Pole emploi les prive de leurs allocations ? Les chômeurs contre attaquent !

dimanche 3 juillet 2011
par  Charles Hoareau
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On savait que les chômeurs avaient tout à craindre de la fusion ASSEDIC ANPE [1] nos craintes sont confirmées et la réalité dépasse ce que l’on pouvait imaginer. Si c’était loin d’être parfait du temps de l’ANPE et de l’ASSEDIC, aujourd’hui c’est encore pire !

Une réglementation confuse et lourde, des personnels changés de poste à qui l’on demande une technicité et une polyvalence hors pair, des employés précaires et sans formation, des services entiers explosés, un accueil de plus en plus mal adapté et impuissant à répondre aux questions des demandeurs d’emploi, des chômeurs spoliés par un système davantage pensé pour l’exclusion que pour le droit au revenu de remplacement, bref tout s’accumule.

Pour le moment le gouvernement qui a de fait repris la gestion de l’indemnisation (et par la même occasion accentué son poids sur les radiations) n’a pas eu trop à souffrir des actions de chômeurs. Pour le moment…

En effet les signaux d’alerte s’amoncellent. A l’automne dernier Pôle Emploi avait connu non seulement la plus grande grève de sa jeune histoire (l’institution a été créée en décembre 2008) mais aussi sans doute le plus fort mouvement depuis la création de l’ANPE (1968) et celle de l’UNEDIC (1958) [2]. Depuis plusieurs mouvements de grève portant essentiellement sur les conditions de travail et le sens de celui-ci ont eu lieu. Sourde aux demandes du personnel et à celles non moins légitimes des chômeurs, la direction provoque un mécontentement qui ne cesse de s’amplifier.

A Marseille le 24 mai 6 CDD dont le contrat n’a pas été renouvelé ont assigné Pôle Emploi tout simplement parce que l’emploi qu’ils occupaient n’a pas été supprimé mais que la direction, sans doute pour éviter de leur faire un CDI, en a recruté d’autres à leur place…

Dans ce contexte de non service pour des gens acculés financièrement pas étonnant que l’on assiste, à défaut d’actions massives et coordonnées, à des expressions isolées de colère de plus en plus fréquentes, colères spontanées qui se retournent le plus souvent contre celles et ceux qui sont en première ligne, les seuls à qui ils peuvent s’adresser, les agents d’accueil. La situation est telle que la CGT de Pôle Emploi a porté plainte contre sa direction pour non assistance à personnel en danger : une première !

Rassembler des chômeurs attaqués individuellement.

Toute la difficulté pour les chômeurs c’est qu’ils sont seuls devant l’institution à chaque fois que celle-ci prend des mesures avec lesquelles ils sont en désaccord. De plus, la logique à l’œuvre dans l’institution, est de plus en plus une logique financière qui porte comme stratégie la traque aux chômeurs et le déni de leurs droits. Cela vous semble exagéré ?

- Une chômeuse prend un emploi à temps partiel ce qui représente pour elle une perte d’allocation (et après on dira que les chômeurs ne veulent pas travailler…). Dans ce cas là la réglementation prévoit que la personne puisse toucher un complément de rémunération pendant un an à condition de fournir à Pôle Emploi un justificatif mensuel d’activité portant le nombre d’heures effectuées dans le mois. C’est ce que Nathalie [3] fait. Au bout d’un an, quand son CDD, se termine Pôle Emploi lui indique qu’après une lecture plus attentive de ses fiches de paie, le complément lui a versé à tort…et qu’elle doit maintenant rembourser 3000€ !!

- Nadia, après avoir eu les pires difficultés pour faire reconnaître son statut de journaliste au chômage (pourtant bien mentionné sur ses fiches de paie), voit son allocation amputée de deux indus qu’elle conteste et comble de tout, reçoit en seul mois plus de 20 courriers contradictoires sur le montant et la durée de ses droits. Dans ces conditions pas étonnant qu’elle ne comprenne pas grand-chose à leur mode de calcul !!

Et on pourrait multiplier les exemples. A une telle on veut imposer d’attendre l’issue de son procès prud’homal (environ 2 ans !!) pour l’indemniser, à telle autre qui a essayé de monter son entreprise et qui a fait faillite on interprète bizarrement les textes afin de la priver d’allocations…Les exemples se multiplient. Non seulement les droits des chômeurs sont réduits convention après convention, mais en plus tout est fait pour les décourager d’en percevoir…

C’est dans ce contexte que 4 chômeuses, 4 pour l’instant, ont décidé, soutenues par le comité chômeurs CGT, de contre attaquer. Distribution de tracts, affichage et point de presse mardi 28 juin devant l’antenne Colbert. En distribuant les tracts elles et ils ont reçu un excellent accueil des chômeurs ce qui n’est pas une surprise, mais aussi du personnel ce à quoi ils s’attendaient moins. Devant une antenne, une agente sort et leur explique qu’elle est en CDD à 900€ par mois et qu’elle se fait engueuler par des gens excédés par le fait que personne ne réponde à leurs demandes, ce qu’elle est, elle aussi, bien incapable de faire.

Mardi dernier, accompagnées de leur avocat Me Julien BERNARD, nos 4 chômeuses, et le comité chômeurs avec, ont expliqué à la presse qu’elles ne se laisseraient pas faire et iraient jusqu’au bout, autant pour elles par nécessité économique, que pour l’ensemble des chômeuses et chômeurs confrontés comme elles à l’arbitraire et la restriction de droits. Pôle Emploi, qui, dans la perspective de la venue de la presse, avait fait décoller la veille des affiches…que le comité a recollé aussitôt, n’a pas souhaité répondre aux journalistes présents…
Sans doute que sa direction devait méditer la pensée de La Rochefoucauld : « Il n’y a pas de questions indiscrètes, seules les réponses le sont parfois ».

Si la presse avait été reçue elle aurait pu leur poser une question très discrète : trouvez-vous normal que dans un pays où un…travailleur payé 4500€ par mois pour un travail qu’il n’a pas fait, voit son salaire versé à l’employeur qui lui réclame ses heures, par le cabinet du 1er ministre, et que dans le même temps l’on retienne les quelques dizaines d’euros de leurs allocations à des chômeurs…qui ne demandent qu’à travailler ?

On doit avoir mauvais esprit et tout mélanger…

D’ores et déjà l’action a permis qu’un premier rendez vous avec la direction départementale de Pôle Emploi et le médiateur soit fixé le 5 juillet. Nos 4 chômeuses, accompagnées du comité et de la CGT Pôle Emploi qui les soutient depuis le début s’y rendront. On verra bien ce qu’il en sortira. Mais Pôle Emploi est prévenu : tous sont déterminés.


[1voir nos articles et la série Comptes et mécomptes de Pôle Emploi et suivants)

[2voir historique de l’institution

[3les prénoms ont été changés



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