« Nous avons démontré que des travailleurs de différents secteurs pouvaient s’associer ensemble »

lundi 4 mai 2020
par  Rouge Midi
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...Nous dit Yohann NEZRI, délégué CGT au Merlan et que Rouge Midi connait bien et pour cause ! Avec son syndicat a été mise en oeuvre une solution originale : fournir des visières de protection à l’ensemble des salari-é-e-s...sans exonérer la direction de ses responsabilités pour autant

1. Que s’est-il passé le Jeudi 23 Avril 2020 à Carrefour Le Merlan ?

Ce Jeudi-là, nous avons reçu de la part d’un collectif de particuliers bénévoles nommé 3D SOS MAKER, 150 visières de protection réalisées avec une imprimante 3D. Ces visières, ingénieuses dans leur conception et dans leur utilisation vont permettre aux travailleurs de Carrefour Marseille Le Merlan d’avoir un moyen supplémentaire de protection face au Coronavirus. Je rappelle que les travailleurs de la grande distribution, et particulièrement les caissiers/caissières sont en 1re ligne durant cette période de crise sanitaire que le chef du gouvernement à lui-même désigné comme étant une guerre.

2. D’où vous est venue l’idée de la commande des visières de protection ?

En réalité, ce n’est pas à la CGT de Carrefour Le Merlan que l’on doit cette idée. C’est une copine de la CGT de la Télécommunication, Myriam, qui avait connaissance de l’existence du collectif 3D SOS MAKER et qui nous a interpellés pour demander si nous en avions besoin. A l’origine, ce collectif d’une quarantaine de personnes réalisait des visières avec leurs propres imprimantes 3D dans le but de doter les personnels soignants de la région d’une meilleure forme de protection que celle que leur a proposée l’État jusqu’à présent.
Compte tenu du caractère insuffisant des moyens matériels mis en œuvre par Carrefour pour protéger nos collègues et nous-mêmes, nous avons évidemment accepté cette offre généreuse et avons exprimé le besoin d’en avoir en quantité suffisante pour pouvoir en fournir à tous les salarié-e-s qui sont sur le terrain en cette période extrêmement difficile.

3. Comment les salarié-e-s ont perçu cette initiative pour le moins originale ?

Tous-tes ont été ravi(e)s et ont grandement apprécié l’idée ! Nous en sommes déjà à plus de 90 visières distribuées en seulement 4 jours.
Il faut dire que depuis début Mars, ces hommes et ces femmes font preuve d’une réelle abnégation en venant travailler pour nourrir la population tout en prenant le risque d’attraper le coronavirus. Ce virus responsable du Covid-19 dont on ne sait que trop bien qu’il peut être mortel dans certains cas et on l’a malheureusement observé dans notre secteur professionnel dans lequel nous déplorons d’ores et déjà une dizaine de décès. Nous sommes d’autant plus fiers de notre travail car cette crise sanitaire aura au moins servi à mettre en exergue la valeur de nos métiers et de notre secteur qui répondent au besoin le plus essentiel de tout un chacun, qui est, avant même de se loger ou de s’habiller, de se nourrir.
C’est pourquoi nous nous battons au quotidien, et encore plus ces deux derniers mois, pour obtenir un salaire et un statut à la hauteur des efforts fournis et du service rendu à la population, qui est d’utilité publique.

4. Quel message voudriez-vous faire passer à la direction de Carrefour ?

Je pense que l’action elle-même fut le message destiné aux dirigeants et aux actionnaires de Carrefour. Nous avons montré et démontré que les travailleurs de différents secteurs et de différents horizons pouvaient parfaitement s’associer pour trouver des solutions ensemble et s’entraider dans la lutte. La solidarité entre les travailleurs ici a pallié à la négligence de Carrefour en ce qui concerne la protection des salarié-e-s, ce qui est pourtant une obligation légale.
Ce que l’on déplore le plus, c’est que nous sommes dans un groupe qui engrange près de 1,5 milliards d’euros de bénéfices en 2018, qui bénéficie de plus de 2,5 milliards d’euros d’aides de l’État (c’est-à-dire de l’argent de nos impôts) en exonération d’impôts et de cotisations sociales, au titre du CICE par exemple. Et malgré ça, Carrefour supprime plus de 10 000 emplois ces 5 dernières années et multiplie les projets qui dégradent les conditions de travail et la qualité de service, qui favorisent l’automatisation du travail et la baisse des rémunérations des salarié-e-s via la réduction des primes... Nous sommes tristes de dire que cette liste n’est pas exhaustive.
Sachant cela, il est donc pour nous inadmissible que Carrefour ne mette pas tous les moyens en œuvre pour protéger les salariés. A plus forte raison quand on sait que la conception et la réalisation de ces visières de protection ont un coût vraiment dérisoire. Carrefour veut-il vraiment nous faire croire qu’il n’aurait pas pu investir dans une solution similaire et la déployer à l’échelle nationale ?

Finalement, le vrai message est que les travailleurs n’ont pas attendu après Carrefour pour trouver une solution de protection efficace contre le risque de contamination car ils ont bien vu que le seul objectif du PDG et des actionnaires est de faire encore plus de profit, même dans une situation pareille et au détriment de la vie des salarié-e-s qui passe systématiquement au dernier plan.

Voilà pourquoi, nous revendiquons que ce sont ceux qui créent les richesses qui doivent décider pour eux-mêmes, et c’est à eux que devraient appartenir les moyens de production et de distribution, ainsi qu’à la population qui est consommatrice.

Le 29 Avril 2020



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