Contre le travail forcé

jeudi 23 juin 2005
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Intervention de JP Page au nom de la Fédération Syndicale Mondiale

à la session du BIT (Bureau International du Travail)- Genève 2005

Monsieur le Président,

C’est avec le plus grand intérêt que nous avons pris connaissance du rapport global sur le travail forcé, de son évaluation et de son plan d’action. Je voudrais pour ma part m’en tenir à l’essentiel.

En premier lieu on ne saurait évoquer le travail forcé sans souligner le fait qu’il est d’abord la conséquence d’une recherche éhontée d’un profit maximum sur des travailleurs sans moyens de défense. Il est donc indispensable avant de dénoncer les conséquences de se mettre d’accord sur cette cause fondamentale et par conséquent sur l’identification de ceux qui en assument la responsabilité avant de préconiser des solutions, les moyens, et donc les alliances pour y parvenir.

Pour notre part les dogmes du marché c’est à dire la libéralisation tous azimuts, la privatisation, la déréglementation et la flexibilisation à outrance, le démantèlement des codes du travail et des systèmes de protection sociale, en même temps que la remise en cause de l’exercice du droit syndical encourage et favorise une logique dont la conclusion aboutit à l’utilisation de cette forme de barbarie qu’est le travail forcé et qui fait du producteur un être corvéable à merci.

Le système capitaliste a conservé cette logique prédatrice que l’on retrouve à travers les pratiques des sociétés transnationales qui use et abuse du travail forcé. Par conséquent on ne saurait réformer, réglementer ou humaniser le travail forcé quand c’est de son élimination dont il s’agit.

Prenons l’exemple des maquiladoras. Celles-ci sont sous contrôle de capitaux US, Japonais et Européens. Certaines entreprises pourraient être considères comme des sweat shops. Des jeunes femmes y travaillent 10 heures par jour, 6 jours par semaine pour 50 cents de l’heure, les amendes, la répression, le harcèlement, les viols, la prostitution sont monnaie courante... Si nous nous en tenons aux définitions du travail forcé comme dans l’encadré 1.1 figurant dans le rapport, nous serons d’accord pour dire que les conditions de vie et de travail dans les maquiladoras s’apparentent au travail forcé !

Quelles conséquences sommes nous prêts à en tirer ? Faut il s’attaquer aux causes ou chercher uniquement à améliorer les conséquences comme cela fut fait dans certains endroits ou l’heure de travail est dorénavant payé 1 à 2$ et ou l’on trouve parfois dans les ateliers l’air conditionné. Pour résumer peut il y avoir un travail forcé à visage humain ? Finalement ces travailleurs ont ils le choix ? Quand plus d’1 million de Mexicains sont poussés vers la frontière des USA souvent au péril de leur vie sont ils attirés par la différence de revenus ou subissent il les conséquences de la dégradation rapide de 60% de leur terre arable qui soustrait chaque année 259 000 hectares aux pâturages et aux champs de blé.

Voilà pourquoi également on ne saurait s’en tenir à une lecture moralisatrice des droits de l’homme qui exclurait la responsabilité des états ou se trouvent les sièges des sociétés transnationales. Celles-ci a travers l’action des institutions internationales financières et commerciales qu’ils contrôlent, ou des accords de libre échanges, à travers des mesures coercitives et unilatérales et mêmes les guerres comme en Irak, imposent des conditions qui favorisent l’émergence et la perpétuation des formes les plus abjectes de la colonisation : le cycle dette et esclavage.

Cette logique n’est pas étrangère à la place prise dans l’économie par l’industrie carcérale. Ce que certains analystes appellent déjà le « complexe industriel carcéral » (prison industrial complex).

Près de 2 millions de prisonniers se trouvent derrière les barreaux aux USA. Ceci représente per capita le taux d’incarcération le plus élevé dans l’histoire du monde. A la fin de la décennie le travail carcéral devrait permettre un chiffre d’affaire de 9 milliards $ de vente.

Le salaire moyen est de 22 cents de l’heure, même si la plupart des entreprises peuvent payer jusqu’à 2 $, le prisonnier ne recevra que 20% de son salaire le reste étant empoché par le gouvernement de l’état parfois au titre du logement et des repas.

Qu’elles sont ces entreprises ? Bien évidemment Haliburton, mais aussi IBM, Texas Instruments, Dell Computer, McDonald’s, Honda, AT&T, Chevron, Macy’s, Bank-America. Microsoft, Boeing, etc.... Dans la prison de Ventura, les prisonniers prennent les réservations par téléphone de TWA.

Faut il ajouter que ce nouveau complexe industriel ne connaît ni grèves ni syndicats, ne garantie aucune protection sociale, n’assure pas les congés, les retraites, l’assurance chômage, le paiement des heures supplémentaires, enfin on n’y trouve pas de barrière linguistique comme dans un pays étranger. Dans ces cas, le condamné non content d’être condamner une fois voit sa sanction en quelque sorte multipliée par deux.

Face à cela la solution serait elle de caractère juridique comme dans l’approche des Etats Unis qui semble vouloir réglementer pour mieux tenir compte d’un système qui garantit aux entreprises une population corvéable à merci. Mais l’administration ira t’elle jusqu’à condamner et sanctionner les principaux fleurons de l’industrie américaine. Permettez moi d’en douter !

Pour conclure, et s’agissant du plan d’action. D’abord il est fait état d’une alliance mondiale contre le travail forcé ! Mais une alliance contre qui ? Les états mais quels états ? Cette volonté, cette démarche sera t’elle non discriminatoire, non sélective ? Quand pour l’essentiel le rapport qui nous ait proposé ne retient que l’exemple des pays du tiers monde !

Pour faire quoi ? Pour s’attaquer aux causes ou pour réglementer et donc légiférer sur les conséquences ? Faut il établir une classification ou une hiérarchie dans les formes d’esclavage et de travail forcé ? Faut il faire la promotion des codes de bonnes conduites auprès des sociétés transnationales a partir d’une auto suggestion entre ces membres ?

Le mouvement syndical a t’il une place à prendre dans un partenariat, pire dans une alliance contre nature avec ceux là mêmes qui assument la responsabilité de cet esclavage des temps modernes ? Ne faut il pas plutôt qu’il construise une alliance forte et unitaire entre syndicats, de façon non discriminatoire et sans arrogance !

Pour la FSM il est évident que la lutte contre le travail forcé suppose de tenir compte du fait qu’il ne saurait y avoir de combat pour l’éradiquer sans une lutte contre les causes réelles de la pauvreté et de l’injustice sociale qui caractérise la globalisation capitaliste. Les causes sont à chercher dans la libéralisation des marchés, dans une concurrence aveugle, dans une guerre économique sans limites qui sont là les sources qui poussent les sociétés dans les pays en développement comme dans les pays développés à rechercher des formes toujours plus aliénantes et oppressantes d’exploitation. Voilà pourquoi rien ne saurait se faire sans une lutte sans concession.

Il ne saurait y avoir de compromis possible avec le travail forcé ou l’esclavage. Dans ce combat de toujours les travailleurs y ont à perdre leurs chaînes et rien d’autre !



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