Le Yémen quelques éléments pour comprendre

mercredi 15 avril 2015
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Rouge midi donne quelques éléments sur cette attaque décidée hors du droit international et que pourtant l’ONU vient d’avaliser en annonçant des sanctions contre les « rebelles houthistes ».

Entretien avec Sam BEN AHMED.

Les habitants du canton 4 de Marseille ont appris à découvrir ce candidat quadragénaire que Rouge Vif 13 soutenait. Au-delà de son engagement social et politique, Sam est aussi quelqu’un de très attentif à ce qui se passe au moyen orient et particulièrement au Yémen dont est originaire sa famille.

Sam à ton avis quelle est l’origine de ce conflit ?

Ce qui se passe au Yémen aujourd’hui est anormal. On a une coalition d’états arabes et non arabes avec à leur tête l’Arabie Saoudite, l’Egypte, la Turquie et le Pakistan [1] et qui ont lancé des attaques aériennes avec le soutien des USA sur toutes les bases aériennes

La volonté est claire : soutenir un président devenu illégitime qui a démissionné il y a un mois et qui est revenu sur sa démission après avoir fui dans le sud du pays. Non seulement il est illégitime mais en plus Il a appelé à une intervention militaire étrangère contre son propre pays.

Le Yémen n’avait pas besoin d’une telle attaque après les attentats de Daesh en particulier de celui du 22 mars [2].

Les forces attaquées devaient rétablir la situation et poursuivre les agresseurs de Daesh. Force est de constater que les américains ont une attitude ambigüe envers Al qaida qu’ils préfèrent protéger leurs agresseurs plutôt que de laisser les yéménites les affronter.

L’axe Ankara, Ryad, Washington, fait une nouvelle victime dans le monde arabe après l’Irak, la Libye, la Syrie, c’est au tour du Yémen qui est certainement le pays le plus en difficulté économique au proche orient.

Ces attaquent semblent créer un sentiment national qui produira des effets inverses à ceux voulus par la coalition turquo-saoudienne. Ce qui est le plus frappant c’est que cette coalition n’a jamais attaqué le gouvernement de Bachar pour protéger la population de manière frontale et là ils le font pour un président fantoche au détriment de la population.

Cette intervention se fait sans mandat de l’ONU

C’est un acte colonial et on a l’impression d’une réminiscence qui fait penser à l’empire ottoman.

J’ai eu la chance de connaître deux cultures et toutes les richesses que cela offre. Aujourd’hui je me dis je viens de perdre un pays.

Un article lu dans la presse algérienne

Les arabes en ordre de bataille

Maintenant que les arabes ont leur propre armée dont une des missions est de venir en aide aux pays membres de la Ligue Arabe dont fait partie l’Irak, la verrons-nous foncer à Bagdad pour nettoyer le pays de ses Daechiens ? Parions que non.

Quant à aller défendre Gaza (la Palestine étant également un état membre de la Ligue Arabe) lors du prochain bombardement, n’y pensons même pas.

Malgré ses louables intentions, on peut voir en cette armée un groupe de mercenaires de plus, en plus officiel et habillé de la légalité nécessaire pour effectuer des missions que l’Etat Islamique ne pouvait faire. Contrairement à DAECH, la nouvelle armée disposera d’une aviation et d’une marine. Quant aux objectifs, ils resteront les mêmes.

Jouer le jeu de la "menace chiite"

Les monarques du Golfe l’ont voulu, Al Sissi l’a fait. Le président égyptien a fait adopter cet après midi le principe de créer une force militaire arabe, au terme d’un sommet de la Ligue éponyme dont l’objet était d’accorder une caution diplomatique à l’intervention au Yémen.

En maître de cérémonie à Charm el Cheikh, Abdelfettah Al-Sissi, a exhaussé le vœu de ses chers alliés et amis du Golfe qui n’ont pas hésité à sortir leurs portefeuilles pour financer sa campagne électorale et aujourd’hui son plan de sauvetage économique à coup de milliards de dollars.

C’est pourquoi, le raïs d’Egypte ne peut rien refuser aux monarques et émirs d’Arabie Saoudite, du Koweït et des Emirats Arabes Unis.

Et, avantage collatéral, Al-Sissi en déficit de légitimité chez lui, et en manque de reconnaissance à l’international, réussit là un bon succès diplomatique. Cela ne le gênerait pas tant que çà de jouer le gendarme des pétromonarchies pour faire face à la « menace » iranienne qui n’est pas spécialement perçue ainsi en Egypte.

Mais dans cette enceinte de la Ligue arabe, les deux côtés semblent tirer leurs épingles du jeu diplomatique. Ne pouvant rembourser les gros sous qu’il a reçus de ses amis du Golfe, Al-Sissi est presque obligé de jouer le jeu de la menace « chiite » pour rester dans leurs bonnes grâces.

Les monarques s’offrent un bras armé

L’annonce officielle de la création de cette « force militaire arabe » est un faux scoop tant le sommet de Charm el Cheikh a été convoqué pour justement entériner le principe.

Il fallait aussi offrir à posteriori une caution légale et diplomatique à l’opération « Tempête décisive » menée par l’armée saoudienne contre les Houthis au Yémen. C’est désormais chose faite même si les bombardements ont commencé il y a quatre jours déjà en violation flagrante de la légalité internationale.

Il faut se féliciter de la position de l’Algérie qui n’a pas suivi les pays arabes, qui eux ont suivi à la queue leu-leu le mot d’ordre des monarques.

Le niet algérien

Le texte de la résolution de la Ligue arabe instituant cette force d’intervention précise bien l’exception algérienne en mettant en relief le caractère « facultatif » de l’adhésion.

Autrement dit, l’Algérie et d’autres pays peuvent tout à fait se sentir non concernés par cette armée de « mercenaires » qui devrait être mise en place.

La résolution adoptée souligne que cette force « sera essentiellement investie des missions d’intervention militaire rapide, à la demande du pays concerné, face aux menaces qui guettent la paix et la sécurité arabes ».

Et connaissant l’influence des pays du Golfe et de l’Égypte dans la région et au sein de la Ligue arabe, il est aisé de conclure que cette force sera leur bras armé.

Ça a tout l’air d’être un mécanisme militaire destiné à faire face à l’Iran et accessoirement au Hezbollah et au pouvoir syrien. Des « ennemis » potentiels qui ne sont pas forcément perçus comme tels du golfe persique à l’océan atlantique.
_ D’où la pertinence du niet algérien.

Source : Algerie1


[1NDLR que des modèles de démocratie

[2qui a fait près de 150 morts



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