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PCOT, finie la clandestinité, un retour au grand jour

vendredi 17 juin 2011
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Représenté par son très populaire dirigeant, Hamma Hammami, le parti communiste tunisien (PCOT) de l’après révolution semble avoir des choses intéressantes à dire sur la situation actuelle du pays, les défis qui demeurent urgent à relever (ce qui est déjà une sacrée paire de manche) mais plus largement aussi sur la place du communisme au niveau international et dans nos sociétés modernes.

Dans un entretien écrit et vidéo donné à un journal local, intégralement en français, l’indéfectible militant contraint pendant des années à la clandestinité, condamné et incarcéré sous le régime Ben Ali, expose son programme pour la Tunisie nouvelle. Il y passe en revue des thèmes tout aussi brûlants que le droit et le statut des femmes, le devenir de la classe ouvrière, le problèmes des régions et des milieux ruraux, la question de la religion pour laquelle ce professeur de lettre et de civilisation arabo-musulmane n’envisage d’autre alternative qu’une très nette séparation avec l’Etat (bien que l’Islam soit reconnu par ce derniers comme la religion de la majorité absolu du peuple tunisien), la propriété privé et le partage des richesse. Il s’explique aussi sur une supposée alliance avec le parti d’obédience islamique, Ennahda .

Pour le volet "internationaliste", que le chef de file du PCOT ne quitte pas de vue, il reprend dans ses grandes lignes la théorie marxiste-Léniniste pour définir une vision de l’histoire non linéaire. Tout autant d’un point de vue plus pratique, et sous les questions persistantes de la journaliste, il revient sur ce qu’il appelle "l’expérience du communisme en URSS" afin de montrer que malgré tout le communisme n’est pas mort pour autant.

Hamma Hammami l’un des symboles de la résistance au régime déchu, sorti de la clandestinité depuis le 14 janvier, demeure farouchement attaché à ses idéaux et principes. A ses yeux, il serait faux de dire que le communisme est enterré ; "l’effondrement de l’ex-URSS n’est que l’échec d’une expérience". Invité vendredi dernier des rencontres politiques de Gnet, le fondateur et dirigeant du Parti Communiste Ouvrier tunisien (PCOT), répond à nos questions sur le report des élections, les conflits tribaux à Metlaoui, ses choix économiques, son modèle de société, ses rapports avec Ennahdha…

Avant de se livrer au jeu des questions/réponses, Hamma Hammami appelle son épouse, Me Radhia Nasraoui, histoire de s’enquérir de ses nouvelles et de chercher auprès d’elle inspiration et réconfort. Le chef du PCOT qui vient d’obtenir une victoire par rapport à ses adversaires, en voyant son vœu pour le report des élections exaucer, rappelle : "dès le début, nous avons demandé le report des élections au mois octobre ; ce n’est pas pour des raisons partisanes, mais pour des raisons objectives. Les partis qui ont été contre le report sont animés par des objectifs partisans, ils se croyaient mieux préparés que d’autres". Les élections en elles-mêmes ne sont pas une fin en soi, dit-il en substance, "notre objectif est d’asseoir sur des bases solides une véritable démocratie en Tunisie".

Le PCOT a maintenant plus de temps pour se préparer à cette échéance électorale et a déjà tenu des réunions publiques dans une quinzaine de régions qui se sont très bien passées. "Nous avons remarqué que les Tunisiens veulent connaitre le PCOT. Des milliers de citoyens veulent y adhérer, parmi eux beaucoup de femmes voilées. Le voile n’indique pas automatiquement l’appartenance politique à un parti religieux, ces femmes avaient une idée fausse de ce que propose le PCOT, surtout au niveau de la question de l’identité et de la religion. Elles disent que nous étions avec vous sur le plan social et politique, mais avons de fausses idées sur votre conception de la relation Etat/religion. Nous considérons que le PCOT nous donne plus de garanties même au niveau de la liberté de conscience, qu’Ennahdha ou autres".

"L’Etat doit garantir la liberté de conscience"

Hamma Hammami dit considérer l’Islam comme la religion de la majorité absolue du peuple tunisien. "Un parti politique qui se respecte et qui veut diriger un pays, doit respecter la religion de son peuple. Le problème ne se pose pas au niveau de la reconnaissance de l’Islam en tant que religion de cette société, mais au niveau du rapport Etat/Religion. Pour nous le rapport Etat/Religion appartient au champ politique, donc au champ des libertés, des droits humains et de la démocratie. Dire que je suis arabo-musulman ne peut pas définir ma position sociale et politique. D’où notre appel à la séparation entre Etat et religion pour garantir la liberté de conscience. Si l’Etat intervient pour diriger la conscience des citoyens, ou pour diviser les citoyens selon leur conscience, leur région et leurs convictions, on ne va pas aboutir à un Etat démocratique",

Le PCOT prône "un Etat civil et démocratique qui doit veiller à la liberté de conscience, protéger les croyants, leur offrir les meilleures conditions pour pratiquer leur religion". Les imams peuvent élire démocratiquement un conseil pour gérer les affaires religieuses, suggère-t-il. "L’Islam, c’est la foi, la foi est une affaire personnelle, c’est aussi la chariaa qui est l’œuvre des fuqaha (jurisconsultes), et est liée aux conditions concrètes historiques bien déterminées. L’islam est une civilisation, et comme toute civilisation, il comprend des choses positives et négatives, nous sommes pour le maintien de tout ce qu’il a de positif".

"Nous sommes en désaccord avec la non-reconnaissance du parti Ettahrir "

"Il y a des partis politiques qui veulent semer la confusion en parlant d’une alliance PCOT/Ennahdha, déplore Hamma Hammami qui évoque une campagne ambivalente sur Facebook, "lorsqu’on veut faire peur au peuple on leur dit que le PCOT est un a parti athée, et lorsqu’on veut faire peur aux femmes et aux jeunes, on leur dit que le PCOT est un allié avec Ennahdha. Le PCOT n’a jamais fait d’alliance sous la table, mais en tant que parti, ça arrive que nos militants se trouvent dans des réunions avec Ennahdha. Dernièrement à Essouassi, nous nous sommes retrouvés avec des militants du parti Ettahrir, d’Ennahdha et des salafistes, l’essentiel c’est de discuter, d’user d’arguments et d’armes intellectuelles". Le chef du PCOT dit entretenir avec le Président d’Ennahdha, Rached Ghannouchi, des rapports de respect, "je l’ai vu une seule fois dans ma vie, le jour où on est passés à la télé".

"On peut qualifier Ennahdha de parti réactionnaire, on peut même faire sa propre propagande contre Ennahdha en tant que parti politique qui peut mettre en danger les acquis. Mais, il y a une différence entre mener un combat politique, un combat d’idées contre un autre parti et être éradicateur, nous sommes contre l’éradication, si on éradique Ennahda aujourd’hui, rien n’empêche que l’on n’éradique pas demain le PCOT, le PDP ou autres. Nous avons exprimé notre désaccord sur la non-reconnaissance du parti Ettahrir. Un parti qui a des idées, qu’il les défende et que le débat soit mené publiquement entre partis politiques", préconise-t-il.

Les conflits tribaux, ce n’est pas à Metlaoui qu’ils se posent de la manière la plus aigüe, selon Hamma Hammami, qui impute la résurgence du tribalisme dans la région aux forces contre-révolutionnaires. "Ces forces ont essayé de semer le désordre et de faire un chantage aux Tunisiens, soit le désordre soit la sécurité". Pour le chef du PCOT, "on ne peut pas résoudre ce problème tribal sans la résolution des causes sociales profondes, la pauvreté, l’absence d’un plan de développement régional, et l’absence de liberté et de démocratie". Il appelle à réserver une partie des rentrées d’argent du phosphate au développement de la région, et à constituer une commission d’enquête indépendante, pour rendre compte à la région et au peuple tunisien de tout ce qui s’est passé.

"Une campagne de dénigrement contre le PCOT du Nord au Sud"

Hamma Hammami estime que son parti a fait l’objet d’une campagne de dénigrement du Nord au Sud, notamment à Siliana où il dit avoir été accusé par le Premier ministre, Béji Caïd Essebsi, d’y être derrière les actes de violence et de pillage. "J’aurais aimé que le Premier ministre accuse expressément le PCOT, mais à Siliana, aucun de nos militants n’a été arrêté, lorsqu’il y a un dossier pareil pourquoi, il n’y a pas de commission d’enquête". Et d’ajouter : "du point de vue du principe, nous ne pouvons pas porter atteinte aux intérêts des commerçants, d’ouvriers, ce sont des gens que nous défendons. Caïd Essebsi a accusé ceux qui sont pour le report des élections, de freiner le processus de transition démocratique, et maintenant c’est lui qui confirme ce report".

Pour ce partisan impénitent de Karl Marx : "On ne peut pas dire que le communisme a été enterré, les expériences qui ont échoué ce n’est pas le communisme, l’idéal de justice sociale ne peut jamais être enterré. Le communisme est un projet de société, la dernière crise du capitalisme a de nouveau remis en question le capitalisme en tant que civilisation qui doit être remplacée" . Et de renchérir : "On ne peut pas traiter l’histoire de cette manière. Cette lutte entre le monde du travail et le monde du capital, ce n’est pas quelque chose de linéaire, ce sont des confrontations entre les deux mondes. Il ne faut pas croire que ces nouveaux esclaves des temps modernes vont vaincre, une fois pour toute, leur oppresseur. Il faut éviter le schématisme, toute expérience humaine à des côtés positifs et négatifs".

"Nous sommes contre les affairistes qui ne respectent pas les droits des travailleurs"

"La politique libérale suivie en Tunisie avait pour conséquences le pillage du pays, la corruption, l’exploitation féroce, le chômage, l’exclusion"...regrette-il. "Nous sommes pour que la Tunisie ait des relations avec le monde extérieur, mais pourvu qu’elles soient fixées selon la base des besoins de notre propre développement national, sinon on va rester dans la dépendance". Il récuse avoir prôné un régime à la libyenne de type Jamahiriya, qualifiant le régime libyen "de despotique et de caricature de la démocratie populaire". Hamma Hammami appelle "à l’expropriation des pilleurs de la Tunisie à l’instar des Ben Ali et des Trabelsi, ceux qui ont fondé des sociétés en pillant, l’expropriation des Abderrahim Zouari et Ganzouï qui ont transformé des terres domaniales en simples fermes de campagne pour aller passer le week-end. Nous sommes contre les affairistes qui n’investissent pas pour la production, pour l’emploi et qui ne respectent pas les droits des travailleurs".

Le porte-parole officiel du PCOT prône "le pouvoir au peuple par le biais des élections systématiques à tous les niveaux national régional et local, les formes de démocratie directe à l’instar de Kasbah un et deux, repris en Espagne, au Japon, la décentralisation du pouvoir et la promotion de la démocratie locale".

S’agissant de son appel à armer la population, il dit que cette phrase a été sortie de son contexte, et qu’il n’a jamais appelé à arracher les armes des policiers pour les distribuer à la population. "Nous sommes pour une nouvelle doctrine sécuritaire pour un Etat démocratique. La sécurité d’un pays ne dépend pas du nombre de ses policiers. Nous voulons un agent de sécurité qui soit au service du peuple et de la Tunisie et un appareil sécuritaire qui soit soumis aux instances élues par le peuple".

H.J.

La vidéo proposée avec l’article ci-dessus vaut réellement le détour.

Hamma Hammami y développe dans une réflexion des plus inattendue, une vision du communisme confrontée à une réalité à la fois très concrète et urgente d’un pays d’après révolution qui, revendique son identité arabo-musulmane.

Certains aspects de ses propositions bien que nourries avant tout par le souci de poser les piliers d’une Tunisie nouvelle, pourraient largement dépasser le cadre des frontières nationales pour inspirer par exemple les partis de gauche français ou européens mis à mal par le manque de crédibilité et de vision adaptée pour répondre à la crise de notre société.

Pour visionner la vidéo,

Transmis et commenté par Tania


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