Zozo est arrivé.

jeudi 14 avril 2011
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Condamné pour incitation à la haine raciale, le journaliste multicarte est le vengeur démasqué de la droite réac qui rêve de s’engager avec Marine.

L’UMP est défaite, le grand Séguin est mort, le vieux Chirac a des absences, Sarko n’est plus ce qu’il était, heureusement un cavalier qui surgit hors de la nuit court vers l’imposture au galop :

« On n’est pas couché ! » crie -t-il à la droite, qui veut rester debout mais ne cesse de piquer du nez.

Som nom, il l’écrit à la pointe du micro, d’un Z qui veut dire Zemmour.

Faut-il que la Sarkozye soit au tréfonds pour recruter comme maître à penser le moins drôle de la bande à Ruquier...

« La droite Zemmour » est en couverture du « Point » , après avoir fait celle de « Minute » il y a quelques mois.

Elle est chaque matin sur RTL, chaque semaine dans le « Fig-Mag », le samedi soir sur le service public, et le câble n’est pas épargné.

Elle est partout, mais elle se dit bâillonnée, ce qui trahit son complexe de persécution.

Zemmour condamné pour incitation à la haine raciale, les consciences morales se sont élevées, de la Corrèze (Denis Tillinac) aux baise-beiges.

« On tue Voltaire » a lancé Christian Vanneste. Le député UMP chasseur d’homos pensait sans doute au Voltaire qui narrait à plaisir les aventures de Lully :

« Sur la mer, il se mit à branler le vit d’un matelot endormi. Il se réveille en colère : »Pardonnez-moi, monsieur, dit Lully, je croyais que c’était le mien".

La droite Z, comme zozo, se distingue en ce qu’elle tripote les idées de la Marine en feignant de jouer avec les siennes.

A ce petit jeu, Zemmour est bien son nouveau champion.

Il fustige l’avortement, qui, depuis la loi Veil, aurait privé la France de 7 millions de personnes et emêché d’écraser l’Allemagne, il geint devant la toute-puissance du sexe faible, il vilipende la ministre Dati qui ne donne pas un prénom français à sa fille, il dénonce ces « familles musulmanes qui interdisent à leurs enfants de parler à la maison le français, la langue du diable », il applaudit Guéant quand celui-ci assène qu’à cause des immigrés les Français ne se sentent plus chez eux.

Il professe qu’il y a une race noire et une blanche, et il connaît les statistiques mieux que personne :

« La plupart des trafiquants sont noirs et arabes, c’est un fait ».

A chaque sortie, il explose l’audience.

Au point de finir convoqué à celle du Palais de Justice.

Ca ne vous rappelle personne ?.

Sa condamnation l’a amené à réclamer l’abolition des lois mémorielles et de celle qui réprime racisme et négationnisme.

Il est interdit d’interdire sa liberté de penser.

Zemmour a beau conchier68, il en conserve ce qui le sert....

Sa condamnation lui a apporté la consécration.

Mougeotte voulait le virer du « Figaro », où l’avait introduit la communicante Anne Méaux, il a dû plier face aux foules en délire.

RTL et France Télés le couvent, tant qu’il dope l’Audimat.

Le réac est tendance.

Trop content d’avoir un héritier mâle, Le Pen l’a adoubé.

« Bienvenue au club », a-t-il dit, ce qui vaut reconnaissance de paternité.

Et l’UMP l’a applaudi.

Copé, son secrétaire général, en tête.

La droite a à ce point perdu le nord qu’elle a pris Zemmour comme boussole.

Sarko l’a même invité à sa table sur les conseils de son ami Carignon, qui s’y connaît en repris de justice.

Avec Buisson, il forme un beau couple, c’est Laurel et Hardy en triste.

Le journalisme mène à tout à condition d’en sortir.

Zemmour prépare les lendemains qui chantent.

« Les différences entre le FN de Marine le Pen et la droite de l’UMP sont devenues résiduelles », écrivait-t-il la semaine dernière dans le « Fig-Mag ».

Et voilà comment il redonne espoir à une droite Z, comme zéro, qui se cherche un avenir mais n’ose pas passer la bague au doigt de la Marine.

Lui ose tout, c’est à ça qu’on le reconnaît.

Lucette, sa maman, lui a donné une confiance inoxydable.

Il ne connaît pas le doute.

Il a lu tous les livres et, au royaume des incultes de la télé, il n’a pas mal à se croire le plus fort.

A un Ramzy, compère d’Eric, qui se plaint de sa propension au jeté de noms, il rétorque, magnifique :

« Excusez-moi d’avoir lu des livres ».

Admirable de suffisance !.

A ce rythme, il finira à l’Académie...

« Quand vous décrivez le réel, vous êtes traité comme un criminel », se plaint-il aussi.

Le réel ?.

Parce qu’il est né à Montreuil, a grandi à Drancy - et vit à la Madeleine -, il croit connaître les cités aujourd’hui.

C’est le petit Nicolas qui s’est fait prêter le DVD de « Neuilly sa mère ! » pour se tenir au courant.

Zemmour est un vrai journaliste à la française, il est pétri de certitudes.

Il commence surtout à devenir un vieux con qui ne voit pas que le monde bouge.

Il est le fils de rapatriés-noirs qui a cherché à tous crins à s’assimiler, dans les années 60, jusqu’à vouloir intégrer l’ENA, l’école de l’élite de la République.

Il n’a pas poussé l’assimilation jusqu’à réussir le concours, manqué par deux fois, mais il pousse le paradoxe jusqu’à exiger des jeunes des cités d’aujourd’hui, surtout s’ils sont colorés, toujours plus d’excellence.

Comme si l’ascenseur social avec lequel il a grimpé les étages fonctionnait encore, comme si la montée des communautarismes ne venait pas d’un surcroît de désintégration sociale dans les banlieues et non d’un excès d’angélisme des associations antiracistes qu’il exècre.

Avec son simplisme de cour d’école, son déclinisme de dépressif, son antimondialisme de patronage et son machisme de bistrot, Zemmour séduit la droite.

Il la décomplexe.

Elle aime son oscillation entre le politiquement bébête et le politiquement infect qu’il dissimule derrière un pompeux combat contre le « politiquement correct ».

Autrefois la droite avait Aron pour l’aider à penser, aujourd’hui elle a un paon.

Zemmour se rêve Chateaubriand, mais il est plus bruyant que le château.

Encore qu’il ne dédaigne pas les monuments, puisqu’il a fêté ses 50 ans à la petite Malmaison, la résidence de Joséphine, où des jeunes gens en costume de grenadier - il aime aussi Napoléon - accueillaient les invités.

Il y a vingt ans, William Abitbol, un conseiller de Pasqua, l’initiait au souverainisme, maladie infantile du lepénisme.

Abitbol, depuis, est devenu restaurateur, et lui règne sur le Café du commerce hexagonal de Zemmour, en quittant les plateaux télé, relit Saint-Simon :

« Mon estime pour moi-même a toujours augmenté dans la mesure du tort que je faisais à ma réputation ».

C’est dire s’il se tient en haute considération.

Par Jean-Michel Thénard dans Le Canard enchaîné du 06/04/2011

Transmis par Linsay



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