Situation sociale, un aveu de taille du président du parlement de l’UE

vendredi 15 novembre 2013
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Et même si on ne partage évidemment pas tout de ses « solutions » et analyses, on ne peut que constater que même les représentants du capital se rendent compte que la situation devient intenable…

Martin Schulz et l’« inacceptable » dumping social

Entretien.
La situation actuelle conduit à la destruction du modèle économique et social dans chaque pays membre. C’est pourquoi le président du Parlement européen plaide pour revoir, d’urgence, la directive des travailleurs détachés.

Des abattoirs bretons concurrencés par des opérateurs allemands qui paient des travailleurs venus de l’Est entre 3 et 7 € de l’heure. Que faire pour en finir avec cette concurrence déloyale au sein de l’Europe ?

Là, il y a une bonne nouvelle. L’Allemagne a maintenant, dans le cadre des négociations sur le nouveau gouvernement, un accord sur un salaire minimum outre-Rhin, à 8,50 € l’heure. Autre progrès : lundi à Berlin, le gouvernement fédéral a décidé de prendre des initiatives au niveau européen afin de garantir l’égalité des droits sociaux inscrits dans la charte des droits fondamentaux de l’UE en lien avec les libertés dans le marché intérieur. Une vraie nouveauté.

Vous venez de rencontrer des syndicalistes au sujet des travailleurs détachés. Que leur avez-vous dit ?

Que nous sommes en train de négocier au Parlement européen la directive d’application de la directive des travailleurs détachés. Et que nous essayons d’améliorer la chose considérablement.

Le problème du détachement ne se limite pas à une bataille franco-allemande dans l’agroalimentaire. En France, le phénomène est en forte hausse dans le BTP, les transports et l’agriculture, autant de secteurs à protéger ?

C’est difficile car il en va du principe de la libre circulation en Europe et nous devons respecter la combinaison entre les droits nationaux et le droit européen. Reste qu’il faut combiner les libertés des marchés intérieurs avec les droits sociaux. Et obliger les États membres à garantir l’égalité de ces droits. C’est pourquoi, il faut remettre la directive de 1996 au goût du jour alors que pas mal de pays, à l’image du Royaume-Uni, plaident pour la libre concurrence sur les marchés intérieurs et y voient une opportunité de profit.

La France est à l’avant-garde pour trouver des garde-fous ?

Oui et j’espère que l’Allemagne va la rejoindre dans cette lutte.

Ce dumping est dommageable pour les salariés du pays d’accueil, les travailleurs exploités et constitue une vraie menace pour les PME
C’est exact. Il s’agit là de la destruction du modèle économique et social dans chaque pays sur la base d’une dictature du prix bas qui favorise le recours à ces travailleurs low cost. Moi je préfère une politique qui met la justice sociale au premier rang. À salaire égal, travail égal. C’est pourquoi, il y a un besoin de règles.

Que faire ?

Exercer, via les confédérations par exemple, des pressions sur les grandes entreprises qui ont pour objectif le seul profit et qui emploient des travailleurs détachés à des conditions lamentables en faisant appel à des sous-traitants qui ne sont que des exploiteurs.

Plus largement, l’Europe peut-elle jouer les gendarmes pour stopper les fraudes ?

L’abus dans le monde du travail mène à une sorte d’esclavage partiel en Europe et il faut le condamner. Les gens qui paient leurs travailleurs 2,50 € de l’heure, les obligent à s’assurer eux-mêmes, à régler un loyer pour disposer d’un... cachot : tout cela a beaucoup à voir avec l’esclavage et l’exploitation. Il faut pénaliser les gens qui le font. L’UE n’est pas un État fédéral. L’application des règles dépend de la volonté des États membres et de leurs autorités. À eux d’intervenir directement en cas d’abus.

L’Europe doit toutefois aider à faire le ménage…

L’objectif de l’UE n’est pas de créer une classe ouvrière ambulante à l’intérieur de ses frontières. La mobilité des travailleurs est un privilège mais ne doit pas devenir une obligation pour survivre. Nous sommes le continent le plus riche du monde mais la répartition de notre richesse n’est pas juste. Il faut équilibrer la répartition des chances et de la justice sociale pour tous les États européens. Et c’est l’objectif et le devoir des institutions européennes. Si on n’engage pas l’Europe dans une telle direction, la perte de notre crédibilité va s’amplifier.

Paru dans Ouest France du 12 novembre



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