Car, il ne faut surtout pas oublier, que s’il existe encore des CDI dans les entreprises, c’est parce qu’il existe encore des salariés, comme nous, qui sont prêt à se battre pour défendre leurs acquis sociaux, au lieu de se faire tondre comme des moutons ! »

Entretien réalisé par la_peniche.

Sources

http://www.cgt.fr/Pourquoi-l-ANI-ne-doit-pas-etre.html

http://blogs.mediapart.fr/blog/gabriel-colletis/190313/l-ani-un-accord-illegitime.)


[1Pour résumer une perspective curieusement désignée comme « sécurisant l’emploi », les entreprises gagnent en flexibilité interne (mobilité géographique et professionnelle obligatoires, baisse des salaires ou variation du temps de travail en période de conjoncture basse, CDI « intermittents ») et externe (simplification des procédures de licenciement collectif) tout en voyant leurs risques juridiques reculer (les salariés n’auront plus que deux ans pour saisir les prud’hommes contre cinq actuellement ; l’intervention des juges en cas de licenciement sera très limitée.



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