Chantal Brunel est dans un bateau...

jeudi 17 mars 2011
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Après des années sans faire de vagues, la pâlotte députée UMP de Seine-et-Marne a enfin déclenché son petit tsunami.

Mais qu’est-ce qui lui a pris ?.

Mardi 8 mars, Journée de la femme, Chantal Brunel laisse fuser cette phrase qui la fait entrer dans l’Histoire, sur les immigrés « qui viendraient de la Méditerranée » :

« Après tout, remettons-les dans les bateaux ! »

Et de poursuivre :

« Marine Le Pen n’a aucune solution à proposer. Nous, on doit montrer qu’on a des solutions ».

Tsunami médiatico-politique !

A gauche, bien sûr, mais aussi à droite, où tous ses amis, même son mentor Copé, la désavouent, de Fillon (« des propos que nous n’approuvons pas ») à Baroin (« regrettable ») en passant par Accoyer (« a dérapé, c’est évident »).

Mais elle n’en démord pas.

Elle explique à la manière MAM : en disant qu’elle n’a pas vraiment dit ce qu’elle a dit mais qu’elle l’a dit quand même, ce qui fait que les gens l’ont mal comprise car les gens sont méchants.

Ses propos auraient « fait l’objet d’un raccourci ».

D’ailleurs, « en aucun cas je n’ai voulu signifier que des clandestins repartent chez eux sur les mêmes bateaux », ajoute-t-elle (finement ?).

Et de préciser :

« Beaucoup de gens disent : »Chantal a dit ce que beaucoup de gens pensent".

C’est exactement l’argument de notre facho national et de fifille, tout farauds de dire tout haut ce que les gens sont censés penser tout bas...

Disposerait-elle, comme nous le confie un de ses amis politiques forcément macho, d’« un QI à peu près égal à celui d’une tête de linotte ? » et d’un « sens politique absolument désastreux ? ».

Jusqu’ici, Chantal Brunel n’avait jamais fait beaucoup de vagues.

Ce n’était pourtant pas faute d’essayer.

Les débuts sont sages.

De droite dès le biberon.

Des études de socio à Nanterre (juste avant Mai-68, ouf !), puis Sciences-Po.

Une longue tournée des cabinets ministériels à partir de 1972 : dix ans dans l’ombre de géants comme Michel Poniatowski ou Christian Bonnet, alors premiers flics de France, ce qui la familiarise avec la pensée musclée et Claude Guéant.

Puis elle bifurque, se lance dans le business, reprend une imprimerie à Torcy, la voila cheffe d’entreprise, tandis que son mari dirige Monoprix.

S’ennuie-t-elle ?.

A 50 ans, à l’abri du besoin, elle se lance enfin en politique.

Nous sommes en 1998, l’UDF la balance dans la 8e circonscription de Seine-et-Marne, réputée imprenable, et, stupeur de tous et d’elle-même , elle la prend !.

La voila conseillère régionale.

Puis députée UMP en 2002, mandat renouvelé le tour d’après.

Son problème, dès lors : comment exister en dehors de la Seine-et-Marne ?.

Comment faire des vagues ?.

On la voit s’agiter à droite et à droite.

Elle pond une tribune dans « Le Figaro » pour dire que, si les femmes portent la burqa c’est à cause de Mai-68 : plouf.

Elle essaie de faire « introduire les principes de la charia » dans le droit de la finance, afin de pouvoir drainer l’épargne islamique, initiative pas piquée des vers ; saisi par le PS, le Conseil constitutionnel bloque net ses deux articles de loi, plouf.

Est-ce par vraie conviction qu’elle prend d’assaut le créneau femmes ?.

Elle sort un bouquin sur les violences faites aux femmes, plouf.

Elle propose de rouvrir les maisons closes, plouf.

On la bombarde rapporteuse d’un machin intitulé Observatoire de la parité, et, fin mars 2008, au nom de la parité, justement, la voila nommée porte-parole de l’UMP en compagnie de Dominique Paillé et Frédéric Lefèbvre.

Mais ils ne la laissent pas en placer une, et hop ! dehors au bout de quelques mois.

Rien de bien saillant, donc.

A part une petite vaguelette quand, en avril 2008 à l’Assemblée, elle questionne la ministre Lagarde sur l’avenir des « 359 niches fiscales », déclenchant ainsi une standing ovation des députés de gauche (en fait, l’opération, téléguidée depuis l’Elysée, avait pour but de lancer médiatiquement le tour de vis fiscal sur les niches).

Et aussi : l’été dernier, elle remporte le concours permanent du « Canard » (7/7/10).

« Ma binette partout » : dans « Le journal de votre députée Chantal Brunel », qui ne compte que 22 pauvres pages, Chantal Brunel réussit l’exploit de montrer pas moins de 71 fois sa binette.

C’est dire...

Aujourd’hui, la célébrité de Chantal Brunel a débordé des frontières de Seine-et-Marne.

La panique a du bon, non ?.

Elle a été la première à paniquer.

Vingt-quatre-heures après le fameux sondage propulsant Marine Le Pen au second tour, elle a lâché sa petite phrase.

Et, ainsi, dit tout haut ce que la moitié des élus UMP pensent tout bas : tout pour sauver son siège !.

A n’importe quel prix, même en se montrant aussi facho que les fachos !.

« Elle a parfois une spontanéité qui trahit sa pensée profonde », dit un de ses amis politiques.

Elle éclabousse enfin.

Par Jean-Luc Porquet dans Le Canard enchaîné du 16/03/2011

Transmis par Linsay



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