Que faire le 24 avril ?

jeudi 21 avril 2022
par  Charles Hoareau
popularité : 58%

Dans cette période électorale se manifestent, et dès avant le 10 avril, tour à tour (et parfois en même temps) la déception, la colère, le désarroi, l’incertitude et la crainte pour la suite.
La campagne a été particulièrement clivante à l’intérieur même de notre camp, celui du progrès social, où l’invective a trop souvent cédé le pas à l’échange serein de points de vue différents.

D’abord il faut observer que les débats ont plus porté sur la stratégie électorale que sur le fond. Des questions comme :
- Quelle marge de manœuvre aurait un gouvernement qui veut répondre aux aspirations populaires sans se trouver bloqué par les directives de l’UE ?
- Quel volume de nationalisations ?
- Quelle politique d’éducation et pas seulement en termes d’effectifs ?
- Quelle politique internationale de la France, en Afrique ou au Moyen Orient ?
N’ont pas ou peu été abordées.

De même sur des questions comme les violences policières, l’islamophobie, les dissolutions multiples d’associations, le statut de la Corse, le rôle de l’Etat…il a manqué des discussions aptes à permettre d’approfondir la réflexion. Et ne parlons pas de Georges Ibrahim Abdallah et du statut des prisonniers en France, qu’ils soient de droit commun ou autre
En fait dans les discussions, les questions sur la tactique électorale n’ont cessé de grandir à l’approche du 10 avril (et cela continue depuis) au point de remplir l’espace.

Voici ci-après quelques éléments de réflexion qui ne prétendent pas être leçon de choses mais un avis parmi tant d’autres pour contribuer au débat et à l’analyse collective.

1) Si l’extrême droite a fait 30% (unie elle aurait été largement en tête), c’est tout simplement qu’elle a eu 11 millions trois cent mille voix et que 13 millions de personnes ont refusé de voter pour des raisons diverses.
Ce n’est donc pas, parmi les votants, « la faute » à celles et ceux qui ont refusé le vote « utile » (qu’il serait plus juste de qualifier de « stratégique ») mais la résultante de deux éléments : vote pour l’extrême droite et refus de vote.
Cette analyse est confortée par l’histoire électorale récente : il y a eu à chaque élection multiplication de candidatures à « gauche » sans que celle-ci se retrouve systématiquement éliminée au 1er tour.
Pour notre camp c’est la 1re et la plus importante question.

2) Sauf à être un partisan d’une fausse démocratie à l’américaine où deux candidats monopolisent les processus électoraux sans mettre en cause le système, il est logique que dans une élection qui en plus dans notre constitution tire toutes les autres, chaque force politique veuille s’exprimer.

3) L’union de la gauche (quelle qu’en soit la forme) est renouvelée à chaque élection depuis près de 40 ans et présentée comme la Solution. Cela laisse croire que tout est affaire de tactique électorale et relègue au second plan les questions de contenu. Pas étonnant que lorsque cette stratégie est remise en cause, elle ne soit pas comprise et suscite incompréhension, voire colère chez celles et ceux qui pensent que la multiplication des candidatures nous a privé d’un grand changement de politique surtout quand ils entendent comme argument qu’il y a entre les programmes des « différences de l’épaisseur d’un papier à cigarettes ».

4) Concernant l’élection présidentielle il convient de rappeler que Robert Hue a fait plus de voix que Roussel (et Marie George Buffet guère moins). Il n’est donc vraiment pas judicieux d’accuser le vote utile. L’argument tient d’autant moins quand on compare par rapport aux européennes qui se sont faites à la proportionnelle intégrale. Depuis 20 ans, les scores nationaux du PCF tournent autour des 2%.

5) C’est bien un effet cumulé de plusieurs éléments qui est la cause du résultat du 10 avril :
- L’absence de perspective révolutionnaire
- Une constitution qui a mis en place une monarchie élective
- Un refus de mise en cause de la dictature institutionnelle de l’Union Européenne,
- Des décennies d’une vision de la politique privilégiant les échéances électorales et délaissant le travail idéologique quotidien en lien avec les luttes.
Accuser celles et ceux celles et ceux qui n’ont pas voté pour l’un ou l’autre champion au 1er tour et/ou celles et ceux qui ne veulent pas voter Macron au second, revient à ne pas prendre en compte ces questions de fond.

6) Le peuple est piégé par les institutions et par une stratégie dictée par la résignation à l’amélioration du capitalisme faute de croire possible de le renverser. Cela, des communistes dont nous sommes, le disent et l’écrivent depuis des années [1]
. 2022, au-delà des péripéties électorales illustre à sa manière que nous sommes plus que jamais le dos au mur de la reconstruction révolutionnaire. L’ANC, à la place qui est la sienne, entend continuer à y contribuer, et pas seulement au moment des échéances électorales.


[1Voir entre autres à ce sujet :
La nasse juin 2007 http://www.rougemidi.org/spip.php?article2257
Le piège avril 2011 http://www.rougemidi.org/spip.php?article5785



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