Quand l’UE joue les apprentis sorciers.

mercredi 12 mars 2014
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Tout a commencé par un large mouvement social de contestation du pouvoir corrompu du président Ianoukovitch. Devant cette opportunité, le capitalisme occidental (comme il le fait au Venezuela) a soufflé sur le feu en manipulant des groupuscules ultranationalistes et fascisants. Et, comme il fallait s’y attendre, refusant de se faire déborder dans ce qu’il considère comme son pré carré le capitalisme russe a réagi.

Que l’on nous comprenne bien. Il n’est pas question ici de dire qui des intérêts du marché occidental ou du marché russe a tort et qui a raison. Ce qui est certain en revanche c’est que le peuple ukrainien dans sa grande majorité est pris en otage et subit une situation qu’il n’a pas souhaité.

Il faut rappeler que le président Ianoukovitch et le parlement ont été régulièrement élus en 2010. Déjà nous avions pu constater une ligne de démarcation très nette entre l’est russophone et l’ouest ukrainophone [1]

Issue d’un coup d’état, le pouvoir actuel n’a aucune légitimité.

Le Parti communiste ukrainien (qui dans une pétition a obtenu près de 4 millions de signature contre l’adhésion à l’UE) « demande aux dirigeants de l’Union européenne de réagir immédiatement aux déclarations provocatrices du co-président de sa mission pour le pays, M.Aleksandr Kwasniewski qui, dans son entretien dans le journal polonais Rzeczpospolita, a ouvertement appelé l’opposition à user de la force pour s’emparer du pouvoir en Ukraine.
Le Parti communiste exige également de savoir auprès de la chancelière Angela Merkel de quel droit et au nom de qui le ministre des Affaires étrangères allemand Guido Westerwelle s’est rendu Place de l’Indépendance pour rencontrer les dirigeants de l’ « opposition.

Le Parti communiste appelle le Ministre des Affaires étrangères à réagir à l’ingérence directe de dirigeants d’Etats étrangers dans les affaires intérieures du pays.

On cherche à dénier au peuple ukrainien le droit de disposer de son propre sort. On essaie de lui nier son droit à prendre des décisions en fonction de ses propres intérêts, et non ceux du capital international.
Aujourd’hui, la pseudo opposition, comme en 2004, est une cinquième colonne qui brade l’intérêt national aux multinationales. Ce sont quasiment les mêmes acteurs, les mêmes promesses, les mêmes procédés.
C’est pourquoi le Parti communiste appelle tous les citoyens, le peuple d’Ukraine à prendre en main la résolution de la crise politique actuelle par les seuls moyens légaux. »

Dans le cas contraire, nous nous dirigeons vers une « balkanisation » du pays, la destruction de l’Ukraine comme Etat.

Terres agricoles : la ruée vers l’est !

L’Ukraine est sûrement le pays le plus « agricole » du monde – autrefois le « grenier a blé » de l’Empire russe, et aujourd’hui un fabuleux « gisement vert » au centre de l’Europe. Ses matières premières agricoles sont aujourd’hui des ressources aussi stratégiques que les matières énergétiques du pays. Comme tout « gisement », ce trésor vert suscite bien des convoitises…

L’État chinois a fait l’acquisition de près de 30.000 km² de terres arables en Ukraine, soit un domaine cultivable aussi grand que la Belgique tout entière. Les français ne sont pas en reste avec 50 000 hectares et viennent ensuite les japonais et les états du Golfe.

Dans la débâcle économique actuelle et pour augmenter ses profits, le capitalisme international se tourne de plus en plus vers la production alimentaire et celle des biocarburants. Ce qui explique en grande partie la cour assidue de l’UE et des USA envers l’Ukraine. Le président de la Commission, José Manuel Barroso, a rappelé que l’institution avait présenté la semaine dernière un plan d’aide massif (avec notre argent) en faveur de l’Ukraine d’un montant d’au moins 11 milliards d’euros, sous forme de prêts, de dons et d’avantages commerciaux.

La Crimée et le Kosovo même combat !

S’il est vrai que le droit des peuples à l’autodétermination est un droit inaliénable, la Crimée a autant le droit de se séparer de l’Ukraine qu’en avait le Kosovo de se séparer de la Serbie.

Pourtant personne n’y a intérêt, sauf les groupes extrémistes. « Ce n’est pas dans l’intérêt de la Russie, qui certes y gagnerait ce qu’elle possède de facto déjà, soit l’industrie ukrainienne, mais qui verrait alors se profiler une longue période d’affrontements avec l’UE et les Etats-Unis. Ce n’est pas non plus l’intérêt de l’UE, car il lui faudrait porter littéralement à bout de bras l’Ukraine occidentale (et la moitié de la population). Le coût économique serait élevé dans une situation où plus personne ne veut payer pour autrui... » (Jacques Sapir)

Conclusion.

Nous ne lisons pas dans le marc de café, mais nous allons certainement assister, pendant une période plus ou moins longue, de part et d’autre à des gesticulations d’intimidation du genre : « j’annexe la Crimée » (j’ai même un référendum pour moi) ou comme l’a annoncé l’ineffable Laurent Fabius « les sanctions consisteront en des gels d’avoirs personnels à l’égard de Russes ou d’Ukrainiens et à des sanctions sur les déplacements, en matière de visas  ». L’ours russe en tremble dans ses chaussettes !

Mais qui osera demander l’avis du peuple ukrainien ?

Nous. Et surtout le parti communiste d’Ukraine.

Car un état failli ou tiraillé par ses minorités est une proie idéale pour les rapaces du capitalisme international, de nombreux états africains nous en donnent l’exemple tous les jours.

La_peniche

Pour mieux comprendre les enjeux agricoles de l’Ukraine.

http://www.momagri.org/FR/editos/L-Ukraine-un-gisement-vert-au-coeur-de-l-Europe_930.html


[1(Dont une partie habite les régions qui, avant 1914, étaient soit dans l’empire Austro-Hongrois soit étaient en Pologne. L’Ukraine est un pays neuf, dont l’existence est fragilisée par ces divisions.).



Commentaires

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vendredi 14 mars 2014 à 08h24 - par  chb
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jeudi 13 mars 2014 à 15h27 - par  ermanito_che

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