24 juillet : une confirmation et une urgence

lundi 26 juillet 2021
par  Charles Hoareau
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Encore plus de monde dans chaque ville et encore plus de villes théâtres de manifestations, c’est le 1er constat que l’on peut dresser de la journée du 24 juillet. De l’aveu même du ministère de l’intérieur c’est plus de 50% de hausse d’une semaine sur l’autre ! En plein cœur de l’été ce n’est pas banal et d’ores et déjà historique.

Manifestations denses avec bien plus de pancartes que de banderoles, où les slogans « Liberté » et « Tous ensembles » étaient quasiment les seuls criés par une population en mal de mots d’ordre signes tout à la fois de sa diversité, sans doute aussi pour une grande part de son inexpérience des manifestations et de l’absence d’organisations.

Une confirmation

Comme samedi dernier, dans nombre de villes, ce sont les milieux populaires qui se sont mobilisés en priorité. A Marseille, Toulon, Avignon ou ailleurs on reconnaissait nombre d’habitantes et d’habitants des cités les plus pauvres mais aussi, et les discussions le confirment, principalement des personnels de petites entreprises qui sont bien plus opposés au pass sanitaire qu’à la vaccination.

Contrairement à la caricature que les médias en font et qui n’est pas sans effet jusque dans notre camp, ce ne sont pas les complotistes antivax, ni l’extrême droite, même de manière dissimulée qui menaient la danse ce samedi. Ainsi on a pu observer qu’à Paris, la manœuvre Philippot a pris du plomb dans l’aile avec la faiblesse du rassemblement auquel il appelait non seulement par rapport au samedi précédent mais surtout comparé à la manifestation partie de Bastille et qui ne voulait rien à voir à faire avec la droite extrême. Et de ce que l’on sait on n’a pas vu dans les manifs des allusions scandaleuses à la seconde guerre mondiale et relevant du révisionnisme. On observait dans les cortèges du monde et des militantes et militants du camp progressiste en nombre plus élevé que le 17 juillet. Bien sûr il ne s’agit pas de nier le fait que parmi les manifestants il y ait pu avoir des gens séduits par les idées du camp d’en face mais s’il y en avait ils n’étaient guère visibles et pas majoritaires à part dans quelques villes.

Un point commun à ces manifestations c’est la présence plus nombreuse et affirmée de membres de la CGT souvent à l’appel d’unions locales ou départementales malgré l’absence d’impulsion confédérale. Sans doute que la tribune unitaire que l’ANC a demandé à signer a aidé. Également étaient visibles des drapeaux de Solidaire.

A notre connaissance, l’ANC était une des rares organisations nationales à avoir appelé sur la base d’un texte rédigé juste après les annonces de M. Macron et qui mérite d’être largement actualisé, avec les dernières dispositions annoncées en particulier celles qui ouvrent la voie à des licenciements totalement arbitraires en vertu d’une disposition de suspension (sic !) du code du travail. Et ce sont bien l’ensemble des mesures qui faisait la mobilisation. A Marseille nos tracts ont été très bien accueillis et fait nouveau, des manifestants sont venus nous demander des autocollants ce qui fait qu’au bout d’un moment notre sigle frappé de la faucille et du marteau était visible sur un nombre important de poitrines. Ce 24 juillet fut donc une confirmation : celle d’un mouvement profond, enraciné, diversifié et qui proteste non seulement contre le pass mais aussi contre l’ensemble des mesures.

Une urgence

Dans les manifestations, plusieurs salariés de la santé mais aussi et surtout du commerce, faisaient état de notes de service déjà diffusées, menaçant les personnels non vaccinés de privation de deux mois de salaire et de licenciement, alors que la loi n’est pas encore passée et que de plus ils ne sont pas censés être tous concernés par la loi en discussion.

Car derrière cette affaire de pass sanitaire ce sont bien des centaines de licenciements qui se jouent et l’urgence est là. Urgence d’agir avant que la loi ne passe et pendant que l’on peut peser sur les discussions. D’ores et déjà, les manœuvres en cours entre le Sénat et l’Assemblée, montrent d’ailleurs que la mobilisation actuelle qui ne demande qu’à grandir, n’est pas sans effet.

C’est d’ailleurs un des sujets de discussions pour les syndicalistes et les militants politiques. Il en est parmi les absents de ce 24 pour se dire que cela repartira plus fort en septembre et que juillet n’est pas la meilleure période pour mobiliser. Sans doute. Mais c’est maintenant que la loi se vote.

C’est maintenant que l’on peut influer. Une fois votée ce sera une autre paire de manches. L’histoire sociale nous apprend que si le mouvement social a pu faire modifier et même échouer un projet de loi en discussion et contraindre le pouvoir à renoncer avant le vote, jamais il n’a réussi à faire abroger une loi votée malgré la protestation en cours. Des lois anciennes ont bien sûr été abrogées sous la pression populaire mais jamais au moment où le pouvoir réussissait à les imposer malgré les protestations. Une fois votée il a toujours fallu des années pour qu’il y ait un retour en arrière. La loi El Khomri en est un exemple récent mais il y en a bien d’autres. Même 1968 n’a pas réussi à faire abroger les ordonnances de la sécurité sociale, mot d’ordre alors présent dans toutes les manifs.
Même le CPE fut voté malgré les manifs nombreuses et la mobilisation de la jeunesse. Et s’il ne fut finalement pas appliqué, c’est parce que les décrets d’application ne sont pas parus.

C’est maintenant qu’il faut pousser et donner espoir à un peuple qui a soif de victoires après des années de reculs sociaux. Plus nous serons nombreux à porter de façon indissociable la question des libertés et celle du refus de la régression, plus nous ferons peser la balance du côté du progrès social. Les personnels en grève dans de nombreux établissements de santé l’ont bien compris de même que les cheminots CGT qui ont obtenu de leur direction que, pass sanitaire ou pas, il n’y aura aucun licenciement pour ces motifs.

C’est à cette tâche que par nos tracts, nos prises de parole, nos explications, notre refus de la division du monde du travail sur ces questions et notre participation aux mobilisations, le moment présent nous appelle.


En médaillon une banderole de la manif marseillaise.



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