Sarah Palin : Alaska c’est exquis.

jeudi 18 septembre 2008
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En plus de son triple credo : Jésus, les armes et les bébés, l’ex-miss colistière de Mc Cain a aussi quelques casseroles.

Si John Mc Cain, le candidat républicain à la présidentielle américaine, est un héros de la guerre du Vietnam respecté dans son pays, la candidate à la vice-présidence qu’il vient de se choisir, Sahra Palin, ci-devant gouverneur d’Alaska, est plutôt l’héroïne d’un feuilleton télé tendance trash !

Depuis sa nomination, le 29 août, les révélations ont plu, ou plutôt neigé, sur son chignon et ses lunettes d’institutrice de « VP (vice-présidente) la plus sexy de l’Etat le plus cool », selon le slogan des nouveaux badges réublicains.

« Au lieu de rentrer chez moi pour regarder »Miss FBI« avec Sandra Bullock, je reste là et je regarde »Miss Vice-Présidente" avec Sarah Palin.

Un vrai régal  , l’a aussitôt épinglée la célèbre chroniqueuse du »New York Times« Maureen Dowd, effarée par sa »ridicule histoire à la Cendrillon".

Avec dans le rôle de scénariste l’ex-conseiller de Bush Karl Rove , expert de l’ombre en mise en scène politique, qui a selon certains soufflé à Mc Cain ce choix judicieux : Palin, une ex-dauphine de Miss Alaska âgée de 44 ans pour faire pendant à Obama, le beau gosse de Hawaïï de 47 ans !

Sur le papier, Sarah, qui fut d’abord élue « Miss Sympa », a en effet tout pour séduire l’Amérique profonde et pour faire fondre la base religieuse et ultraconcervatrice du Parti républicain restée glaciale à l’égard de Mc Cain.

Cette mère très chrétienne de cinq enfants et ex-mère de sa bourgade de Wasilla, 7 000 habitants, est contre l’avortement même en cas de viol ou d’inceste, et elle allaite encore son petit dernier, Trig, âgé de 5 mois, qui est trisomique et qu’elle a choisi de garder, alors qu’elle était informée du risque, comme « un cadeau de Dieu ».

Membre à vie du puissant lobby des armes à feu (NRA), cette jeune, « mummy » se réjouit de voir son aîné, Track, 19 ans, partir en Irak dans une brigade d’assaut ce 11 septembre (tout un symbole...)

Elle a elle-même appris à chasser le caribou avec son père, l’homme qui a abattu le grizzly dont la peau orne son bureau de gouverneur.

Celle qui fut surnommée au lycée « Sarah Barracuda » pour son agressivité au basket-ball pêche volontiers le saumon et le crabe géant dans le détroit de Béring : l’un d’eux trône aussi sur son bureau...

Notre Jeanne d’Arc au M16 s’est aussi fait une spécialité de dégommer ses mentors locaux, tel le tout puissant sénateur républicain Ted Stevens, au nom de la chasse aux corrompus et de mitrailler les élites de Washington, dépensières et arrogantes.

Mais trois jours seulement après sa nomination, gros retour de manivelle.

Les voies du Seigneur sont impénétrables : Sarah Palin, qui prône l’abstinence avant le mariage et rejette toute éducation sexuelle, se voit forcée de confirmer que sa fille Bristol, 17 ans, est en fait enceinte de cinq mois.Et que cette dernière va, bien entendu, garder l’enfant : cet autre don du ciel !

Enfin, que le mariage est évidemment pour bientôt avec le tout jeune père, le champion de hockey du lycée, qui se présente comme un « putain de plouc » ( « fucking rednek ») sur son site perso...

Autre rebondissement familial : Sarah est aussi sous le coup d’une enquête officielle qui doit aboutir le 31 octobre (quatre jours avant le scrutin présidentiel !).

Car elle est soupçonnée d’avoir fait sauter le commissaire de la sécurité publique d’Alaska, Walt Monegan, qui refusait de virer à sa demande le policier Mike Wooten, son beauf, alors en plein divorce sanglant d’avec sa soeur Molly.

Un charmant garçon, il est vrai, qui a tiré au pistolet Taser sur son beau-fils, âgé de 10 ans, et aurait menacé de flinguer le père de Sarah, Chuck Palin !

C’est Dallas-sur-Arctique, ou peu s’en faut...

Puis l’avalanche de révélations a continué au rayon politique.

Palin, farouche patriote américaine et militariste, est accusée d’avoir flirté avec le parti indépendantiste d’Alaska, dont son mari était membre.

Au rayon politico-religieux, Sarah demandait en juin dernier aux paroissiens de son église locale de prier pour les soldats en Irak en vertu d’un « plan de Dieu » mais aussi pour la construction d’un gazoduc géant à 40 milliards de dollars, dont elle a débloqué la construction, afin d’assurer l’indépendance énergétique américaine.

Après avoir présidé la juteuse commission des Réserves gazières et pétrolières d’Alaska et en avoir démissionné avec fracas pour dénoncer ses collègues corrompus, Sarah Palin, devenue gouverneur puis candidate, souhaite ardemment créer des forages pétroliers en pleine réserve naturelle de l’Artique.

Il faut dire que le mari de Sarah, Todd, pêcheur professionnel, syndicaliste et champion de motoneige, est aussi employé partiel sur un champ pétrolier par la British Petroleum...

Quand son épouse a été élue gouverneur, il avait démissionné pour incompatibilité, mais il a repris le boulot six mois après !

Submergé par cette avalanche de casseroles petites et grandes, le Parti républicain a dépêché en urgence en Alaska une douzaine de juristes.

Mais nul ne sait si Mc Cain, qui espérait ainsi « rafraîchir » sa campagne et draguer le vote féminin, populaire, rural et religieux, regrette aujourd’hui son coup de poker, alors qu’il n’avait rencontré Palin qu’une seule fois l’hiver dernier...

Un peu léger ?

D’autant que la principale faiblesse de Palin est encore ailleurs !

C’est à dire dans son inexpérience crasse : après six ans de mandat municipal dans sa toute petite ville, elle n’est gouverneur que depuis décembre 2006 d’un Etat certes immense et doté de 20% des réserves énergétiques du pays, mais peuplé de 670 000 habitants seulement.

Sur la scène internationale, zéro pointé : elle n’a un passeport que depuis un an, et son premier voyage à l’étranger a été pour une base américaine au Koweït en juin 2007, ou elle s’est exercée au tir de nuit !

Ce barrage suffira-t-il pour négocier avec Hu Jintao ou Poutine si Mc Cain, 72 ans, venait à passer l’arme à gauche en cours de mandat ?

Oui, tente de se rassurer John Mc Cain lui-même :« L’Alaska est tout près de la Russie. Alors, elle la comprend ! ».

Et son mari est un huitième esquimau, donc il a peut-être des ancêtres sibériens !

Par David Fontaine dans Le Canard enchaîné du 10/09/2008

Transmis par Linsay



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